Remontrances au Parlement


Remontrances au Parlement

Sur l’arrêt rendu le 3 mai 1761

Du Roi, le Bien-aimé1, Cour et Conseil suprême,

Ministre du pouvoir qu’il ne doit qu’à Dieu même2,

Interprète des lois, colonne de l’État,

Vengeur de l’innocent, terreur du scélérat,

De la grandeur française asile inviolable,

Et de la vérité sanctuaire adorable,

Parlement, qu’as-tu fait ? Par quelle aveugle erreur

As-tu porté tes mains sur les oints du Seigneur3 ?

Retourne au jugement de la chaste Suzanne,

Moderne Daniel, de Dieu fidèle organe,

Je viens te l’annoncer, de la Société

Tu devrais adorer l’antique sainteté4.

Quand on a sur son front deux cents ans d’innocence5,

Vers soi l’on a le droit d’entraîner la balance.

Le crime parût-il aussi noir que la nuit,

Le juge doit blanchir la main qui l’a produit ?

Vieillards de Babylone, indignes de la vie,

Deviez-vous de Jésus noircir la Compagnie6 ?

Qui d’entre vous pourra le convaincre jamais

D’avoir osé penser au moindre des forfaits7 ?

Son nouveau Versoris8, sûr de ce qu’il avance

A d’un ton ferme dit, même en votre présence :

La Valette9 et Ricci10 n’ont jamais commercé.

Ce délit est contre eux faussement avancé.

Externes, ennemis de la gloire des Nôtres11,

Est-il jamais de crime au milieu des Apôtres ?

Les Jésuites le font12. L’habit seul de Jésus

Porte avec lui l’éclat de toutes les vertus.

Je ne saurais, Messieurs, allier mon hommage

À l’encens prodigué par ce public volage13,

Qui pense faussement que l’on doit en ce lieu

Dire : le peuple parle, il est la voix de Dieu.

Que l’esprit des mortels est facile à séduire !

De leur fonds seul ils ont tout ce qui peut leur nuire.

Votre arrêt du 8 mai14 ne vous fait point d’honneur.

Dans le doute il fallait prononcer en faveur

De l’Ordre le plus saint et le plus respectable15 ;

Tout Jésuite a de droit tout juge favorable.

Le sage parlement16 qui fit grâce à Girard17,

N’aurait point à la grève exécuté Guignard18.

Il connaissait à fond les utiles maximes

De ceux qui sans péché19 commettent les grands crimes.

À votre place il eût condamné Lioncy20

À céder sa chemise au monarque Ricci21.

Ricci fait le commerce, eût-il dit ; qu’il le fasse.

C’est la profession des vrais enfants d’Ignace22.

Chacun doit observer les lois de son état.

Il me semble déjà vous voir de ce sénat23

Fronder indignement la louable conduite.

Il fit ce qu’on faisait alors pour le Jésuite24.

Il serait à présent aussi méchant que vous.

Votre sinistre exemple allume son courroux

Et la séduction s’emparera des autres.

Vous ne sauriez jamais empêcher les Apôtres

D’aller prêcher la parole de Dieu.

Ils ont ce droit du Pape. Ils iront en tout lieu,

Malgré votre défense, en prêchant l’Évangile,

Allier sagement le saint avec l’utile.

Je ne puis approuver le grave Saint-Fargeau25

D’avoir malignement osé dire au Barreau

En faisant l’exposé de la banque publique

Que l’agent de Ricci26 fait à la Martinique.

« Jésuites, par état vous devez en ce lieu

Aux sauvages prêcher la parole de Dieu.

À des travaux mondains votre talent s’exerce.

Vous n’avez d’autre soin qu’un infâme commerce.

Votre cœur sous ce joug sans cesse est asservi.

Dieu par vous ne peut être avec Mammon servi27. »

Mal à propos, Messieurs, dans leur riche carrière

Vous voulez de vos mains poser une barrière.

Vous n’avez point ce droit. Il vous est dénié.

De fait votre Sénat est excommunié28.

Du Midi jusqu’au Nord, du Couchant à l’Aurore,

Ils ont fait avant vous ce qu’ils feront encore.

Dès leurs plus jeunes ans, encor dans le berceau29,

Les Jésuites dans l’Inde envoyaient un vaisseau.

Ils le chargeaient pour eux de toutes marchandises,

Sans être aux droits d’Espagne en son trajet soumises.

Pour moitié seulement ces fils de Loyola

En faisaient partir un de Dieppe au Canada.

Le Général lui-même avec la Compagnie

Autorisa la charge, en fit la garantie,

Ces Pères de leurs prêts recevaient à Péquin

Jusqu’à trente pour cent l’Évangile à la main ;

Ils sont courtiers, bouchers, parfumeurs au Mexique.

Ils ont à Carthagène une banque publique.

Leur florissant commerce est à Pondichéry,

À Nanquin, à Canton, à Manille établi.

Leur Paraguay fournit par ses trésors immenses

De quoi faire partout les plus grandes dépenses.

Ils ont dans tous les ports des magasins ouverts,

Où vient l’or de la terre et les perles des mers,

Le tabac, le café, le sucre, la cannelle,

La perse, le velours, le galon, la dentelle.

Des chiens d’un empereur ils sont valets zélés.

Ils vendent du porc frais et des poissons salés.

Nul n’est oisif chez eux. L’un est simoniaque

L’autre publiquement vend de la thériaque30.

Convainquez-vous enfin par ces faits évidents

Que le Corps jésuitique est un Corps de marchands.

Il a pour le trafic d’aussi grands privilèges

Que pour l’ABCD qu’il enseigne aux collèges.

Que ferez-vous, Messieurs, contre ses boulevards ?

Son chef tient dans sa main la force des Césars.

Faibles roseaux, toujours sous ce chêne superbe

Vous irez en tremblant baisser vos fronts sur l’herbe.

Vos arrêts seront-ils de plus fortes raisons

Que celles dont l’Église a chargé ses canons31 ?

La Valette fera sans cesse en Amérique

Ses traites, ses achats et sa banque publique.

