Sans titre

Que tout Paris raille Nogent1,
Qu’on approuve La Ribaudière,
Que le mousquetaire soit sergent,
Que tout s’en aille à la rivière.
Ah ! le voilà, ah ! le voici
Celui qui n’en a nul souci.

Que les disciples d’Escobar
Quittent quelquefois le derrière,
Que leur dévot père Girard
S'éprouve avec la Cadière.

Qu’ayant les rênes sur le cou,
La Gontaut2 soit enfin dévote,
Pour rendre de Pezay jaloux,
Ou qu’elle ne soit que bigote.

Que sans esprit et sans talent
Le duc d’Orléans toujours prie3,
Et que Voltaire impunément
Mette au jour une pièce impie4.

Que le caustique abbé Montgon5,
Qui tant fronda le ministère,
Soit honnête homme ou bien fripon,
Qu’il soit menteur, qu’il soit sincère.

Que Riperda soit à Maroc6
De l’empereur premier ministre,
Et qu’un beau jour il soit au croc
Et puni d’un conseil sinistre.

Que le jugement de Girard
Soit déclaré nul et inique.
Qu’on ressuscite Chamillard
Pour faire aux appelants la nique7.

Que les Académiciens
Soient membres de la comédie8,
Et qu’à leur tour les comédiens
Soient membres de l’Académie.

Que de la froideur de Bourbon
La jeune duchesse frémisse9,
Et qu’Egmond y trouve son bon 
Et que Charolais applaudisse.

Que Langeron par maints exploits
Ait fait accoucher sa princesse10,
Que la lubrique Charolais
Avec Dombes foute sans cesse11.

Je me ris du pays latin,
Et j’abandonne sa querelle,
Pourvu que j’aie du bon vin,
Du tabac et la demoiselle.
Ah ! le voilà, ah ! le voici
Celui qui n’en a nul souci !

