A Monsieur Gerbier sur le procès de Madame de la Poplinière

A Monsieur Gerbier sur le procès de Madame de la Poplinière1
Héros du sentiment, héros de l’éloquence,
Quel vaste champ s’ouvre aujourd’hui pour toi !
D’une mère et d’un fils embrassant la défense
Tu viens venger la nature et la loi !
Pathétique orateur, quand tu nous peins un père,
Que ton pupille intéresse Paris !
La France le regarda avec des yeux de mère
Et tous les cœurs l’ont adopté pour fils.
Lorsque la loi se tait, quelles seront tes armes ?
Le sentiment, la raison, l’équité.
Le public à ta voix efface par ses larmes
Un testament que l’erreur a dicté.
Si le père eût prévu qu’un fils lui devait naître
L’eût-il haï dans le sein maternel ?
Il l’a privé de tout et n’a pu le connaître.
Avant de naître, on est donc criminel ?
Porte ce jeune enfant à cet aéropage
Où la sagesse interprète les lois.
Que ses pleurs innocents secondent ton ouvrage
Et que ses cris se mêlent à ta voix.

 

  • 1. M. de La Popelinière, fermier général, qui s’était toujours distingué par ses ridicules, mourut laissant sa femme grosse et un testament dans lequel il ne parlait pas du fils à naître. Gerbier, fameux avocat, se chargea de faire casser le testament. Il perdit au Châtelet, à la Grand’chambre. M. Joly de Fleury prenant la parole, conclut à laisser le testament. On ordonna un délibéré. M. Gerbier s’applaudissait déjà du gain de sa cause. Le sieur Le Roy, petit poète, fit ces vers qu’on finissait de lire quand les porte s’ouvrirent et que M. le Premier Président prononça l’arrêt contraire aux conclusions de M. l’avocat général. (M.)

Numéro
$4959


Année
1764

Auteur
Roy

Description

20 vers


Références

Arsenal 3128, f°386v

Mots Clefs
La poplinière, testament, femme, enfant, Gerbier avocat