Sans titre

                Vers sur MM. de Belle-Isle

à l'occasion de l'attaque du retranchement…

Victimes d'un projet aussi fou que funeste1,
Mânes de nos Français dont on perça le flanc,
Si pour vous apaiser il vous fallait du sang,
Vous n'êtes pas vengés : le plus coupable reste2.

  • 1. Pour l’intelligence des vers ci-dessous, il faut savoir que le maréchal de Belle-Isle ayant projeté d’entrer dans la plaine de Piémont par Fenestrel et Exile, ayant appris par des espions que ces places étaient palissadées et pourvues de forts retranchements, et qu’il n’y avait tout au plus que 7 à 8000 hommes dans ces retranchements, détacha de son armée 21 bataillons, commandés par le chevalier de Belle-Isle, son frère, pour cette expédition. Il fit force de marche, avec seulement quelques pièces de canon de campagne. L’affaire s’engagea le 19 juillet et devint très malheureuse pour nous, puisque nous y avons perdu plus de 5000, tant de tués, blessés ou prisonniers. Le chevalier de Belle-Isle fut tué en tenant des palissades dans ses bras qu’il avait arrachées lui-même. L’on dit que les ennemis ayant su le projet du maréchal avaient jeté 28 bataillons dans ces retranchements, et qu’il était comme impossible qu’il réussît dans cette entreprise, qui empêche aujourd’hui de faire nos opérations en Italie depuis cette malheureuse affaire dans laquelle on a perdu plus de 600 braves officiers.
  • 2. Le maréchal de Belle-Isle, frère aîné du chevalier qui se fit tuer de rage d’avoir manqué son projet, qui d’ailleurs était impraticable. Il attaquait 12 000 hommes retranchés jusqu’aux dents. Nous y perdîmes près de 5 000 hommes (Arsenal 3128) - Vous savez, Madame, que le Français, né railleur, a tourné en plaisanterie dans tous les siècles les événements les plus tristes et les plus importants. Le feu roi de Sardaigne connaissait si bien le génie de la nation que, quand on lui racontait quelque nouvelle de France, il demandait aussitôt la chanson. Le désastre du combat de Belle-Isle est une nouvelle preuve de ce que je viens de dire. Dès que le bruit s'en est répandu dans Paris, on a fait courir ces quatre vers, bien injurieux au maréchal son frère (Raynal)

Numéro
$3797


Année
1747

Description

Quatrain


Références

Clairambault, F.Fr.12717, p5-6 -Maurepas, F.Fr.12650, p.210 - F.Fr.10478, f°115 - F.Fr.15151, p.169-70 - Arsenal 3128, f°343v et 346r  - CLG Raynal, ed. Tourneux, I, 74

Mots Clefs
Violente mise en cause de l'incompétence criminelle du maréchal de Belle-Isle