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Sans titre

Que nous veut chanter cette clique
Qui fronde l’opéra nouveau ?
Jamais plus gaillarde musique
Ne sortit du cap de Rameau.


Jadis on vit du pathétique
Sur des paroles de Quinault ;
Maintenant on voit du comique
Sur des paroles d’ostrogoth.

Les ballets sont faits à merveille,
Leur image parle à nos yeux ;
Leur cadence frappe l’oreille
Des mortels et même des Dieux1 .

Près Mariette2 on voit Mercure
Animé des plus tendres feux ;
Suivant des pas qu’elle figure
Les mouvements luxurieux.

Ainsi la nymphe poussinière
Fait encore plus en dansant,
Qu’un petit amour en brassière3  !
Qui ne nous dit mot en chantant.

De Jéliot4 la voix brillante
Jette du feu dans les récits,
Et de la muse languissante
Ranime les tristes produits.

Si, dit-on, un mal, d’aventure,
Lui venait ? Adieu l’opéra !
Mais tant qu’il doublera Mercure
On ne doit pas craindre cela.

  • 1« Le sujet du prologue est Hebé qui, voyant l’inconstance des dieux, abandonne l’Olympe et cherche sur la terre un asile plus heureux. L’Amour, après être venu rendre hommage à Hébé, annonce le sujet du ballet, en l’engageant à venir voir sur les bords de la Seine triompher les talents lyriques. La première entrée, intitulée la Poésie, est remplie principalement par Sapho dans sa jeunesse, et Alcée, fameux poète grec. La seconde, intitulée la Musique, est tirée de Platon et de Plutarque ; le sujet est Tyrtée qui, par la beauté de son chant, anime tellement les Lacédémoniens, qu’ils remportent la victoire sur les Messéniens. La troisième entrée, enfin, est intitulée la Danse, et se passe entre Mercure, amoureux, et une bergère qui par ses talents s’est rendue digne d’être admise à la cour de Terpsichore. C’est la meilleure des trois et celle qui fut le plus applaudie. » De Léris, (Dictionnaire des théâtres) (R)
  • 2Appelée la petite Mimie, danseuse. (M.) (R)
  • 3Mlle Coupet, jeune chanteuse. (M.) (R)
  • 4« Cette belle haute‑contre de l’Opéra y a rempli les premiers rôles avec tout le succès possible pendant longtemps. Il est Languedocien, et outre ses grands talents dans le chant et la représentation, il en a encore de connus pour la composition, Ia musique de Zelisca est de lui. » (De Léris.) (R)

Numéro
$0894


Année
1739




Références

Raunié, VI, 246-49 - Clairambault, F.Fr.12708, p.415-16 - Maurepas, F.Fr.12635, p.209-10 - F.Fr.13662, f°184r-184v -F.Fr.15149, p.359-61 - F.Fr.15231, f°270 - BHVP, MS 659, p.314-15