Exceptés les trafics, tirés de Portugal32,

Mêmes pouvoirs chez lui viendront du Général.

Sans emprunter ici le tour de l’hyperbole,

Ses navires iront de l’un à l’autre pôle.

Il pourra dire encore de Saint-Pierre33 écrivant :

« Ici les sucres ont baissé de dix pour cent34.

Voilà pourquoi j’ai soin d’en acheter à force.

C’est pour notre maison une flatteuse amorce.

Dans le mois tous mes fonds recevront leur emploi.

Plus de cinq cents tonneaux composeront l’envoi.

J’en ferai deux par an. Comptez sur ma promesse.

Cinquante mille écus sont encore dans ma caisse.

Malgré deux cents tonneaux de bon sucre achetés,

Payés et sur-le-champ au magasin portés,

Deux mille tous les ans avec mon industrie

Passeront par Grasson, Bourdeaux et Compagnie35.

J’ai mis entre les mains de Gautier et Coen36

L’argent pour acheter le vaisseau de Diant37

Ces soins, joints au départ de la Reine des Anges38

M’attireront partout des moissons de louanges.

Mais ce n’est que du vent. Faisons notre métier.

Vous et moi nous ferons un grand coup en janvier ;

Si vos nouveaux vaisseaux mis à l’abri des prises,

Arrivent en ce temps chargés de marchandises

Mon esprit un moment ne peut être en repos.

Pour faire du tafia39, j’achète des sirops.

Saint-Pierre est augmenté d’une vinaigrerie,

D’un grand corps de logis et d’une gragerie40,

Ses revenus seront, sans mes gains bien plus grands41,

Bon an, mal an, portés à deux cent mille francs42.

Au long et vrai discours de ce banquier habile,

Est-ce ainsi, dites-vous, qu’on prêche l’Évangile ?

Rome ne peut jamais permettre un tel abus ;

Rome au luxe livrée aime bien les écus ;

Mais depuis Simon43, Rome a toujours de sa chaire

Anathémisé l’apôtre mercenaire.

Sur ces vaines raisons et les vieux fondements

Dont le clergé gaulois formait ses monuments44,

Et que vous rassemblez à chaque remontrance

Pour lasser de Louis la longue patience

Dans votre Sanédrin vous avez arrêté

L’anéantissement de la Société.

À vous entendre, il faut exterminer la trace

Du commerce que font les héritiers d’Ignace.

Ils sont, pour l’avoir fait, chassés du Portugal45

Où leur main meurtrière a causé tant de mal.

Ils ont à des prélats donné la mort eux-mêmes46,

Quand ils leur reprochaient leur avarice extrême.

Auteurs perpétuels de nos gémissements,

Ils ont fait endurer les cruels tourments

À d’autres qu’un grand Prince47 en son cœur canonise

Pour les avoir trouvés vrais pasteurs de l’Église,

En attendant que Rome ait aux yeux des mortels

Avec solennité décerné des autels.

La gloire du Très-Haut, instrument de justice,

De ces fourbes toujours a voilé la malice ;

D’abord, prenant le nom qui leur fut défendu48,

Ils ont fait en tout lieu tout ce qu’ils ont voulu.

Que ce fut pour punir une Cour criminelle

De sa haine pour Dieu, des froideurs de son zèle

Envers son Souverain par le glaive emporté

Ou pour punir l’orgueil de la Société ;

Du pasteur légitime ils usurpent les chaires,

Et se donnent le nom de grands missionnaires.

Le vrai prédicateur, en tout temps, en tout lieu,

Annonce la justice et le règne de Dieu.

Il prêche sa clémence et son regard propice

Aux pécheurs engloutis dans l’abîme du vice.

L’avarice et l’orgueil sont dans son humble cœur

Des victimes qu’il offre à la croix du Sauveur.

Il est de l’Éternel l’ambassadeur fidèle,

La voix du Dieu qui tonne à l’oreille rebelle.

Il est mort pour le monde, et le monde à son tour

Est en tout temps pour lui sans vie et sans amour.

S’il vit encor, sa vie, en Jésus-Christ cachée,

De tout lien charnel demeure détachée.

On ne le verra point, d’un faux éclat épris,

Comme nous le voyons à présent à Paris,

Être honteusement traduit à l’audience,

Pour être sans argent au jour de l’échéance,

Et pour renouveler dans nos climats les vols

Faits par l’Ignacien sur dix mille Espagnols,

Dont les cris élevés vers la céleste voûte,

Se font encore entendre après sa banqueroute49.

Si, par les grands respects, dus à l’autorité

Au tribunal d’un roi Jésus s’est présenté ;

La fin de sa démarche était de rendre hommage

Au Dieu de vérité dont il était l’image.

Pour payer à César un légitime impôt,

Tout Roi qu’il est, il veut qu’on le paye aussitôt.

Sur les bords de la mer un poisson vient paraître,

Avale l’hameçon pour libérer son maître.

Nul de ses envoyés n’a dans ses missions

Jamais été repris pour plusieurs millions,

Dont il aurait vraiment reçu comptant la somme,

Pour la faire toucher dans un autre royaume.

Leur fonction était d’envoyer dans les cieux

Les trésors rachetés par un sang précieux.

Paul pour les biens d’autrui ne sent aucune envie ;

Sa main seule pourvoit aux besoins de sa vie.

Sans argent et sans or Pierre est près d’un boiteux

Qui lui tendait la main en un temple fameux.

Loin d’avoir un bureau comme les fils d’Ignace,

Mathieu quitte le sien et prêche sans besace.

Les envoyés du Dieu qui créa l’univers,

N’ont sur l’éclat de l’or jamais les yeux ouverts.

