Le Procès de Richelieu

Le procès de Richelieu1
Sur Saint-Vincent et Richelieu
Voilà ce que dira l’histoire2 :
La présidente est de bon lieu
Que Sévigné couvrit de gloire.

Grâces au puissant cardinal
Qui chez nous flétrit la noblesse,
Un danseur qui b… sa nièce
Fut duc, aïeul du maréchal.

De leur procès, chose assez claire,
En deux mots voilà tout l’extrait :
A la cousine il n’a pas fait
Les billets qu’il aurait dû faire.

Soyons justes : couvert d’ulcères,
Quand le vieux duc est tout usé,
Pour rien doit-il être b ?
Non, toute peine vaut salaire3.

En plaidant, quelle est donc sa fin ?
Que Charlot pende sa cousine !
Mais tout chevalier, à sa mine,
Dira qu’on pende le cousin.

Avec lui qu’elle ait fait folie,
Je ne vois de mal à cela,
Que d’oublier le coutelas
De la veuve de Béthulie.

Elle aime bien son cher Vedel,
Le duc l’aime aussi, mais en traître ;
Aux catins il livra son maître
Et fit de Bordeaux un b…

La dame, en ruse peu féconde,
N’a tout au plus trompé que lui ;
Mais en tout temps, comme aujourd’hui,
Le duc escroqua tout le monde.

S’il faut donc qu’en plein Parlement
On prononce un arrêt notable,
La loi, du moins, lorsque l’on pend,
Veut qu’on pende le plus coupable.

  • 1. Mme de Saint‑Vincent, après avoir fait des avances au maréchal de Richelieu et entretenu avec lui de très courtes relations, avait mis en circulation pour cent mille écus de billets souscrits par lui. Le maréchal déclara les billets faux refusa de les payer, et intenta à son ancienne amie une action criminelle, dont l’issue lui fut médiocrement favorable. (R) - « Les billets, évidemment faux, furent déclarés tels, et Mme de Saint-Vincent fut condamnée à rembourser ceux qui avaient été négociés. Elle n’obtint aucuns dommages et intérêts, quoique mise en prison par le crédit du maréchal, elle fut même condamnée aux dépens, ce qui prouve bien que le Parlement vit en elle l’auteur des faux billets. L’arrêt enjoint à Vedel et Bénevent d’être plus circonspects à l’avenir, et condamne le maréchal aux dépens envers eux… Les autres accusés furent déchargés d’accusation ; le maréchal également condamné envers eux en des dommages et intérêts et aux dépens… Il fut permis d’imprimer cinquante exemplaires de l’arrêt, dont dix pouvaient être affichés ; le tout aux frais du maréchal. On voit qu’il ne gagna que ce qu’il ne pouvait pas perdre. Il est vrai que les billets étaient déclarés faux, ce qui était l’essentiel pour lui, mais il perdit autant que s’il eût payé les cent mille écus. » (Mémoires du duc de Richelieu.) (R)
  • 2. Un plaisant qui n'est pas bénin a trouvé le moyen de ramener l'attention du public sur cette cause qui sera jugée incessamment. Il a pris la nation par son faible en répandant ces couplets qui sont passablement méchants (CLS).
  • 3. Mme de Saint‑Vincent était de cet avis, ainsi que le prouve la réponse piquante qu’elle adressa au maréchal dans une de leurs confrontations. M. de Richelieu, s’obstinant à nier qu’il lui eût jamais fait de billet de cent mille écus, lui dit avec amertume : « Mais, madame, regardez donc votre figure, cela se payerait‑il une somme aussi exorbitante ? — Je n’ai pas cette présomption, répliqua la présidente ; mais vous, monsieur le maréchal, considérez la vôtre, et voyez s’il faut moins que cela pour la faire passer. » (R)

Numéro
$1418


Année
1776

Description

9 x 4


Références

Raunié, IX 92- -BHVP, MS 558, p.50-51 - CLS,  1776, p.81 - CSPL, II, 422

Mots Clefs
Procès du duc de Richelieu et de Mme de Saint-Vincent