Adieux d’un actionnaire à ses actions

Adieux d’un actionnaire à ses actions déposées à la banque1
Trésor de mes aïeux, chers parchemins antiques
Qui vîntes en mes mains par droit d’hérédité,
Vous voilà transformés en papiers fantastiques,
Vous touchez au moment de votre nullité.

Il faut que je vous livre aux empreintes magiques
Du sceau mystérieux de l’âpre iniquité2.
Adieu, soumettez-vous aux fureurs despotiques
Qui demandent déjà votre captivité.

L’on veut, dit-on, purger l’usure et l’artifice3,
Trouver la bonne foi, découvrir l’injustice,
C’est un mensonge adroit pour fixer nos malheurs4.

Cependant, si je vois qu’enfin l’on vous délivre
Et que votre retour puisse m’aider à vivre,
Je croirai que l’on peut se fier aux voleurs.

  • 1. Autres titres: Sonnet sur l'arrêt qui ordonnait de porter toutes les actions à la banque pour les timbres (F.Fr.9352) - Sonnet sur le remboursement des rentes (Lille BM 66)
  • 2. Par l’arrêt du 24 octobre 1720, les actionnaires ont été forcés de déposer leurs actions à la Banque pour y être frappées d’une seconde empreinte du sceau de la Compagnie, à peine de devenir nulles. (M.) (R)
  • 3. C’est ce qu’indiquait le préambule de l’arrêt, ainsi résumé par Marais : On dit que « pendant que les uns ont le déplaisir de voir baisser le prix des actions beaucoup au‑dessous de ce qu’elles leur ont coûté, les autres sont parvenus, en peu de temps, à une opulence odieuse au public et contraire au bien de l’État ; que d’autres ont employé plusieurs sommes en achats de diamants et autres marchandises aussi précieuses que superflues ; que d’autres ont abusé de leur fortune subite pour faire des amas de toutes sortes de denrées, voulant encore augmenter leurs richesses par un monopole punissable suivant les lois ; qu’ils ont resserré les espèces d’or et d’argent, ou les ont fait passer dans les pays étrangers, ce qui a causé la cherté des denrées, le discrédit des actions et billets de banque, l’interruption des manufactures et la nécessité où se trouve réduite une partie considérable des villes du royaume. Sur quoi on fait dire au roi qu’il les pourrait taxer, mais qu’il a pris une voie plus douce et plus facile. Cet arrêt, ajoute Marais, paraît être de la main de M. le chancelier ; je crois y reconnaître son style et son esprit. » (R)
  • 4. Personne ne s’abusait sur la portée de l’arrêt. Marais écrit : « Il ne devait point y avoir de taxe, suivant deux arrêts positifs, et en voilà une indirecte qui alarme bien tous les mississipiens. Pour les autres, qu’on appelle actionnaires de bonne foi, ils se défient d’un arrêt qui ordonne qu’on remettra les actions de la compagnie en dépôt ; ils craignent qu’on ne les leur rende point, non plus que l’on n’a point rendu l’argent que l’on a été forcé de porter, et qui a été payé en billets. » Barbier est du même avis : « Tout le monde voit bien, dit‑il, que c’est encore là une friponnerie pour avoir toutes les actions, et n’en rendre que ce qu’ils voudront. Mais on ne peut pas les éviter, car l’action que l’on garderait, n’étant point contre‑scellée, n’aura point de dividende, et ne sera point négociable. » (R)

Numéro
$0391


Année
1720

Description

Sonnet


Références

Raunié, III, 208-10 - Clairambault, F.Fr.12697, p.437-38 et 439 -  Maurepas, F.Fr.12630281 - F.Fr.9352, f°248 -  Arsenal 2937, f°295r - Arsenal 3128, f°230v - Lille BM, MS 64, p.301

Mots Clefs
Law, Système, actionnaires, remboursement des rentes