Sans titre

Or écoutez, petits et grands,
L’histoire d’un mauvais Régent
Dont le règne est abominable
Et la conduite détestable,
Vivant le jour comme un filou
Et la nuit comme un loup-garou.

Aussitôt la mort du feu roi,
Il fut avec un grand arroi,
Voir messieurs de la grande chambre,
Promettant tout à chaque membre
Et jurant comme un bon chrétien
Qu’il ne ferait jamais que bien.

Sitôt qu’il fut nommé Régent,
On s’en réjouit grandement.
On le croyait fort honnête homme,
Qu’il réglerait bien le royaume.
Mais mon Dieu que l’homme est trompeur
Tel qu’on croit bon est imposteur.

Du parlement étant sorti
Il mit son serment en oubli.
Il commença de faire rage
Mit toute la France au pillage,
Rebutant les honnêtes gens
Qui lui remontraient humblement.

Mignons virent avec plaisir
Sa conscience se gauchir,
Ne lui parlèrent que débauche,
Le firent toujours prendre à gauche.
Les putains furent du parti.
Ses parents en furent aussi.

La mère lui dit d’un ton doux :
Le peuple se plaint fort de vous,
Vous le mettez dans la misère,
Vous qui devez être leur père.
Faites mieux, Dieu vous bénira,
Ou bien le diable vous prendra.

Sa mère y perdit son latin
Il en devint plus libertin.
Il prit moitié sur la monnaie.
De tous nos biens il fit sa proie,
Pendant plusieurs jours on pleura
Mais il ne s’en embarrassa.

Il a choisi pour son conseil
Un étranger à lui pareil
Qui tous les jours lui fait apprendre
De nouveaux moyens pour tout prendre,
Qui ne sont point connus de Dieu
Et ne viennent d’honnête lieu.

Se voyant maître tout de bon,
Il a pris un bien plus haut ton.
Il envoya dans l’Angleterre
Faire de grands traités de guerre
Ce franc cuistre, l’abbé Dubois,
Bête et fripon tout à la fois.

Dès qu’il eut les traités en main
Il fit dire à Philippe Cinq :
Faut à la couronne de France
Renoncer et sans résistance,
Ou dans trois mois assurez-vous
Qu’on vous accablera de coups.

Sur l’Espagne on prend à grand bruit,
Le Français ne s’en réjouit pas.
Mais par la force l’on ordonna
De faire pour chaque personne
Devant la demeure du feu
Mais zeste, on n’en fait point ou peu.

Ensuite, de ces mauvais cas
Il nous fait bien d’autres tracas.
Il nous prend nos biens et nos rentes
Et mille actions ruinantes.
Pour moi je crois qu’il devient fou
De prendre jusqu’au dernier sou.

Par ces démarches, je prévois
Qu’il veut être absolument roi.
Grand Dieu ! Conservez bien le nôtre,
Et qu’Orléans s’en aille au piautre.
Il ne faut point pareilles gens
À la France, ils sont trop méchants.

Jamais on n’a vu de Régent
Agir si tyranniquement.
Il renverse les lois de France,
En Dieu n’a ni foi ni croyance,
Il vit bien pis qu’un réprouvé,
Jamais il ne sera sauvé.

Le Régent ayant entendu
Dénombrer ainsi sa vertu,
Il répondit d’une âme bonne :
Il ne faut pas qu’on s’en étonne,
Comptez que je vivrai bien mieux
Quand je vous aurai tous fait gueux !

Ô prions notre bon Sauveur
De nous en donner le meilleur ;
Qui soit en bonne conscience,
Qui rende au ciel obéissance.
Car de lui bien des gens ont dit
Qu’il est sûrement l’Antéchrist.

Numéro
$5282


Année
1719 (Castries)

Sur l'air de ...
Pendus (Castries)

Description

16 x 6


Références

Mazarine Castries Ms 3982, p.347-352

Mots Clefs
Portrait d'un Régent, hypocrite, sanguinaire, qui veut être roi, ses complices, Law, Dubois, le Système