Ils tirent de la Foi leurs principales armes

« Leurs pieds, dit Isaïe, offrent partout des charmes50

Sur les monts de Sion ils montent humblement,

Pour prêcher d’un Sauveur le prompt avènement,

Pour publier la paix aux lieux qui sont en guerre,

Pour annoncer un bien inconnu sur la terre,

Et pour dire à Sion : votre Dieu parmi vous

Vient à jamais fixer son règne le plus doux. »

Les Jésuites livrés au seul bien périssable,

Ne sont point envoyés par le Dieu véritable,

Par ce Roi qui pour tous sur la croix attaché,

Veut que l’amour de l’or soit du cœur arraché.

S’ils traversent les mers, le grand but de leur course

N’est pas de convertir, c’est de remplir leur bourse.

C’est d’eux dont le Seigneur parle ainsi dans ses lois51 :

« Je ne leur ai jamais fait entendre ma voix,

En tout temps cependant ils parlent en prophètes,

Je n’envoyais personne, et ces superbes têtes

Couvrant mes vérités sous des voiles épais

Couraient de toutes parts, criant : la paix, la paix ;

Lorsque pour détacher les pêcheurs de la terre,

Au sein de leurs plaisirs je leur faisais la guerre. »

Voilà votre langage. On dirait qu’à Soissons52

Barvic dans votre exil vous donnera leçons53

Fut-il jamais en rien imitable en notre âge ?

Qu’on juge du prélat par son dernier ouvrage54.

Le reste du clergé, la docte faculté55

Ont des yeux bien meilleurs pour la Société.

Vous n’avancerez rien. J’en ai l’expérience.

Les Jésuites sont nés pour tout détruire en France56.

Le zélé défenseur de l’université,

Arnauld57, plus d’une fois chez vous l’a répété.

Ses nerveux plaidoyers ont produit la ruine

Des plus fermes remparts de la sainte Doctrine58.

À l’aspect de ces maux, dont vos yeux sont témoins,

Vous voulez la contraindre à l’acquit de ses dettes ;

Messieurs de la Grand’Chambre, oh ! Pour le coup vous êtes,

Je vous l’ai déjà dit, tous excommuniés.

Allez vous prosterner très humblement aux pieds

De quelque député du Souverain Monarque,

Qui dispose à son gré des ciseaux de la parque59,

Les Jésuites jamais ne s’obligent à rien.

À ses lois, en tous temps, il faut être fidèle.

Vous avez eu grand tort de condamner leur zèle.

Le bâton60 doit aller selon qu’il est poussé,

Et le cadavre agit selon qu’il est pressé.

Bonne ou mauvaise, on doit suivre sa conscience.

Le timide recule et l’intrépide avance.

Le Ciel dût-il tomber, quand on a fait un pas

Du cœur ferme la gloire honore le trépas61.

Des fils de Loyola c’est l’antique doctrine.

Il ne fut pas toujours suivre la loi divine.

Selon les temps, les lieux, il faut agir, parler,

Tantôt montrer son front et tantôt le voiler,

Des plaisirs aux puissants offrir la douce amorce,

De la Religion leur annoncer l’écorce62,

Jamais devant les rois du fils d’Élisabeth63

N’avoir la fermeté, ni le zèle indiscret,

Aller même au-devant de ce qui peut leur plaire,

Avoir ses intérêts pour son unique affaire,

Regarder en tout temps comme suprême loi

De faire un gain de tout, même sans bonne foi,

D’un souverain mépris honorer cet apôtre64

Qui n’a pas même osé désirer l’or d’un autre ;

Comme lui la richesse un niveau du fumier,

Par toute voie enfin enchaîner la fortune.

La meilleure règle est de n’en avoir aucune.

Avec cet artifice, on vient à bout de tout.

L’on rencontre toujours de quoi flatter son goût.

À la cupidité rien n’est si salutaire.

Les fils d’Ignace en font un usage ordinaire.

Si l’on ne les voit point rendre un bien retenu,

C’est que leur propre loi le leur a défendu65.

Selon eux tout métier mérite son salaire.

Quand on est engagé dans celui de corsaire

Il faut fidèlement en observer les lois ;

Comme il faudrait encore verser le sang des rois

Quand même on agirait contre sa conscience,

Si l’on avait fait vœu d’aveugle obéissance.

La loi de l’intérêt est un lien si fort

Que sa stabilité dure jusqu’à la mort.

En vain l’on vous dira par un flatteur langage,

La Grand’Chambre est vraiment un autre aréopage.

Elle ne pouvait rendre un meilleur jugement ;

Le Jésuite est en tout condamné justement.

Nous avons entendu de nouveaux Démosthènes66,

De nouveaux orateurs des tribunes romaines

Qui, laissant à leur art toute sa liberté,

Ont tiré le rideau de la Société67.

Pelletier68 hardiment a fait à l’audience

Ce que n’osera faire aucun prélat de France.

Rempli de cet esprit qui parle sans frayeur

Du trafic jésuitique il a montré l’horreur ;

Et, du juge suprême en tout suivant l’exemple,

A conclu de chasser les vendeurs de son temple.

De Ricci La Valette avait un plein pouvoir69

Pour aller dans Saint-Pierre élever un comptoir.

La bonne foi toujours doit être respectée,

La mauvaise en tout temps doit être rejetée.

Sans nul égard du rang où l’on est engagé,

Sur le délit commun l’on doit être jugé.

Cet ordre si puissant, en aucun lieu de France,

De droit, n’a jamais eu de réelle existence70.

Il doit être pourtant jugé selon ses lois.

Pour tout crime le glaive est dans la main des Rois71.

Dans ce corps qui commerce et par mer et par terre,

La solidarité n’est point une chimère.

Un seul chef y commande, et dans tout ce qu’il dit,

Sa voix devient partout la voix de Jésus-Christ72.

Tout membre par lui seul pense, agit et contracte.

Son nom seul peut casser ou valider tout acte73.

L’ayman [sic] a reconnu le pouvoir souverain,

Que la Société dépose dans sa main.

De tous les biens du corps ce Chef a le domaine.

Sur tous également sa main est souveraine.

Les autres corps n’ont point ce privilège heureux,

Leurs biens par proportion sont divisés entr’eux.

Dans la Société tout fait manse commune.

L’administration est pareillement une.

