Parodie du mandement de l’archevêque de Paris

Parodie du mandement de l’archevêque de Paris1

 

Air de Raymonde

Ah ! permettez que je gronde,
Trop insensibles Français !
De l’Église que l’on fronde
C’est trop braver les décrets.
Sur notre machine ronde
Les désordres sont complets,
Hélas ! c’en est fait du monde,
Tout est damné pour jamais.

Air du Vaudeville de Figaro

Il était dans cette ville
Un théâtre où, sans danger,
A la faveur d’une grille
J’allais parfois m’amuser ;
Mais un bandit de Séville
Malgré moi vint s’y placer,
Tout exprès pour m’en chasser.

Air: Nous autres, bons villageois

Piqué de ce coup fatal,
D’avoir ainsi vu la décence
Et le respect théâtral
Céder la place à la licence,
Crainte aussi de tentation
Pour les jolis yeux de Suzon,
Je m’en allai chez Nicolet
Voir un peu ce qui s’y passait.

Air: Ah! grands Dieux que je l'échappai belle !

Mais, grands dieux ! que je l’échappai belle,
J’y revois Suzon
En cent façons
Qui m’engage et m’appelle,
Ah ! grands dieux ! que je l’échappai belle,
Un moment plus tard,
Je faisais Figaro cornard.

Air: Ton humeur est, Catherine,

Mais un autre soin m’agite
Et soudain vient m’achever,
Quand Voltaire ressuscite
Pouvais-je ne pas trembler2 ?
Oui, ce qui fait que j’enrage,
Mes frères, c’est qu’on m’apprend
Qu’on imprime son ouvrage
Et, qui plus est, qu’on le vend.

Air : Manon dormait

Je pourrais bien
Vous défendre de lire
Un tel vaurien ;
Mais, dans votre délire,
C’est qu’entre nous, je crains,
Je crains, je crains,
Je crains de le défendre en vain.

Air du Vaudeville de Figaro

Or, par mon pouvoir suprême,
Mes frères, je vous permets,
Dans ce saint temps de carême,
De manger quelques œufs frais ;
Mais comme il faut par soi-même
Mériter quelques bienfaits,
J’en excepte Beaumarchais.

  • 1. « Le bruit se répandait faussement que le sieur Caron de Beaumarchais venait d’être exilé ou mis à la Bastille pour un cantique soi‑disant spirituel de la dernière indécence, ainsi que pour des couplets irréligieux, satiriques et mordants sur différents airs, formant comme une espèce de pot‑pourri que cet écrivain audacieux avait osé se permettre de composer contre le mandement de Mgr l’archevêque de Paris, qui avait permis l’usage des œufs pendant le carême, et dont on attribuait la rédaction à M. de Beauvais, ancien évêque de Senez, ami et commensal de ce prélat… On rapportait que ce personnage, hautain et téméraire jusqu’à ne douter de rien, avait eu l’inconséquence d’adresser à M. l’archevêque de Paris le cantique spirituel et les couplets, accompagnés d’une lettre insolente. » (Journal de Hardy.) (R) - Voici de nouveaux couplets attribués à M. de Beaumarchais au sujet du mandement de M. l'archevêque de Paris. C'est une parodie très indécente de cette pièce digne de toute notre vénération. (CSPL)
  • 2. L’assemblée du clergé de France en accordant à M. de Calonne un don gratuit de dix‑huit millions, avait exigé la suppression de la nouvelle édition des œuvres de Voltaire, publiée par la Société littéraire typographique, et elle fut édictée par un arrêt du Conseil du Roi du 3 juin. Mais cette mesure ne pouvait aboutir à aucun résultat sérieux ; comme le remarquait le libraire Hardy : « la livraison des trente volumes étant déjà faite à presque tous les souscripteurs qui ne manqueraient pas d’en recevoir la suite et le complément aux époques déterminées, l’administration se proposant bien de ne faire éprouver au débit de la collection desdites œuvres de Voltaire qu’une interruption tout au plus momentanée. » (R)

Numéro
$1566


Année
1785

Auteur
Beaumarchais

Description

7 x 7

Notes

CSPL fournit les timbres.


Références

Raunié, X,185-87 - CSPL, t.XVII, p.360-62

Mots Clefs
Parodie du mandement de l’archevêque de Paris condamnant Beaumarchais et la nouvelle édition de Voltaire