Le Lycée

Le lycée1
La Grèce n’eut qu’une Aspasie
Qui chérit la philosophie
Jusqu’au tombeau.
Qu’il était pauvre, ce Lycée !
Sa gloire sera surpassée
Par le nouveau.

Non, le Français n’est plus frivole ;
On démontre dans cette école
L’attraction.
tout le beau sexe s’amuse
Du carré de l’hypothénuse
Et de Newton.

Jadis une belle, en physique,
Ne connaissait qu’un point unique,
Vrai jeu d’enfant ;
Mais à présent elle compose
Et va remonter à la cause
Du mouvement.

Je vois ces femmes de génie
Étudier l’anatomie
En vrai savant.
Puis, dans l’usage de la vie,
En appliquer la théorie
En pratiquant.

Voulez-vous savoir la chimie,
Approfondir l’astronomie,
Et vous pousser ?
Allez aux écoles nouvelles,
Vous apprendrez ces bagatelles
Sans y penser.

Voyez Dunois, voyez Pompée
Voilà David, voici Poppée
Et Childebrand.
Passons à la guerre punique…
La lanterne qu’on dit magique
Instruit autant.

Si jamais, maître en l’art d’Homère,
Je peins la reine de Cythère
Et ses attraits,
Dans ce salon plein de modèles,
D’après Longin, d’après vos belles,
Je la peindrais.

Craignons qu’une jalouse fée
Bornant les sages du Lycée
Dans leurs projets,
Hors du giron de la science,
Ne les change par sa puissance
En perroquets2.

  • 1. « C’est l’établissement qui a succédé au Musée. Monsieur et M. le comte d’Artois ont bien voulu le prendre sous leur protection et M. le marquis de Montesquiou a travaillé avec un zèle infiniment respectable à donner à cet établissement toute la consistance, tout l’intérêt dont il était susceptible. Il en a rédigé lui‑même le prospectus et ce prospectus respire la philosophie la plus aimable, le patriotisme le plus sage et le plus éclairé. Il a engagé les hommes de lettres les plus distingués à seconder ses vues et il y a parfaitement réussi. M. Marmontel et M. Garat se sont chargés du cours d’histoire, M. de La Harpe de celui de littérature, M. de Condorcet, M. de La Croix de celui de mathématiques, M. de Fourcroy de celui de chimie et d’histoire naturelle, M. Deparcieux de celui de physique etc. Ce nouveau lycée n’est ouvert que depuis un mois. On y compte déjà plus de sept cents souscripteurs et de ce nombre sont les femmes les plus distinguées de la ville et de la cour. » (Meister, Notes sur la Correspondance de Grimm.) (R)
  • 2. Grimm appréciait avec plus d’équité que le satirique l’utilité du lycée : « C’est un établissement, écrivait‑il, qui doit être distingué de tous les autres et qui nous paraît digne des plus grands encouragements ; c’est une véritable académie pour les femmes et pour les gens du monde, et qui pourrait contribuer, ce semble, très heureusement à réparer les défauts sans nombre de nos éducations publiques et particulières. L’esprit philosophique qui a présidé à la formation du lycée, les connaissances qu’on y professe, le choix des hommes de lettres chargés de les enseigner, l’intérêt qu’ils ont su répandre sur leurs instructions, en laissent concevoir les plus grandes espérances. Il n’y a point de collège public qui puisse lui être comparé, il n’en est point qui pût remplir le même objet. » (R)

Numéro
$1573


Année
1786

Sur l'air de ...
Chanson, chanson

Description

8 x 6


Références

Raunié, X,205-07 - Mémoires secrets, XXXI,143-45

Mots Clefs
Plaisanteries sur le Lycée, nouvel établissement d'enseignement général pour le beau monde