Il n’est qu’un bien chez elle, un domaine, un pouvoir,

Son chef a tout ; sans lui nul ne peut rien avoir ;

Et dût-on avoir fait emploi de marchandises,

Elles sont, s’il lui plaît, en d’autres mains remises.

Ricci fait rendre à Rey74 par un ordre formel

Des fonds que La Valette envoyait à Dédel75.

Qui dispose un fonds doit en être le maître.

Dans tous les tribunaux on doit le reconnaître.

De la Société, de cet immense Corps

Le Général, faisant mouvoir tous les ressorts,

Et tenant pour le gain toujours la caisse ouverte,

Le Général doit seul en supporter la perte76.

Halte-là ! Discours qui ravit les esprits

Parut adulateur au nouveau Versoris77 ;

À lui seul appartient par sa mâle éloquence

L’honneur de remporter la palme à l’audience.

À l’ouïr, par Gerbier le faux fut exposé78.

Ricci n’est par ses lois qu’aux gains autorisé.

La perte est pour tout autre. Il peut pour une pomme79

En bonne conscience assassiner un homme.

Ou lorsque les bâtons manquent le coup fatal80,

Faire ce qu’il a fait au Roi de Portugal81.

Pour moi, je suis d’avis qu’en bonne conscience,

Vous devez d’un grand cœur réparer votre offense.

Vous avez outragé grièvement Ricci

Par votre arrêt rendu pour Gouffre et pour Lioncy.

Quel est donc, direz-vous, le violent outrage

Que notre cœur a fait à ce grand personnage ?

Doit-elle avoir égard au crédit du puissant,

Blanchir le criminel et noircir l’innocent ?

Du Roi du Paraguay82 le nègre craint la foudre.

Jamais Thémis n’a craint d’être réduite en poudre.

Parce qu’il est le chef de vingt mille brigands,

Ne doit-il point payer cinquante mille francs

Pour les dommages faits par sa grande avarice,

Et pour les intérêts dictés par la justice ?

En autant de Mandrins83 les Jésuites changés

Autour de leurs monts d’or se tiendront-ils rangés ?

De vingt mille poignards leurs fortes mains armées

Seront-elles près d’eux par la rage animées ?

À leur aide le Ciel n’osant se refuser,

Du pouvoir de l’Enfer sauront-ils disposer

Ou, pour ne point payer au jour de l’échéance,

Eux-mêmes au Vatican forger une dispense ?

Quoi ! Notre jugement si rempli d’équité,

Demeurera sans force et sans autorité84 !

Non. Aux Jésuites seuls notre arrêt formidable

Sera de l’univers la règle inaltérable ;

Et tout moine au trafic livré honteusement

Portera de son crime un juste châtiment.

Ainsi, pour étaler votre vaine éloquence,

Vous prendrez mon discours pour une impertinence,

Et loin de l’accepter comme un signe d’amour,

Vous irez sur-le-champ lui défendre le jour.

Lorsqu’à la vérité l’on rend un juste hommage

Du cœur qui la déteste on allume la rage ;

Triste et funeste effet de la corruption

Qui se laisse entraîner par l’adulation.

Je n’attends point, Messieurs, un rempart secourable

D’un avenir toujours incertain et peu stable.

Depuis deux siècles Rome a contre vos arrêts85

Faits, à faire, rendu d’invincibles décrets.

Que votre âme aujourd’hui n’en soit point étonnée,

Rome a parlé, Messieurs, la cause est terminée.

Aux yeux des Nôtres saints avec ce grand secours

Pour externes pervers vous passerez toujours.

Que l’astrologue aux cieux lise avec ses lunettes,

Un sublunaire effet causé par les planètes,

Il ne pourra jamais lire un arrêt pareil

Dans l’ombre dont Vénus doit tacher le soleil86.

Croyant dans tous ses points sa science certaine,

Il pourrait contre vous tourner le phénomène

Vous présenter le corps de la Société

Comme un brillant soleil dans le monde poré [sic]

Éclairant tous les lieux de sa vive lumière,

Faisant du bien à tous dans sa vaste carrière,

Et par votre rencontre en passant obscurci,

Comme l’est à présent, son vrai soleil, Ricci,

Ricci, de Jésus-Christ la plus parfaite image,

Ricci, de l’univers le plus grand personnage,

Ricci, que tout Jésuite adore comme un Dieu,

Ricci, par ses trésors formidable en tout lieu,

Ricci, de tout état législateur unique,

Ricci, dont la loi vaut le code évangélique,

Ricci, supérieur au pontife romain,

Ricci, du monde entier monarque souverain,

Ricci, réunissant sur son chef tous les titres,

Ricci, dispensateur des couronnes, des mitres,

Ricci, faisant de tous le bon, le mauvais sort,

Ricci, seul ayant droit et de vie et de mort,

Ricci, de tout secret ayant la connaissance,

Ricci, dirigeant tout selon sa conscience,

Ricci, dont vous deviez respecter le Décret,

Ricci, honteusement flétri par votre Arrêt.

Cette lésion fait une tache mortelle

Qui surpasse en noirceur la tache originelle.

Ainsi l’avait prédit un fils de Loyola,

Un prophète fameux, le saint Malagrida87,

Quand de Rome envoyé dans cette capitale88

Il ourdit de ses mains une trame infernale.

Quoi ! Jusqu’à présent vous avez ignoré

Que chez Laurent Ricci tout est saint et sacré.

Que l’on est mis au rang des âmes téméraires89

Quand on ose toucher aux biens des bénits Pères90.

La faute91 dût-elle être à la Ville, à la Cour,

Avec un grand éclat arrivée en plein jour,

Par l’instigation ou par la main des Nôtres,

Fussent-ils procureurs, recteurs, profès, apôtres,

Dit le compendium de la Société,

Tout ce qu’on fait contre eux est sans autorité.

Tout est nul de plein droit. Je gagerais d’avance

Qu’au deux juin vous irez aggraver votre offense92.

