Epigramme sur le régent

Épigramme sur le Régent
Son esprit fut l’élixir précieux
Des différents esprits qu’eurent les demi-dieux1 :
Musicien, géomètre, chimiste,
Excellent peintre et bon controversiste.
La nature n’eut rien de si mystérieux,
L’art rien de si vivant, la foi de si pieux,
Dont ses conceptions ne fussent embellies.
Intrépide guerrier, régent laborieux,
Il marcha sans glisser par des routes hardies ;
Nuls périls qu’il n’ait affrontés,
Nulles trames qu’il n’ait ourdies,
Nuls travaux qu’il n’ait supportés :
Il souffrit tout, vit tout, prévint tout par lui-même.
Il fit vivre la paix au sein du trouble extrême.
Or, par tant de vertus dont je trace le plan,
Des pertes de l’État je calcule la somme,
Et j’estime qu’il perd en perdant ce grand homme
Tous les biens qu’on peut perdre en perdant un tyran.

  • 1. « Il avait eu la plus belle éducation qu’on puisse avoir, sachant tout : peindre assez joliment, la musique parfaitement, la mécanique, la chimie, l’histoire le cérémonial, le droit public, les intérêts des princes étrangers. Parlant comme un ange, il avait tout pour être un premier ministre. Il avait des défauts : trop bon pour ses favoris, disant oui à l’un et, le moment d’après, non à l’autre, sacrifiant ses anciens amis à sa politique, avare, aimant trop l’argent et voulant l’avoir pour lui seul. » (Journal de Barbier.) (R)

Numéro
$0556


Année
1723

Description

18 vers


Références

Raunié, IV,274-75 - Clairambault, F.Fr.12699, p.63 - Maurepas F.Fr.12631, p.101 - F.Fr.9352, f°13 -F.Fr.15152, p.206 -  NAF 9184, p.40 - Mazarine 2356, f°20r

Mots Clefs
Régent, mort, bilan paradoxal