Madame de Koenigseg

Madame de Koenigseg1
Un petit courrier de Cythère
Est venu dire dans Paris
Que tous les cœurs vont être pris,
Ou qu’il n’en réchappera guère.
Par qui ? comment ?
Le courrier n’en dit rien,
Et nos Français n’aiment pas le mystère.
Si je voulais, je dirais bien
Ce que je sais ; puis-je me taire ?
Eh ! mon Dieu, non ; je suis Français aussi ;
Je vais parler et je commence ainsi :
Une beauté qu’on peut dire divine,
Pour ses attraits ou pour son origine,
Car je ne sais, ma foi, lequel vaut mieux,
Être aussi belle ou descendre des dieux ;
Or dans Paris, en pompeux équipage,
Elle viendra, sûre de vos suffrages,
De vos respects, et surtout de vos cœurs,
Car ils sont dus à ses charmes vainqueurs.
Beaux jouvenceaux, songez à vous défendre,
Ou bien plutôt soyez prêts à vous rendre.
Mais quel malheur ! faut-il le révéler ?
Je l’ai jà dit, je ne puis rien celer,
C’est une épouse aussi sage que belle,
A son époux avec plaisir fidèle.
Vos tendres soins seront des soins perdus,
Vos cœurs donnés, n’espérez tout au plus
Qu’un doux regard ; encor, Dieu me pardonne !
Je ne sais pas s’il est sûr qu’elle en donne.
N’espérez rien, car tout l’amour qu’elle a
Pour son époux, elle le gardera.
Aux lois d’amour l’hymen seul l’a rangée,
Des autres feux l’hymen l’a dégagée.
C’est fort bien fait, me dira-t-on,
Mais pour Dieu, dites-nous son nom ;
Vous avez promis de tout dire.
C’est madame de Kœnigseg,
Qui mettrait Phoebus même à sec,
S’il entreprenait de déduire
Tout ce qu’en elle on voit reluire.
Si je parlais de son esprit,
Bon Dieu ! quand aurais-je tout dit ?
Et quand je dirais que l’Aurore
A moins d’éclat à l’orient,
Que la jeune et brillante Flore
Nous fait voir un front moins riant,
Que l’on voit toujours sur ses traces
L’Amour courir après les Grâces,
Que les Plaisirs, les Jeux, les Ris,
N’ont désormais point d’autre abri.
Je ferais encor mieux de dire :
C’est madame de Kœnigseg
Qui mettrait Phébus même à sec,
S’il entreprenait de déduire
Tout ce qu’en elle on voit reluire.
Son époux, digne ambassadeur,
Représentera l’Empereur ;
Que madame l’ambassadrice,
Représentant l’impératrice,
Mette au monde un petit joufflu,
Avant que l’an soit révolu,
Mon parallèle sera juste,
Et je dirai que le poupon
Représente le rejeton
De l’Empereur toujours auguste.

  • 1. « M. le comte de Kœnigseg, présentement gouverneur général des Pays‑Bas et nommé pour être ambassadeur extraordinaire de l’Empereur en France, où il est incessamment attendu, a épousé il y a quelques mois, à Bruxelles, Mlle la comtesse de la Motterie, de l’illustre maison de Lannoy. M. M…, qui a beaucoup d’esprit et qui alors se trouva à Bruxelles, fit très heureusement, à la louange de Mme la comtesse de Kœnigseg, les vers que vous allez lire. » (Nouveau Mercure galant, sept. 1716.) (R)

Numéro
$0139


Année
1716

Description

65 vers


Références

Raunié, II,90-93

Mots Clefs
Littérature, Mme de Koenigseg, panégyrique