Noëls de l’année 1730

Noëls de l’année 17301

Pauvres prélats !
Vous voilà bas,
Traités comme des pieds plats
Par nos seigneurs les avocats.
Courez tous à l'étable
Quand le Sauveur n'y sera plus ;
Courez tous à l'étable
Vous serez bien reçus ;

L'âne rira,
D'aise il braira.
Dans la Carcasse qu'il verra,
Que d'amis il y trouvera.

Le grand Colas2
Haranguera,
Le syndic argumentera,
Et l'âne docteur on fera.

Ce bourriquet,
Dit-on, s'est fait
Couper les oreilles tout net,
Pour pouvoir mettre le bonnet.

Le moine grand3,
En arrivant,
Le saluera comme parent,
Et lui fera son compliment.

A ce discours,
L'âne à son tour
Dira : Cousin, en ce grand jour
Partagez l'honneur de ma cour.

Ami baudet,
Dira Languet,
De la Coque amant indiscret,
Ne suis-je pas auteur parfait ?

Fade orateur,
Sot harangueur ;
Nîmes, de son discours mal fait,
Recevra mille camouflets.

Anes mîtrés,
Anes crottés et rebâtés
Docteurs bâtés
Arriveront de tous côtés.

Du Luc4 viendra,
Qui portera
Mandement qui foudroiera,
Mais que point on ne publiera.

Bissy suivra,
Qui conduira
Les enfants noirs de Loyola,
Hussards du docteur Molina.

Nîmes y sera,
Il y verra
Ses créanciers, il sortira
Par la fenêtre et s'enfuiera5.

A Languet, là,
L'âne dira
Que l'approbateur il sera
Du premier livre qu'il fera.

Qu'il fera beau
Voir ce troupeau
A l'âne tenir des propos
Et braire avec lui par échos.

Sur le sujet
Du faux décret6
On interrogera baudet,
Il opinera du bonnet.

Un grand repas
L'on servira,
La Carcasse s'y remplira
De foin, de son, et crèvera.

Chacun boira
Tant qu'il voudra,
A son gré pourpoint remplira
Et Vintimille y baffrera.

De son réduit,
Avant la nuit,
L'âne en fourrure fut conduit
Jusqu'à la Sorbonne à grand bruit.

Avec serment,
En arrivant,
Il accepta joyeusement
La bulle du pape Clément.

Il prêchera,
Disputera,
Quelques cures desservira,
A Sainte-Barbe enseignera.

Que de combats
Il livrera !
Tous les appelants qu'il verra,
Contre eux à l'instant écrira.

Un tel docteur,
Un tel recteur ;
A la Carcasse fait honneur,
De ses membres il est la fleur.

Pauvres prélats ! Vous voilà bas,
Traités comme des pieds plats
Par nos seigneurs les avocats.
Courez tous à l'étable,
Quand le Sauveur n'y sera plus ;
Courez tous à l'étable,
Vous serez bien reçus.

  • 1. Autre titre: Les hommages de la nouvelle Sorbonne à la crèche du Sauveur. (Clairambault) / Noël nouveau au sujet de la carcasse de Sorbonne  (Arsenal 2975
  • 2. Docteur moliniste. (M.) (R)
  • 3. Le moine Lainé, docteur moliniste. (M.) (R)
  • 4. Vintimille du Luc, archevêque de Paris
  • 5. Pour esquiver ses créanciers, l'évêque de Nîmes s'était échappé de son hôtel par une fenêtre. (R)
  • 6. « Le sieur Romigny et autres molinistes de Sorbonne avaient voulu faire revivre le Décret du sieur Le Rouge de 1714, déclaré faux par la Faculté en 1716. » (Abrégé chronologique) (R)

Numéro
$0709


Année
1730 / 1731 (Arsenal 2975)

Sur l'air de ...
Laissez paître vos bêtes

Description

24 x 4 + refrain

Notes

Variantes et ordre tout différent (F.Fr.12700)


Références

Raunié, V,238-43 - Clairambault, F.Fr.12700, p.314-16 - Clairambault, F.Fr.12701, p.297-300 -  Clairambault, F.Fr.12705, p.267-69 (incomplet Variantes) -Maurepas, F.Fr.12632, p.177-82 -  Arsenal 2975, p.165-68 - Arsenal 3133, p. 119-23 - Mazarine Castries 3985, p.82 (6 premières strophes)

Mots Clefs
Jansénisme, revue de détail, Noëls, Carcasse, Sorbonne, Languet de Gergy, La Parisière, évêque de Nîmes, Vintimille, Bissy, Sainte-Barbe