Couplets contre les princes

Couplets contre les princes1

Vivat vivat, Monseigneur de La Marche2

Des princes c’est encor le moins félon ;

Sans foi ni loi, droit dans la fange il marche,

Sans se piquer d’avoir d’opinion.

Pour ce gredin, c’est honneur et point tache

Qu’haine, mépris, honte et abjection.

 

Condé plus vil, se ceint de la rondache

De Maupeou dont il est le nourrisson ;

Il tergiverse, il s’intrigue il se cache ;

Travaillant comme un formicaléon

Chaque animal à son pareil s’attache,

Ours, loup, renard, tigre et caméléon.

 

Mais d’Aiguillon que cette union fâche

Fait à son tour association

Avec Philippe3, il se bâte, il s’harnache,

Et se dispose à la soumission :

Le lourd baudet tout fier son billot mâche

Et vers le Roi mande le Sire de Pons.

 

Un autre fourbe avant cela lui gâche,

Un plat écrit plein de restriction4 :

Philippe signe, et signant se détache

Pour jamais du corps de la Nation ;

Ce n’est point tout, dit-il qu’une démarche ;

Car je persiste en mon opinion.

 

Le seul honneur que ce tripot s’arrache,

C’est le matin de voir en cotillon ;

La Du Barry5 qui rit et sur eux crache

En relevant son quintal de T.. 6,

Qui pour Zamor7 des nègres le bardache8,

Perd chaque nuit avec profusion.

 

Aux Champs de Mars donnez-moi le panache

Lui dit le borgne9, en baisant son jupon :

Votre crédit et ma rousse moustache,

D’un vrai guerrier me fera le renom.

Philippe dit ; pour moi j’aime une vache10

Je voudrais être issé sur ce tendron.

 

La Du Barry répond à la moustache11,

Le Roi te fait son premier espion ;

Ce lâche emploi convient à un bravache12

Pétri de fiel, nourri de trahison :

Car un Condé quand il n’est qu’un bravache,

Ne doit avoir que cette ambition.

 

Puis à Philippe, et toi lourde ganache,

Louis y consent, épouse Montesson ;

Je le permets et veux aussi qu’on sache

Que tu vivras sous ma protection

Quand le remords du sul… L… P… L...13 

M’élèvera au rang de Maintenon.

 

Le seul Conti dont l’honneur est sans tache

Demeure ferme en sa protestation

Sur ses cousins s’armant d’une cravache

Il les fustige au bas de son perron ;

En attendant que du bourreau la hache

Tranche leurs chefs pour orner Montfaucon14.

  • 1. Action des princes contre le nouveau parlement] Quoi qu’il en soit de tous ces bruits, on ne laissait pas que de voir se répandre d’infâmes couplets manuscrits aussi grossièrement injurieux pour ces princes que composés avec peu d’esprit. Suivent ces couplets (Hardy)
  • 2. Fils du prince de Conti (Hardy).
  • 3. Duc d’Orléans, prince du sang de très grosse stature (Hardy).
  • 4. L’abbé de Breteuil, chancelier du duc d’Orléans, probablement auteur de la lettre au Roi (Hardy).
  • 5. Maîtresse du Roi (Hardy).
  • 6. Têtons ?
  • 7. Jeune esclave noir issu d’une plantation de la Martinique ; il fut un des domestiques préférés de Mme du Barry et partgeait ainsi l’intimité du Roi.
  • 8. « Terme obscène. Jeune homme dont les pédérastes abusent » (Acad.) - On dit qu’elle avait pour lui une affection particulière (Hardy).
  • 9. Le prince de Condé qui était un peu louche et roux (Hardy).
  • 10. Madame de Montesson que le duc d’Orléans voulait épouser (Hardy).
  • 11. Le prince de Condé (Hardy).
  • 12. Faux brave (Hardy).
  • 13. « Quand le remords du sutan le plus lâche », Anecdotes sur Mme la comtesse du Barry, Londres, 1775, p.265.
  • 14. Gibet de Paris (Hardy).

Numéro
$5817


Année
1773 février

Sur l'air de ...
Quoi vous parlez, sans que rien vous arrête

Description

9 x 6


Références

Hardy, III, 76-78

Mots Clefs
Parlement Maupeou, contre l'action des princes favorable au nouveau parlement, duc d'Orléans, condé, conti