Placet à M. de Marigny

Placet à M. de Marigny1
Protecteur des beaux arts et de leur gloire antique2,
Daignez être le mien dans ce triste moment.
Je vois tomber ma sœur dans le débordement,
Et pour lors adieu la boutique.
Sa réputation, dont le vernis est beau,
Est tout près d’aller à vau-l’eau.
Je ne puis soutenir cette cruelle idée,
Et son mari deviendra fou
De voir sa femme débordée,
Ne pouvant garantir son plus petit bijou.
Vous pouvez la sauver de ce danger terrible.
Trouvez-lui quelque coin dans le palais des Rois.
Nous consentirions même à monter sur les toits
Pour publier le trait de votre âme sensible.
Le sentiment augmentera ma voix ;
Mes accents seront des offrandes,
Et j’obtiendrai des dieux que sous vos lois
Vous ayez en détail tout le corps des marchandes.

  • 1. Le marquis de Marigny était depuis 1751 directeur général et ordonnateur des bâtiments royaux.(R)
  • 2. « Voici des vers que M. l’abbé de Voisenon a faits pour son ami Caillau ; ils sont d’une plaisanterie rare et d’un ridicule à perpétuer. La pièce est adressée à M. de. Marigny : on y demande une place pour la sœur de ce comédien, marchande obligée de quitter sa demeure sur un pont, dans le temps de l’inondation. Interdumque bonus dormitat Homerus (Mémoires de Bachaumont).(R)

Numéro
$1213


Année
1764

Auteur
Voisenon

Description

18 vers


Références

Raunié, VIII,20-21 - Mémoires secrets, I, 258-59

Mots Clefs
Supplique au marquis de Marigny