  • 1. M. de Nogent‑Beautru, lieutenant général des ar­mées du Roi, frère de Mme la duchesse de Biron, et M. de Ribaudière, officier d’artillerie, se sont fait une querelle à table, celui‑ci a intenté un procès criminel à l’autre sur ce qu’il l’avait attendu dans un chemin pour l’insulter. Cet officier a fait imprimer un mémoire… Toute la noblesse a trouvé bien étrange que M. Ribaudière répondît à coups de plume d’avocats et de procureurs, quand il fallait le faire à coups d’épée. C’est bien s’avilir que de s’adresser à la magistrature pour obtenir vengeance. (Mémoires de Maurepas) (R)Le mémoire de M. de la Ribaudière contre le comte de Nogent est public, personne n’ignore cette affaire. (Castries)
  • 2. Mme de Gontaut est devenue amoureuse de M. de Rennes, pour faire enrager M. de Pezé, colonel du régiment du Roi et gouverneur de la Muette, qui l’a quittée pour vivre avec la maréchale de Villars. (Mémoires de Maurepas) (R)
  • 3. Le duc d’Orléans commençait alors à s’adonner aux pratiques d’une dévotion outrée, qui devait bientôt tourner en manie et le rendre ridicule. (R) On voit le peu de goût que M. le duc d’Orléans prend aux affaires et ses retraites à Sainte-Genevivèe dans un temps précieux où il devrait ouvrir les yeux du Roi le marque assez.
  • 4. La tragédie de Zaïre, représentée pour la première fois le 13 août 1732. (R) L’Épître à Uranie par Voltaire. (Castries)
  • 5. L’abbé de Montgon, fils de M. de Montgon, directeur de la cavalerie, qui a été capitaine‑lieutenant dans la gendarmerie, s’est jeté dans la dévotion et s’est fait prêtre. Il a passé en Espagne, croyant, selon les apparences, y gouverner le Roi, de qui il avait été fort connu pendant sa jeunesse ; il a été éloigné de toutes les affaires par les ministres ; il s’est brouillé avec M. le cardinal de Fleury, il a fait imprimer un livre en Hollande ; ce sont ses Mémoires oùil ne l’épargne pas ; il a présenté au roi d’Espagne des mémoires contre tous les ministres, enfin il a eu ordre de sortir du royaume. (Mémoires de Maurepas) (R)
  • 6. Le duc de Riperda qui, après sa disgrâce en Espagne où il avait été ministre, s’était réfugié à Londres, et puis en Hollande, passa en Barbarie où il devint premier ministre du roi de Maroc, en juillet 1732. Mais sa faveur dans ce pays ne fut pas de longue durée. (R)
  • 7. M. le chancelier a travaillé sur toutes les pièces de ce procès, pour examiner s’il y avait lieu de revenir contre. Cet examen n’a encore abouti à rien, il y a lieu de croire que cet arrêt subsistera. On a fait courir le bruit à Paris que le P. Chamillard, jésuite, avait appelé en mourant de la Constitution, qu’il y avait eu une altercation si forte entre les jésuites de la maison professe pour savoir si on l’enterrerait ou non, qu’ils s’étaient battus ensemble et que l’on avait conclu qu’on lui donnerait la cave pour sépulture. (Mémoires de Maurepas) (R)
  • 8. Les comédiens ayant su que les Académiciens souhaitaient d’avoir des places gratis à la comédie, firent une députation pour leur en offrir ; ils acceptèrent, et en reconnaissance les Académiciens ont donné des places aux comédiens, les jours qu’ils tenaient des séances publiques. Les uns et les autres ont usé de ces droits, et les comédiens pour faire mieux remarquer le privilège qu’ils avaient, se rendirent à l’Académie, après que la salle fut toute pleine à la réception de M. l’évêque de Luçon. (Mémoires de Maurepas) (R) On sait le marché fait par Quinault l’aîné avec Messieurs de l’Académie française qui leur a donné leur entrée gratis à la Comédie. (Castries)
  • 9. M. le Duc a tant usé et des hommes et des femmes qu’il est tombé dans la nullité ; sa femme, qui est née princesse de Hesse‑Rhinfeld, est fort aimable et fort jolie ; malgré cela on prétend que son mariage n’a pas été consommé, on dit qu’elle ne s’en cache point, et on sait que c’est parce qu’elle ignore l’art de l’agacer. La comtesse d’Egmond, fille de M. le duc de Duras‑Lamarque, plus habile, en fait ce qu’elle veut. (Mémoires de Maurepas) (R) M. le Duc n’avait pas pour son aimable épouse toute la tendresse qu’elle méritait. C’est la comtesse d’Egmont qui s’en était emparée après Madame de Prie. (Castries)
  • 10. Langeron, colonel d’infanterie, qui a toujours fréquenté la cour de Mme la duchesse du Maine, y jouait des comédies… Mlle de Sens a eu un enfant de M. de Langeron, ce qui l’a brouillée avec Mme la duchesse, qui lui fit de grands reproches quand elle sut qu’elle était grosse. Mais cela opéra des réponses de sa part qui ne furent point agréables à sa mère et qui ont causé beaucoup de refroidissement entre elles. Quant à Mlle de Charolais fille de Mme la duchesse, on sait combien elle aime ses plaisirs ; à présent, après avoir eu toute la France, elle a M. le marquis de Mirepoix, de la maison de Lévis, colonel d’infanterie, qui succède à M. le marquis dé Souvré, qui avait pris la place de M. le prince de Dombes. (Mémoires de Maurepas)(R)
  • 11. Les amours de M. le Prince de Dombes étaient publiques avec Mlle de Charolais. Ils ne s’en contraignaient pas et vivaient comme mari et femme, à la vue de toute la Cour. (Castries) - Baise son Mirepoi sans cesse

Numéro
$0773


Année
1732 (Castries)

Sur l'air de ...
Confiteor (Castries) / Ah le voici, ah le voilà, / Que je regrette mon amant,

Description

11 x 10 dont refrain

Notes

Chanson sur le sans souci (Arsenal 3133)
Castries amalgame, d’ailleurs incomplètement, $0772 et $0773 ajoutant un couplet par ailleurs inconnu: Que le Roi soit toujours enfant, / Qu’il n’ose régner par lui-même / Et qu’il laisse son vieux pédant / Abuser du pouvoir suprême.


Références

Raunié, VI,29-34 - Clairambault, F.Fr.12704, p.235

Mots Clefs
Jansénisme, revue de détail: Girard, Nogent-Bautru, La Ribardière, Pezé, duc d'Orélans, Voltaire, abbé de Montgon, duc de Riperda, M. le Duc, Langeron, Mme la Duchesse, Mlle de Charolais, Mme de Gontaut