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Au Roi

Au Roi
Roi pacifique et guerrier invincible,
Dont l’âme est douce et le pouvoir terrible,
Amour, appui de tes sujets heureux,
Tu reviens donc, tu viens combler nos vœux ;
Nous revoyons cet auguste visage,
Ce noble front, l’objet de notre hommage,
Ce front longtemps ombragé d’oliviers
Et qu’à regret tu couvres de lauriers.
Nous te voyons, et notre âme enchantée
S’ouvre aux rayons de ta gloire augmentée.
De ton éclat nous brillons en ce jour
Mais ta vertu suffit à notre amour.

Qu’espérez-vous, ennemis de la France ?
C’est à Louis à borner sa puissance.
Frêles soutiens, vos nombreux alliés,
Vos fiers remparts sont tous humiliés.
Dépouille enfin cette âme usurpatrice,
Superbe Reine, héritière et complice
Des vains projets formés par tes aïeux ;
Le monde échappe à ton joug odieux.
Ils ne sont plus ces temps où tes ancêtres
Aux fiers Germains osaient parler en maîtres ;
Où tout l’empire, aveuglé par l’erreur
De ta querelle, où victime ou vengeur
Tremblait, frappait au gré de ton caprice
Ou par tes mains la force et l’artifice
Forgeaient des fers à ses membres divers
Et de leur sang achetaient l’univers ;
Nos rois, longtemps rivaux de ta fortune
Ont protégé la liberté commune ;
Souvent heureux ils bornaient leur espoir
A balancer ton immense pouvoir.
Un roi plus grand a résolu ta chute.
Frémis ! mon roi l’ordonne et l’exécute ;
Il restitue à tes voisins trompés
Ces droits surpris, ces Etats usurpés,
Et ta grandeur bornée et légitime
Est désormais trop faible pour le crime.

Pour étayer ton destin chancelant
De la discorde arme le bras sanglant,
Evoque au loin le démon et la guerre,
Souffle ses feux aux deux bouts de la terre.
Tu ne pourras armer contre Louis
Que des voisins de sa gloire éblouis,
Voisins tremblants dont la jalouse vue
De ses Etats mesure l’étendue
Et de son cœur ne voit pas l’équité.
Si par lui-même il n’était limité
Ce grand pouvoir qui vous blesse et vous tente
Que deviendrait votre ligue imprudente
S’il n’aimait mieux être roi que vainqueur,
Quel frein pourrait arrêter sa valeur ?

Médite encore tes antiques ravages,
Farouche Anglais, déserte tes rivages,
De nos exploits plus jaloux que rival
Viens à Lawfelds, c’est ton terme fatal
Pour t’éclairer, faut-il donc te détruire
Et Fontenoy n’avait-il pu t’instruire
Que de Louis le coup d’œil foudroyant
Faisait pâlir l’astre de Cumberland ?

Et toi qu’arma l’esprit d’indépendance,
Toi qu’interroge aujourd’hui la prudence,
Nos rois jadis ont brisé tes liens
Et tu prétends ébranler tes soutiens,
Batave ingrat ? Rappelle à ta mémoire
Ces jours brillants de notre ancienne gloire
Quand tes Etats sous un autre Louis
Ont été fait tributaires des lis,
Quand nos drapeaux dominaient sur la plaine,
Quand Luxembourg, et Bourbon, et Turenne
De ton orgueil vengeaient les attentats
Et par nos lois gouvernaient tes Etats ;
As-tu donc cru moins grand, moins magnanime
L’auguste roi dont l’ardeur nous anime ?
As-tu donc cru qu’en ses mains transporté
Ce même sceptre eût moins de fermeté ?
Je le vois trop, sa bonté, sa clémence
A tes regards ont caché sa vaillance.
L’humanité, l’amour pour ses sujets
Fixaient ses vœux aux autels de la paix.
Tu n’as pu voir dans le monarque affable
Ce fier lion qui te suit, qui t’accable
Où fuiras-tu ses terribles regards ?
Cours te cacher sous tes derniers remparts ;
Il n’en est point que son bras ne terrasse ;
Murs et guerriers, tout cède à son audace.
Il a paru, l’Anglais a succombé ;
Il a parlé, Berg-op-Zoom est tombé.
Vois la victoire embrasser la justice,
A ses côtés vois Turenne et Maurice,
Vois sur ses pas, en héros transformés,
Cent nobles chefs dignes d’être nommés,
Attends-tu donc, peuple indocile,
Que tes vaisseaux soient ton unique asile ?
De tes débris veux-tu couvrir les mers,
Te signaler par d’éternels revers,
De tes trésors épuiser l’abondance
Et t’immoler à ta fausse prudence ?

Peuples en vain de mon prince jaloux
Il en est temps, désarmez son courroux,
De votre sang Louis n’est point avide.
Le fer en main, c’est la paix qui le guide,
L’aimable paix habite dans son cœur,
Il sent vos maux, il veut votre bonheur.
Consentez-y, sa main vous le présente
N’irritez plus son âme bienfaisante.
Roi toujours juste il vous frappe aujourd’hui ;
Bornez vos vœux, il devient votre appui.

 

Numéro
$3290


Année
1747 octobre




Références

F.Fr.13659, p.31-34