Au nom de Dieu, Messieurs, cherchez quelque Pichon93

Qui vous donne bien vite une absolution

De vos péchés passés et par un conseil sage

Vous tienne à l’avenir éloignés du naufrage.

Apprenez donc qu’il est encore trois écueils

Qui pourraient devenir vos funestes cercueils.

Ce sont, Messieurs, les droits, les personnes, les choses ;

Il faut sur ces trois chefs tenir vos bouches closes ;

Autrement, vous irez, ignorants magistrats,

Donner la foire94 au corps de nos savants prélats.

Ce mal sera si grand que par votre imprudence

La peste gagnera le royaume de France.

Le sage et saint statut de la Société

Par tout sénat doit être humblement respecté.

Si vos mains retranchaient quelqu’un de ses mystères,

Vos noms seraient écrits en rouges caractères

Vous le prendrez chez vous pour un livre infernal,

Destructeur de tout bien, aux souverains fatal.

L’Évangile n’est point aussi pur que ce Code,

Indigne du destin des livres à la mode.

Les Jésuites sont-ils pour être un jour détruits ?

C’est vous qui méritez les plus obscures nuits.

Sur le Tage à présent, à leur sainte mémoire

On dresse des autels pour couronner leur gloire.

Autant que l’univers laissez durer leur Loi.

N’écoutez sur ce point ni Gerbier, ni le Roi.

Gerbier vous a séduits par ses discours frivoles.

Devait-il devant vous prononcer ces paroles ?

Les fils de Loyola sont provisoirement

Approuvés et reçus dans votre Parlement.

Vous ne sauriez trop tôt ordonner la réforme

D’un volume où l’on lit une maxime énorme95.

D’un livre… ah ! Vous l’avez à présent sous vos yeux.

Je dois borner ici mes regards curieux.

Hâtez-vous de juger notre cause célèbre.

Les Jésuites sont bien aux rivages de l’Ebre

Convaincus et punis des crimes les plus grands ;

N’oseriez-vous toucher à des moines marchands,

Ne jurez-vous point la noirceur de leur âme ?

S’ils ont, en séculiers, fait un commerce infâme,

Je saurai respecter les dons par nos Rois faits

Et de la piété conserver tous les legs.

Je laisserai les fonds destinés pour les maîtres,

Qui pour le bien public se consacrent aux lettres.

Mais il est d’autres biens, des mobiliers connus,

Suffisants pour payer mes cinq cent mille écus.

Si je n’en trouve point dans ce vaste royaume,

J’en pourrai retirer de Madrid ou de Rome.

Par malheur le Jésuite en Portugal n’est plus.

Bragance a fait saisir ses amples revenus.

Si l’Europe ne peut fournir à mes finances,

En d’autres lieux j’irai chercher des assurances

Pour me faire payer des fils de Loyola.

Sans peur je porterai mes pas au Canada ;

Et, s’il faut parcourir et l’Asie et l’Afrique,

Les Isles de la Mer, l’une et l’autre Amérique,

J’en ferai le trajet ; partout je les suivrai ;

J’irai jusqu’au Mexique et jusqu’au Paraguay.

Le Roi dont le cœur droit déteste la malice

Vous dira sur-le-champ : Que l’on rende justice.

Cour suprême, pour moi j’ouvre un avis nouveau.

Sans délai fais rentrer ton glaive en son fourreau.

Jésus n’a-t-il pas dit à quiconque le lève :

Qui du glaive se sert, périra par le glaive96.

