La Lettre de l’archevêque de Reims

La lettre de l’archevêque de Reims
Peuple de Reims, l’aurait-on cru,
Que tel malheur fût advenu ?
Qu’un homme de bonne naissance,
Qu’une dame a fait pair de France,
Que notre archevêque, en un mot,
Eût jamais senti le fagot ?

On l’a brûlé très méchamment1;
Dans l’âme j’en ai grand tourment,
Car c’est pour la foi toute pure,
Qu’il avait fait une écriture ;
Mais un jour, là-haut, dans les cieux,
Il en sera tout glorieux.

C’est pour la Constitution,
Car il est sans ambition,
Que Mailly souffre le martyre.
Certaines gens n'en font que rire ;
Mais ces rieurs Dieu punira,
Le Saint-Père l'en vengera.

Le prélat est déjà vengé
De ceux qui l'ont tant outragé ;
Car on dit par toute la France
Que jamais de Son Excellence
On n'aurait dû traiter l'écrit
Comme on a traité Jésus-Christ.

Chacun dit qu'il a grand'raison,
D'avoir fait la comparaison
De lui, grand prélat et saint prêtre,
Avec Jésus, notre bon maître ;
De s'être réjoui bien fort
D'avoir avec lui même sort.

J'irons en grande dévotion,
Aux messes de fondation,
Que ce saint homme fera dire,
A la gloire de son martyre2.
J'aurons donc un martyr chez nous,
Rémois, réjouissons-nous.

On dit qu'aux Petites-Maisons,
Mais ce sont de pures chansons,
On doit transférer cette messe ;
Qu'on priera Dieu pour la faiblesse
De l'esprit de ce bon pasteur,
Et qu'il guérisse Sa Grandeur.

Et de ces gens de Parlement,
Qui disent que le pape ment,
Et qui maltraitent notre père
Prions le Sauveur débonnaire
De les faire tretous chrétiens,
Comme Clément et tous les siens.

  • 1. Le 19 mars le Parlement condamna à être brûlé par la main du bourreau un écrit qui avait pour titre : Lettre de Mgr l’archevêque de Reims à S. A. R. Mgr le duc d’Orléans, régent du royaume. Pareille aventure devait encore arriver l’année suivante au même archevêque, et lui mériter le chapeau de cardinal. (R)
  • 2. Parmi les diverses facéties auxquelles cette affaire donna naissance, en voici une que le Recueil Clairambault nous a conservée ; c’est une Oraison pour dire à la messe fondée par l’archevêque de Reims : Clementissime pater qui inter cætera potentiæ tuæ miracula, etiam in fragili et glorioso pontifice incruenti martyrii palmam contulisti, concede propitius ut qui pro honore tuo famam neglexit, purpuram cito consequatur, per Unigenitum tuum, qui tecum vixit, tecum moriturus in sæcula sæculorum. Amen.

Numéro
$0290


Année
1718

Sur l'air de ...
Pendus

Description

8 x 6


Références

Raunié, III,49-51 - Clairambault, F.Fr.12697, p.121-22 - Maurepas, F.Fr.12629, p.345-47 - Arsenal 2961, p.476-79 - Arsenal 3132, p.356-58

Mots Clefs
Jansénisme, Mailly, archevêque de Reims, lettre au régent, Parlement, condamnation