C’est la pure vérité

C'est la pure vérité1
On dit que le Luxembourg
Sert de réduit à l’amour ;
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit qu’à l’intempérance
Un autel on a dressé2
Que nuit et jour on encense ;
C’est la pure vérité.

On dit que chez les Condés
Les amants sont bien traités,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit que par complaisance
La maman de son côté
Prend aussi part à la danse ;
C’est la pure vérité.

On dit que certain roué
La duchesse a su charmer,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit que pour pierre d’attente
Ce qui n’est pas écrasé,
Faute de mieux, la contente ;
C’est la pure vérité.

On chante, belle Conti,
L’excès de votre appétit,
Ce n’est qu’une médisance ;
Aux yeux de toute la France,
La Fare que vous chérissez.
Met le feu en évidence ;
C’est la pure vérité.

On dit que la Sur-Yon
Voudrait bien changer de nom,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit que par prévoyance,
Et pour fuir l’oisiveté,
Marton l’instruit par avance ;
C’est la pure vérité.

On dit que malgré sa beauté
Le Lambesc3 l’a gâté,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit qu’avec indulgence
Ses parents l’ont fait traiter
Quand elle eut conté sa chance ;
C’est la pure vérité.

On dit que sa sœur Duras4
Peuplerait bien un haras,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit qu’elle met par avance,
Aux dépens de sa beauté,
Plus d’un étalon en danse ;
C’est la pure vérité.

On dit que la Beaufremont5
A tous dit pis que leur nom,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit que, sans conséquence,
Elle peut tout hasarder
Sans craindre la médisance ;
C’est la pure vérité.

On dit que le grand Villars
Doit sa fortune aux hasards,
Ce n’est qu’une médisance ;
On dit qu’outre sa vaillance
Sa femme de son côté.
A mérité récompense6;
C’est la pure vérité.

 

Chacun dit que la Jonzac7

Ne peut rétrécir son sac.

Ce n’est qu’une médisance.

On dit qu’un chemin en France

Par grands et petits frayés

Doit être fait pour l’aisance,

C’est la pure vérité.

 

On dit que chez les Condés

Les amants sont écoutés,

Ce n’est qu’une médisance.

On dit que par bon exemple

La mère par charité

Les introduit dans sa chambre,

C’est la pure vérité.

 

On dit que la Suryon

Attend qu’elle change de nom,

Ce n’est qu’une médisance.

On dit que par prévoyance

Et pour fuir l’oisiveté

Marthan l’instruit par avance.

C’est la pure vérité.

 

Du Maine pleure, dit-on,

La perte d’un grand Bourbon,

Ce n’est qu’une médisance.

On dit que dans la Régence

Malézieu l’avait flattée

Qu’il gouvernerait la France,

C’est la pure vérité.

 
  • 1. Autre titre: Sur les Dames de la cour (HVP MS 670)
  • 2. « Les soupers, les bacchanales, les mœurs du Luxembourg étaient les mêmes qu’au Palais‑Royal, puisque c’étaient à peu près les mêmes sociétés. La duchesse de Berry, avec qui les seuls princes du sang pouvaient manger, soupait ouvertement avec des gens obscurs que Riom lui produisait. Il s’y trouvait même un certain père Reiglet, jésuite, complaisant, commensal, et soi‑disant confesseur. Si elle avait fait usage de son ministère, elle aurait pu se dispenser de lui dire bien des choses dont il était témoin et participe. » (Duclos.) (R)
  • 3. « Le prince de Lambesc, fils unique du comte de Brionne, épousa (mai 1709) la fille aînée du feu duc de Duras (Jeanne‑Henriette), frère aîné du maréchal duc d’aujourd’hui, tous deux fils du feu maréchal duc de Duras, qui était belle comme le jour, très bien faite et fort riche. » (Saint-Simon.) (R)
  • 4. Henriette‑Julie de Duras, mariée (nov. 1717) à Léopold de Pignatelli‑Bisaccia, comte d’Egmont. (R)
  • 5. « M. de Beaufremont, avec bien de l’esprit et beaucoup de bien et de désordre, était un fort sérieux, très sottement glorieux, qui se piquait de tout dire et de tout faire, et qui avait épousé une Courtenay plus folle que lui encore en ce genre. » (Saint-Simon.) (R)
  • 6. « La maréchale de Villars, écrit Madame, court beaucoup après le comte de Toulouse ; mon fils est aussi fort dans ses bonnes grâces. » Et elle raconte deux aventures plaisantes qui arrivèrent au maréchal, à propos de cornes. (R)
  • 7. Arsenal 3031 a cinq couplets en commun avec $0121 et en propose quatre originaux ici reproduits.

Numéro
$0121


Année
1716 (Castries)

Sur l'air de ...
Ce n'est qu'une médisance (Castries)

Description

8 x 7 dont refrain


Références

Raunié, II 55-58 - Clairambault, F.Fr.12696, p.55-58 et p.109 (2 premières strophes) -  Maurepas, F.Fr.12628, p.275-77 - F.Fr.9351, f°275r-276r  (ordre différent) - F.Fr.12673, p.204-07 -F.Fr.15131, p.89-93 -  Arsenal 2930, p.180-84 - Arsenal 3031, p.42-45 - Arsenal  3115, f°151r-152r - BHVP, MS 670, f°22v-23r - Mazarine, MS 2163, p.278-82 - Mazarine Castries 3981, p.443-47 - Lyon BM, MS 1552, p.171-75 - Toulouse BM, MS 855, f°90-91

Mots Clefs
Palais du Luxembourg, duchesse de Berry, duchesse de Condé, princesse de Conti, La Fare, La-Roche-sur-Yon, Marton, Lambesc, Mme de Duras, Mme de Beaufremont, maréchale de Villars