  • 1. Louis Quinze, Roi de France, a mérité par son amour pour le peuple l’auguste qualité de LOUIS-LE BIEN-AIMÉ.
  • 2. Il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c’est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre. S. Paul, 13.1.
  • 3. Gardez-vous bien de toucher à mes oints. Paral. 16.22. Les Rois et les Prêtres sont appelés les Oints du Seigneur.
  • 4. Dans l’assemblée de Poissy et au Parlement, il fut défendu aux compagnons d’Ignace de prendre le nom de Société de Jésus, comme s’il n’y avait qu’eux qui fussent saints et que tous les autres dussent être regardés comme des profanes.
  • 5. Le 15 septembre 1561, l’assemblée de Poissy reçut et approuva les compagnons d’Ignace, non comme une religion nouvellement établie en France, mais seulement comme frères du collège de Clermont.
  • 6. Le Parlement n’a point changé la qualification de frères du collège de Clermont, donnée aux compagnons d’Ignace dans l’assemblée de Poissy, ni dans l’enregistrement des lettrs patentes, fait le 13 février 1561; ni à leur rétablissement en 1603; l’année ne commençait point au premier janvier, son commencement était à Pâques. Le Parlement n’adopta le changement qu’en 1564.
  • 7. La Société renferme les perfections de tous les Ordres; quelque excellence qu’ils puissent avoir, la Société brille d’une manière plus éminente. Dans la Société il n’a ni écume, ni lie, comme il y en a parmi les moines, qui sont le plus souvent ignorants, stupides, paresseux, négligents en ce qui concerne leur salut, adonnés au ventre, etc. Avis secrets de la Société, chap.5.7.13.
  • 8. VERSORIS était l’avocat des Jésuites, lorsqu’ils plaidaient contre l’Université qui refusait de les admettre dans son corps. En 1761, Thevenot d’Essaule a plaidé pour eux dans la cause des Lioncy; cet avocat a été trop animé de l’esprit de ses parties. Le public a mieux aimé la modération de son confrère Laget, autre avocat des Jésuites, qui a eu le malheur de défendre une mauvaise cause.
  • 9. Jésuite envoyé à Saint-Pierre de la Martinique. Il a passé par divers emplois, sa dernière dignité était celle de préfet apostolique des missions de l’Amérique méridionale. Au lieu de prêcher l’Évangile de Jésus-Christ, il a fait le commerce et il a eu des correspondants aux quatres parties de la terre.
  • 10. Supérieur général de la Société des Jésuites, qui a autorisé le P. La Valette en tout ce qu’il a fait, suivant les Constitutions de la même Société.
  • 11. Les Nôtres sont tous ceux qui sont de la Société de Jésus. Les Externes sont ceux qui n’en sont pas.
  • 12. Les Jésuites font un quatrième voeu, par lequel ils promettent au Pape une obéissance spéciale pour ce qui concerne les Missions. Ce qui fait donner à quelques-uns d’entre eux la qualité de préfet apostolique de ces Missions.
  • 13. Dans une cause célèbre plaidée à la Grand’Chambre, on n’a jamais vu un applaudissement plus grand que celui que le public donna le 3 mai 1761 au plaidoyer de M. Pelletier de Saint-Fargeau, avocat général, et au prononcé de M. le premier président Molé. Celui-ci fut conduit jusqu’à la porte de son hôtel, au milieu des acclamations du peuple et l’autre jusqu’à la portière de son carrosse.
  • 14. Arrêt où la cour, composée de trente-deux juges, a d’une voix unanime condamné le supérieur général et en sa personne la Société des Jésuites en cinquante mille livres de dommages et intérêts envers les parties de Gerbier, avocat des Sieurs Gouffre et Lioncy.
  • 15. Toutes les fois qu’il s’élève quelque doute sur l’intelligence des privilèges de notre Société, tous les jurisconsultes, et tous les juges, soit dans le Parlement, soit dans le Conseil du Roi, en doivent faire en tous temps l’interprétation en faveur de la Société. Privil.
  • 16. Le parlement d’Aix se déshonora en 1720 [sic pour 1730-31] dans l’affaire du P. Girard et de la Cadière, si connus tous les deux à Toulon.
  • 17. Le P. Girard, Jésuite, mort à Dôle, en Franche-Comté, en odeur de sainteté au jugement du P. Montigny, et suivant le P. Colonia avec son innocence baptismale.
  • 18. Le P. Guignard, Jésuite, pendu et brûlé à Paris en place de Grève, pour avoir dit qu’il était permis de tuer Henri IV, que l’action de Clément, parricide d’Henri III avait été un don du Saint-Esprit. Les Jésuites de Lille ont élevé un autel à ce séditieux avec cette inscription blasphématoire: Guignard, mis à mort pour la foi par les hérétiques de France.
  • 19. Les Jésuites de Portugal ont décidé que le parricide qui tuerait Sa Majesté Très Fidèle, ne serait pas même coupable d’un péché véniel. Jugement de Portugal, pag. 7
  • 20. Les Lioncy frèrs et Gouffre, négociants à Maarseille, avaient accepté pour quinze cent mille deux cent soixante-seize livres, deux sols, un denier, de lettres de change tirées par le P. La Valette. Les Lioncy, pour faire honneur à leurs affaires, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, et l’on peut dire qu’ils avaient été réduits à la chemise qu’ils portaient sur le corps au moment où la Société ne remplit point les engagements qu’elle avait contractés vis-à-vis de ces négociants de bonne foi.
  • 21. Grégoire XIV a donné en 1591 une bulle par laquelle ce Pape déclare que le gouvernement de la Société dont Ignace est le fondateur, est en tout un gouvernement monarchique qui, dans ses décisions, dépend uniquement de la suprême volonté d’un seul Supérieur général.
  • 22. Les Jésuites ont obtenu de Grégoire XIII le privilège de faire le commerce dans les Indes et de faire seuls les missions du Japon, exclusivement à tous autres religieux, afin d’avoir plus de liberté de commercer.
  • 23. Le parlement d’Aix.
  • 24. Les Jésuites, depuis leur institut, n’ont employé que les voies d’autorité pour se soutenir.. Ils ont eu assez de malice pour faire paraître blanc ce qui était noir, et noir ce qui était blanc.
  • 25. M. Pelletier de Saint-Fargeau a tenu à l’audience contre les Jésuites ce langage véritablement évangélique, et a donné contre eux des conclusions suivies par la Grand’Chambre. C’est dommage que ce digne magistrat ne soit pas évêque; le clergé de France aurait du moins un prédicateur de la vérité.
