Sans titre

Dans Paris court un bruit
Mon cousin
Dont le public murmure1.
On en fait le récit
Sur le ton de l’allure
Mon cousin.
Ah mon Dieu, la belle allure !
Mon cousin,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Le Parlement surpris
Eut ordre de se rendre
Chez notre roi Louis
Qui voulait le reprendre,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Conseilers, présidents,
Ont été quatre à quatre,
Disant entre leurs dents,
Est-ce qu’on va nous battre ?
Ah mon Dieu, la belle allure !

De Versailles un  matin
Ils ont fait le voyage
Et de retour soudain
Ont tenu ce langage
Ah mon Dieu, la belle allure !

Un certain cardinal
Leur fit laver la tête,
Disant qu’ils ont fait mal.
On les traite de bêtes,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Le chancelier d’abord,
Avec son regard louche
Cria : Vous avez tort
Si vous ouvrez la bouche.
Ah mon Dieu, la belle allure !

Au Souverain cédez
Afin qu’il vous pardonne.
Sans faute enregistrez
Ce que l’on vous ordonne.

Du même sentiment
Les ducs furent ensuite,
Crainte du châtiment
De la part du jésuite,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Nos princes, quoiqu’instruits
Des malheurs de la France,
Sans courage, interdits,
Gardèrent le silence.
Ah mon Dieu, la belle allure !

Gilbert et Pelletier
Dirent là des merveilles,
Mais pour les écouter
On n’avait point d’oreille,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Voyant ses chiens tout prêts
Louis fit la grimace,
Perdre tous ses sujets
Ne vaut pas une chasse.
Ah mon Dieu, la belle allure !

Sur leur passage était
Le peuple pour s’instruire,
Mais on lui répondait :
Tout va de mal en pire :
Ah mon Dieu, la belle allure !

A présent en tout lieu
Chacun ainsi raisonne :
Du pape et non de Dieu
Le Roi tient sa couronne,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Le nonce de l’enfer
Voit enfin les chimères
En France triompher
De la foi de nos pères,
Ah mon Dieu, la belle allure !

C’en est fait, les curés
Des prélats vont dépendre.
Contre leurs volontés
Qui pourra les défendre ?
Ah mon Dieu, la belle allure !

Vintimille est content,
Car le nonce l’assure
Que son cher mandement
Est exempt de brûlure,
Ah mon Dieu, la belle allure !

Un prélat fort ardent
Près du lit d’Uranie
Dit au mari : va-t’en,
Ou je t’excommunie,
Ah mon Dieu, la belle allure !

  • 1. L’allure du lit de justice tenu par le Roi au château de Versailles le mercredi 3 septembre 1732.

Numéro
$5435


Année
1731 (Castries)

Sur l'air de ...
L'Allure (Castries)

Description

16 x 10 dont refrain

Notes

Datés de 1731 par le manuscrit Castries et de 1732 par Clairambault, il existe une très importante série de poèmes fondés sur le timbre de l’Allure dispersée dans les chansonniers. On les trouvera, pour le plus grand nombre,  regroupés aux $1727-1736, 5428-5435, 6138-6140, ainsi qu’à $2802 et 3968. Ils relatent à leur manière le conflit du moment entre la monarchie et son parlement de Paris, ponctué d’arrêts, de remontrances, d’un lit de justice et, pour finir, d’une démission collective des magistrats suivie d’ordres d’exil pour les récalcitrants.

 


Références

Mazarine Castries 3985, p.300-07 - Stromates, I, 301-03

Mots Clefs
Le Parlement, mandé à Versailles, se fait sévèrement morigéner