Les sensibles regrets des jésuites

Les sensibles regrets des jésuites

au sujet de l’attachement de M. de Vintimille,

archevêque de Paris, à soutenir son nouveau bréviaire

Or écoutez, petits et grands,

Le pitoyable événement,

Et vous allez apprendre comme

Un des plus gros suppôts de Rome,

Sans savoir pourquoi ni comment

S’est damné presque en un moment.

 

Comme il avait toujours été

Ami de la Société,

Nos Pères par reconnaissance

Lui promirent leur bienveillance

Et lui, par émulation,

Leur promit sa protection.

 

On en vit bientôt les effets,

Car trois ou quatre mois après

Il fut évêque de Marseille,

Et pour rendre la pareille,

Il nous laissa maîtres chez lui

Comme fait Belzunce aujourd’hui.

 

De cette grande liberté

Dieu sait si l’on a profité.

Nous changeâmes tout à notre aise,

La face de son diocèse,

Et lui bornait ses embarras

A faire ses quatre repas.

 

Quand nous eûmes à notre gré

Coupé, taillé, tranché, rogné,

Au siège de la métropole,

Pour y faire le même rôle

Nous le transportâmes encor

Comme le Messie au Tabor.

 

C’est sur ce théâtre d’éclat

Qu’on a vu ce savant prélat

Signaler son zèle héroïque.

Pour nous et toute notre clique

Zèle qui lui fit avec nous

Mettre tout sans dessus dessous.

 

Pour récompense de ses travaux

Et remplir des projets nouveaux

Par un troisième miracle

Nous le mîmes sur le pinacle

Et l’amenâmes à Paris

Par le moyen du grand Fleury.

 

Là, pour l’exciter de nouveau

Nous lui montrâmes un chapeau

Qui venait, disions-nous, de Rome

Et que le Pape, ce saint homme,

Lui donnait à condition

Qu’il serait notre factoton.

 

Séduit par ce appât trompeur

Il se livra de tout son cœur

A nos conseils prudents et sages,

Et comme un valet à nos gages

Il poursuivit et mit dehors

Tous nos ennemis, vifs ou morts.

 

Par cet infaillible moyen

Nous détruisimes tout le bien

Que Noailles avait pu faire :

Collège, église, séminaire,

Enfin tout, jusqu’au Sieur Pâris,

Nous était soumis dans Paris.

 

Mais ce triomphe général

Fut détruit par un coup fatal.

Vigier, hélas ! qui l’eût pu croire ?

Vigier, prêtre de l’Oratoire,

Avec un bréviaire nouveau

Met tous nos projets à vau-l’eau.

 

Dans cet ouvrage plein d’horreurs

Nos casuistes, nos docteurs,

Et jusques à la Bulle même

Sont tous foudroyés d’anathème

Et démentis formellement

Par le Jeune et Vieux Testament.

 

Mais ce qui met au désespoir

Notre cabale, c’est de voir

Que Monseigneur de Vintimille

Qui nous paraissait imbécile,

Nous obéissant de tout temps,

Donne dans ces égarements.

 

En vain Gaillande, Romigny

Et notre Père Couvrigny

Dans de savantes remontrances

En ont fait voir les conséquences,

Bien loin de retourner à Dieu

Il les a fait jeter au feu.

 

Or prions le doux rédempteur

De garder de pareils malheurs

Nos autres bons prélats de France

Et qu’ils apprennent tous d’avance

Qu’avec des bréviaires nouveaux

On n’attrape point de chapeaux.

 

 

Numéro
$5664


Année
1737 (Castries)

Sur l'air de ...
Pendus (Castries)

Description

15 x 6


Références

Clairambault, F.Fr.12706, p.151-54 imprimé, S.l., 1736 -Maurepas, F.Fr.12634, p.83-87 -  Mazarine Castries 3986, p.371-73

Mots Clefs
Vintimille, archevêque de Paris, vendu aux jésuites, défend son nouveau bréviaire