  • 26. Le Père La Valette n’a point agi à la Martinique comme un préfet apostolique des Missions; il était le premier commis du Général de la Société; la caisse de ce banquier se versait dans celle du P. de Sacy à Paris et celle de ce procureur général des Missions de l’Amérique se versait dans le coffre-fort du Supérieur général de la Compagnie de Jésus résidant à Rome. Ce fait est constaté par une sentence de consuls de Paris rendue au profit de la la veuve Grou, le 30 janvier 1760.
  • 27. Nul ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il respectera l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et L’ARGENT. Saint Mathieu, 6.14.
  • 28. Tous ceux qui auront la téméraire hardiesse de contrevenir à nos privilèges, qui permettent aux NÔTRES de faire des fautes, encourront L’EXCOMMUNICATION. Comp. Privil. §10.
  • 29. En 1594, Antoine Arnauld, avocat de l’université de Paris, reprochait aux Jésuites d’envoyer un grand vaisseau aux Indes, chargé de leur or et de leurs marchandises sans payer le quint au Roi d’Espagne.
  • 30. Les Jésuites faisaient à Paris dans leur maison professe, rue S. Antoine, une très grande quantité de thériaque. Les apothicaires s’étant transportés sur les lieux, trouvèrent les Jésuites en flagrant délit, saisirent leurs boîtes de thériaque, le 9 juin 1760. Monsieur de Sartine, lieutenant général de police, prononça au Châtelet, le 2 septembre 1760, une sentence qui déclare la saisie bonne et valable, et dans la forme et dans le fonds, condamne les bénits Pères à cent livres d’amende, et leur fait défenses d’exercer la profession d’apothicaire suivant les saints canons, arrêts et règlements du Royaume.
  • 31. Saint Jérôme veut qu’on évite comme la peste l’ecclésiastique négociant, lequel, selon S. Paul, doit être un soldat toujours prêt à combattre pour Dieu et toujours dégagé de l’embarras des affaires du siècle.
  • 32. Tout trafic est interdit aux Jésuites en Portugal, depuis qu’ils ont été chassés pour leurs forfaits, dont l’univers attend le châtiment avec la plus grande impatience. Le cardinal Saldanha leur reprochait de vendre jusqu’à du poisson salé.
  • 33. Ville considérable de la Martinique, maison de résidence et chef-lieu des Missions des Jésuites dans l’Amérique méridionale.
  • 34. Extrait de plusieurs lettres du P. La Valette écrites aux Lioncy et rapportées à l’audience par M. de Saint-Fargeau.
  • 35. Associés du P. La Valette.
  • 36. Correspondants du P. La Valette.
  • 37. Riche négociant.
  • 38. Navire appartenant aux Lioncy.
  • 39. Espèce de vinaigre dont les nègres font leur boisson à la Martinique.
  • 40. Moulin à eau.
  • 41. Le P. La Valette faisait chaque année un commerce de plusieus millions. Chaque million par an lui rapportait seize cent mille francs. Ce calcul est cité dans le mémoire des Lioncy qui est à la tête de la savante consultation de Monsieur de La Lourcé.
  • 42. Extrait d’une lettre du P. La Valette, écrite de Saint-Pierre de la Martinique au Sieur Cr** le 15 juillet 1757.
  • 43. Saint Pierre, premier évêque de Rome, envoyé par Jésus-Christ pour prêcher des hommes, et non pas pour les dépouiller de leurs biens.
  • 44. Libertés de l’Église gallicane qui ne sont autre chose que les décisions des premiers conciles de l’Église et les règles de la justice et de la droite raison.
  • 45. Le 3 septembre 1759, les Jésuites ont été chassés du Portugal. S’ils n’avaient point fait le commerce ou du moins s’ils avaient obéi au cardinal Saldanha, nommé réformateur de la Société par Benoît XIV d’heureuse mémoire, ils n’auraient point éprouvé cette honte, qui a été le commencement des malheurs dont ils sont menacés. La cupidité est la racine de tous les maux.
  • 46. M. le cardinal de Tournon, M. l’évêque d’Halicarnasse, de la Bauve.
  • 47. Le Roi d’Espagne poursuit à Rome avec un zèle infatigable la canonisation de Dom Jean de Palafox, persécuté par les Jésuites.
  • 48. M. du Bellay, évêque de Paris, fut consulté par le Parlement sur les bulles et les lettres patentes présentées par les Jésuites en 1554. Ce digne père du concile de Trente, et une des grandes lumières du clergé de France, s’explique ainsi dans son avis: le nom que les compagnons d’Ignace prennent de Société de Jésus est un nom ARROGANT; comme s’ils se voulaient dire SEULS à faire et constituer l’Église. En conséquence le Parlement les appelés Frères du collège de Clermont et leur a défendu de prendre le nom de Société de Jésus.
  • 49. En 1646 arriva la fameeuse banqueroute de Séville en Espagne. Dom Palafox, dans une lettre qu’il écrivit à ce sujet à Innocent X le 8 janvier 1649 en fait une description lamentable. “Toute la grande et populeuse ville de Séville, dit-il, est en pleurs, Très Saint Père, les veuves de ce pays et les orphelins se plaignent avec cris et larmes d’avoir été trompés par les Jésuites qui, après avoir tiré quatre cent mille ducats et les avoir dépensés pour leur usage particulier, ne les ont payés que d’une honteuse BANQUEROUTE.
  • 50. Que les pieds de celui qui annonce l’heureuse nouvelle et prêche la paix sur les montagnes, sont beaux: les pieds de celui qui annonce la bonne nouvelle, qui prêche le salut, qui dit à Sion: votre Dieu est en possession de son règne. Isaïe, 52.7.
  • 51. ]Je n’ai point envoyé des prophètes, et ils couraient d’eux-mêmes: je ne leur parlais point et ils prophétisaient de leurs têtes. Jérem. 23, 21.6.15.
  • 52. Dans le dernier exil du Parlement, en 1753, la Grand’Chambre fut exilée à Soissons.
  • 53. M. de Fitz-James, évêque de Soissons, fit un accueil favorable aux exilés.
  • 54. Ce prélat fit honneur à l’ancien clergé de France. Il est recommandable par sa foi et sa piété. Son instruction pastorale contre le P. Berruyer, Jésuite, est un monument de doctrine, digne des évêques des premiers temps de l’Église.
  • 55. ]La faculté de théologie de 1761 est différente de la faculté de théologie de 1554.
  • 56. La Société des Jésuites paraît dangereuse pour ce qui cconcerne la foi, capable de troubler la paix de l’Église, de renverser l’ordre monastique et plus propre à détruire qu’à édifier. Décret de la Fac de Théol. De Paris, 1. Déc.1555.
  • 57. Antoine Arnauld, père du grand Arnauld et des deux saintes abbesses de Port-Royal, avocat de l’Université contre les Jésuites.
  • 58. Messieurs de Port-Royal.
