Sans titre

Dans un jardin1 où l’art et la nature,
L’un de l’autre jaloux, brillaient de toutes parts,
Une rose orgueilleuse étalant sa parure
Semblait sur elle seule attirer les regards ;
Mais ce qui la rendait plus superbe et plus fière,
C’était un jeune et faible rejeton ;
Elle avait mis sur lui son espérance entière :
(Rose toujours se plaît dans son bouton.)
Un fol espoir trop souvent nous égare !
Le destin autrement en avait ordonné,
Et de ses dons pour lui nature trop avare
Semblait l’avoir abandonné.
Pour son malheur, une rose nouvelle,
Non loin de là, s’élevait chaque jour ;
Jamais rose aux regards n’avait paru plus belle !
Elle croissait sous les yeux de l’amour.
Les zéphyrs empressés à lui faire la cour
Devenaient plus constants, et se fixaient près d’elle ;
Les grâces, la beauté font toujours des jaloux ;
La jeune rose en fut la preuve ;
Tout ce que peut un injuste courroux
Contre elle fut mis à l’épreuve ;
Mais l’envie à la fin vit ses traits épuisés ;
Elle ne perdit rien de tous ses avantages,
La rose et son bouton furent humiliés :
L’autre emporta tous les suffrages.
N’envions pas les dons qui ne sont pas chez nous,
Se taire alors est un parti fort sage :
On triomphe toujours des efforts du jaloux,
Et le jaloux souvent n’emporte que la rage2.

  • 1. 23 novembre 1785a. On ne voit point dans le public de réponse directe de madame Vanhove à la lettre de Mlle Contant qu’on a rapportée. Il semblerait même que la première se serait mise à la raison par la déclaration qu’elle a faite à ses camarades de ne plus réserver la sœur pour les rôles de soubrettes. Ceux qui vivent dans ce tripot savent cependant que l’inimitié subsiste entre les deux familles. M. de Murville s’est rendu le défenseur des Vanhove, et ceux-ci répandent une fable de lui qu’on peut regarder comme une vengeance de la lettre. La rose orgueilleuse et le bouton sont Mlle Contat et sa petit sœur ; la rose nouvelle et modeste est Mlle Vanhove ; sans cette explication on ne sentirait pas trop le sel de l’allégorie (M.).
  • 2. À cette fable allégorique, M. de Murville avait joint un envoi à Mlle Vanhove, qui en développe encore mieux l’objet (M.).

Numéro
$2587


Année
1785

Auteur
Murville (M. de)

Description

30 vers


Références

Mémoires secrets, XXX, 75-76

Mots Clefs
Théâtre, guerre à la Comédie-Française entre Mlle Contat et Mlle Vanhove