Les bienfaits de la Régence

Les bienfaits de la Régence1
Qu’il est doux de voir régir
Prince qui sait obéir !
Le duc d’Orléans,
Dès qu’il est régent,
Nous fait voir des merveilles ;
Et la France va recueillir
Le fruit de mille veilles.

Ministres et partisans,
Gens nourris de notre sang,
Vos travaux passés
Vont être pesés
A la juste balance,
Et vous serez récompensés
Au désir de la France.

L’avide main de Bercy
Ne suit plus son appétit.
Six conseils prudents,
Pleins d’honnêtes gens,
Vont fermer la boutique.
Il n’est plus, sous le Régent,
De pouvoir despotique.

Le contrôleur général
Ne nous fera plus de mal ;
Adieu Desmarets
Qui tendait les rets
Pour nous faire la guerre.
La régence en veut tout exprès
Purger la terre.

L’abondance au front serein2
Nous ouvre déjà son sein.
Usuriers hiboux,
Rentrez dans vos trous.
La veuve et le pupille
Ne voudraient pas perdre un seul sou
Sur les contrats de la ville3.

Les perfides agioteurs
Ne seront plus en faveur ;
Ces monstres hideux,
Redevenus gueux,
Chargés de paperasses,
Seront désormais en ces lieux
Les derniers de leur race.

Le pape, instruit de nos lois,
Va souffrir nos anciens droits ;
L’Unigenitus
Battu de rebuts,
Conte à tous sa disgrâce,
Les décrets ne seront reçus
Que des dindons d’Ignace.

L’archevêque de Paris,
Sans s’émouvoir d’aucun bruit,
Conserve la foi,
Les droits de son roi.
Sans lui seul trémontane
S’assujettissait cette fois
L’Église gallicane.

Gens de bien, savants docteurs,
Casuistes, directeurs
A qui l’on lâchait
Lettre de cachet,
Vivez libres en France ;
Sans l’examen rien ne se fait
Sous l’auguste régence.

  • 1. Autre titre: Chanson sur la régence de M. le Duc d'Orléans
  • 2. Les couplets qui suivent sont parfois isolés avec pour titre: La Réforme des abus.
  • 3. Après l’hiver de 1709, les mauvaises récoltes avaient amené une diminution dans les revenus de l’État, et Louis XIV ne put payer chaque année qu’un semestre des arrérages des rentes de l’Hôtel de ville. Aussi en 1713, lors de la réduction des rentes au denier 25, deux années d’arrérages restèrent impayées. (R)

Numéro
$0083


Année
1715 (Castries)

Sur l'air de ...
Lon la (Castries / Ma raison s’en va grand train quand je bois de ce bon vin.

Description

9 x 7


Références

Raunié, I, 129-30 - Clairambault, F.Fr.12695, p.729-32 - Maurepas, F.Fr.12628, p.166-68 -  F.Fr.12500, p.38-39 et 72-75 - F.Fr.12673, p.153-54 - F.Fr.12796, f°43r-44r - F.Fr.12796, f°74v-75r - F.Fr.13655, p.53-55 - F.Fr.15131, p.14-15 - NAF.9184, p.226-27 - Arsenal 2930, p.114-15 - Arsenal 2961, p.239-43 - Arsenal 2975/3, p.18-20 - Arsenal 3115, f° 134v-135r (premier et dernier couplet) - Arsenal 3132, p.172-75 - BHVP, MS 551, p.248-41 (pagination défectueuse) - BHVP, MS 555, f°38r-39r - Mazarine MS 2163, p.211-12 - Mazarine MS 2166, p.126 - Mazarine Castries 3981, p.317-18 - Lyon BM, MS1552, p.111-12 - Lyon BM, MS 1673, f°61r-62r - Toulouse BM, MS 855, f°62v-63r

 

 

Mots Clefs
Régence, revue de détail