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Conseils à Madame du Barry

Conseils à Madame du Barry1
Déesse des plaisirs, tendre mère des Grâces,
Pourquoi veux-tu mêler aux fêtes de Paphos
Les noirs soupçons, les honteuses disgrâces ?
Ah ! pourquoi méditer la perte d’un héros !
Ulysse est cher à la patrie,
Il est l’appui d’Agamemnon2 .
Sa politique active et son vaste génie
Enchaînent la valeur de la fière Ilion.
Soumets les dieux à ton empire :
Vénus sur tous les cœurs règne par la beauté ;
Cueille, dans un riant délire,
Les roses de la volupté ;
Mais à nos vœux daigne sourire
Et rends le calme à Neptune agité3 .
Ulysse, ce mortel aux Troyens formidable,
Que tu poursuis dans ton courroux,
Pour la beauté n’est redoutable
Qu’en soupirant à ses genoux.

  • 1 Autre titre : Au sujet de sa division avec M. le duc de Choiseul. (Mémoires secrets) — « Le duc de Choiseul jouissant de la confiance du Roi, de l’autorité, de la considération qu’elle donne, avait vu avec inquiétude l’arrivée de Mme du Barry. Le Roi, qui lui parlait de tout, ne lui dit pas un mot de cette nouvelle maîtresse, qui, dans les commencements, se tenait cachée. Par hauteur, ou bien plutôt par timidité, le duc, au lieu de représenter à son maître le tort qu’il pouvait faire à sa réputation, et peut‑être à sa santé, en s’attachant à un tel objet, laissa cette passion germer et parut mépriser les intrigues qui tendaient à faire présenter Mme du Barry, à la rendre maîtresse en titre ; démarche qui tendait plus à sa ruine personnelle qu’à l’agrandissement de cette femme. Il se refusa à toutes les tentatives qu’elle fit pour se rallier à lui… Lorsque le Roi mit le comble à sa honte en faisant présenter Mme du Barry, les femmes, qui ont toujours eu trop de pouvoir sur M. de Choiseul, prirent le dessus, les propos et l’indignation furent poussés à l’excès, et le Roi vit braver sa nouvelle maîtresse jusque dans sa cour et sous ses yeux, par le parti du ministre. Une telle conduite ne pouvait manquer de produire la disgrâce de M. de Choiseul. » (Mémoires du baron de Besenval.)(R)
  • 2« On voit qu’on a voulu parler de M. le duc de Choiseul sous le nom d’Ulysse. Il me semble que ces vers n’ont déplu à personne ; malgré cela, l’auteur n’a pas jugé à propos de se faire connaître. »(CLG). Barbier dit qu’ils sont de M. de Lantier, mais la plupart des témoignages contemporains les attribuent à Boufflers.(R)
  • 3Le duc de Praslin.

Numéro
$1284


Année
1770

Auteur
Boufflers (chevalier de)



Références

Raunié, VIII,169-70 - F.Fr.13651, p.374 - F.Fr.15141, p.182-83 - F.Fr.15142, p.279-80 - Mémoires secrets, III, 1305-36


Notes

Vers envoyés à Mme du Barry le 10 mars 1770