  • 59. Quand il sera question de tuer un tyran, il ne faudra point exécuter le projet sans consulter le Général de la Société. Constitutions des Jésuites. Qui s’oppose à leurs lois est un tyran.
  • 60. Ceux qui vivent sous l’obéissance du Général doivent se regarder comme un bâton dans la main d’un vieillard, et comme un cadavre que l’on porte partout où l’on veut. Constit. Part. 6. Chap.1 &.1.
  • 61. Langage du P. Marmaihi, Jésuite.
  • 62. Que nos prédicateurs se souviennent avant toute chose d’exercer envers les Princes un traitement plein de caresses, et de ne les avoir en vue en aucune façon dans leurs sermons, et de les exhorter à la justice politique. Secrets de la Société, Chap. 4. 4.
  • 63. Saint Jean-Baptiste, fils de Zacharie et d’Élisabeth.
  • 64. Saint Paul qui dit: je n’ai désiré ni l’argent, ni l’or ni l’habit de personne. Act. 20. 32. J’ai regardé toutes choses comme des ordures pour gagner Jésus-Christ. Philipp. 3 8.
  • 65. La Société a le plus ample pouvoir de dispenser de payer les dettes. Avis secrets, chap.2. 10.
  • 66. Messieurs Gerbier et Legouvé, avocats des Lioncy.
  • 67. L’obéissance que l’inférieur jésuite doit à son Général est une obéissance aveugle, qui exige l’abnégation de tout sentiment et de tout jugement, et la persuasion intime que la justice a dicté en tout l’ordre qu’il a reçu. Const., p. 6, chap. 1.
  • 68. M. Pelletier de Saint-Fargeau, avocat général.
  • 69. Précis du plaidoyer de M. de Saint-Fargeau.
  • 70. M. Dumesnil, ancien avocat général, a dit: les Jésuites ne sont ni reçus, ni approuvés comme religion par les cours et Églises de France; ils sont reçus par forme d’assemblée du collège, à la charge de les REJETER si quand ci-après ils seront découverts être NUISIBLES, ou faire préjudice à l’état du royaume.
  • 71. Ce n’est pas inutilement que le Prince a le glaive en main. Il est le ministre de Dieu pour exécuter sa vengeance, en punissant celui qui fait le mal. Rem.13. 4.
  • 72. Il faut obéir à la voix du Général comme si elle était sortie de la bouche de Jésus-Christ. Const., Part.6, Chap.1, §1.
  • 73. Le Général a toute faculté de faire toutes sortes de contrats et personne n’en passer aucun sans être autorisé du Général. Règle de la Société, N. 13.
  • 74. Riche négociant de Marseille, substitué aux Lioncy après leur faillite par le P. de Sacy, procureur général des Missions, suivant les ordres de ses supérieurs.
  • 75. Riche négociant d’Amsterdam.
  • 76. Axiome de droit. Celui qui profite de l’avantage d’une chose doit en supporter le dommage.
  • 77. M. Thevenot, avocat des Jésuites.
  • 78. Cet avocat, apostrophant les créanciers de la Société, leur a dit, avec une présomptueuse fermeté, comme s’il eût été assuré du gain de sa cause: C’est à vous, accusateurs, c’est à vous à prouver que mes parties aient fait le commerce. Ce serait un crime si elles l’avaient fait. Les Jésuites n’ont fait que vendre les denrées de leur propre fonds.
  • 79. Molina, tom. 4 de la Justice. Traité 3, Doute 16. Nom. 7.
  • 80. Malagrida, Marhos et Alexandre, Jésuite portugais, complices de l’assassinat du Roi Très Fidèle, détenus en prison, trois bâtons du Général.
  • 81. Avoir recours à la calomnie et noircir la réputation quand on ne peut pas ôter la vie.
  • 82. L’année dernière, Messieurs les chanoines du Sépulcre de Paris reçurent de Rome des reliques de saint Constant, enveloppées dans deux cartes du Paraguay, avec cette inscription au bas, Paraguay, royaume de la Société de Jésus.
  • 83. Il y a quelques années qu’un brigand, nommé Mandrin, ravageait les provinces méridionales de France. Pour arrêter ces brigandages, la Cour fut obligée d’envoyer des troupes contre lui.
  • 84. La lésion est nulle, quoiqu’elle ait été faite par la faute des NÔTRES, de nos procureurs ou de nos maisons. Privil. §.9.
  • 85. Pie V, dans sa bulle de 1571, s’explique ainsi: Nous accordons à la Société de Jésus tous les privilèges, toutes les immunités, etc. qui ont été accordées par nos prédécesseurs et qui pourront être accordées par nos successeurs.
  • 86. Passage de Vénus dans le disque du soleil le 6 juin 1761.
  • 87. Jésuite détenu aux prisons de Portugal pour crime de lèse-majesté.
  • 88. Ce Jésuite était un homme important dans la Société et un bâton du Général, propre à frapper les grands coups; il est venu d’Italie en France en 1756, et ce prophète était aux environs de Paris lors de l’assassinat du 5 janvier 1757.
  • 89. Tous ceux qui auront la téméraire hardiesse de contrevenir à nos privilèges seront excommuniés. Comp. mot. Privil. §.10.
  • 90. Dénomination donnée aux Jésuites par les Portugais.
  • 91. S’il arrive que l’on fasse lésion à nos privilèges; qui que ce soit qui la fasse, dans quelque état où il se trouve; de quelque manière qu’il l’ai faite ou qu’il la fera dans la suite, aux personnes, aux droits, aux biens et aux choses de la Société, la lésion est nulle et sans autorité. Comp. mot. Privil. §.9.
  • 92. Par un arrêt de la Cour, rendu le 17 avril dernier, les chambres assemblées, il fut ordonné aux Jésuites d’apporter leurs Constitutions. Lr P. de Montigny les apporta au greffe de la cour le lendemain 12, de l’édition de Prague, 1757. Messieurs les gens du Roi en doivent faire leur rapport aux chambres assemblées le 2 juin prochain.
  • 93. Jésuite qui a fait un livre abominable. Une de ses maximes est d’aller vite à confesse et ensuite communier, quelque grand crime que l’on ait commis.
  • 94. Terme bas, qui signie dévoiement, produit le plus souvent par une indigestion. Il y a eu des prélats qui en ont été indisposés à la nouvelle de l’arrêt du 8 mai 1761.
  • 95. Quand il s’agira de tuer un tyran, il faudra consulter le Général. Const. jésuitiques.
  • 96. Jésus dit à un de ceux qui étaient avec lui: Remettez votre épée dans le fourreau, car tout ceux qui prennent l’épée méritent de périr par l’épée. S.Mathieu, 26, 52.

Numéro
$4556


Année
1761

Description

511 vers

Notes

A propos de l'arrêt du 3 mai 1761 décrétant la dissolution de la compagnie de Jésus en France.


Références

BM Lyon 809762 Remontrances au Parlement. Avec des notes et ornées de figures. Au Paraguay, de l’imprimerie royale de Nicolas Ier. 1761. 31 p. in-12.

 

 

 

Mots Clefs
Jansénisme, Jésuites, Parlement, arrêt du 3 mai 1761, texte long