Chanson sur le Père Girard

Chanson sur le Père Girard1
Un dernier jour de carnaval
Dévote fort gentille
S'en vint dans mon confessionnal
Dire sa peccadille.
De son innocence charmé
Je lui dis : ce sont bagatelles.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

A ces mots la reconnaissant
Simple autant que soumise,
Je lui dis en la conduisant
Jusqu'au bout de l'église :
Demain, sans faute, après-dîner
J'irai chez vous, Mademoiselle.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

J'y fus en effet sans façon,
J'entrai dans sa chambrette.
Je lui dis, mon jeune tendron,
Si vous êtes discrète
Je vous ferai part d'un secret
Qui vous réjouirait, ma belle.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

Je veux bien vous montrer pourquoi
Lui dis-je, ma chère âme,
Tous les moments que je vous vois
Mon cœur est tout de flamme.
Oh ! que le Dieu de charité
Vous a choisi, belle pucelle.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

Je veux faire votre bonheur
Dans la vie éternelle,
A condition que votre cœur
A moi seul soit fidèle.
Vous aurez dans l'éternité
Toujours félicité nouvelle.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

Ce n'est pas là pourtant le tout.
Il faut être soumise.
Je suis sûr de venir à bout
D'une telle entreprise.
Je veux tout voir en liberté.
Ne soyez point du tout rebelle
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

Pour réussir dans mon dessein,
Quittez votre chemise.
Laissez moi baiser votre sein
Et sa rouge cerise.
Gardez-vous bien de résister
Vous manqueriez d'être immortelle.
Ah ! me répondit-elle,
Mon Père, en vérité,
Vous avez bien de la bonté.

Une extase dans cet instant
Prit la jeune fillette.
Je la conduisis doucement
Au bord d'une couchette.
Quelle source de volupté
En roulant sa vive prunelle
Ah ! ah ! ah ! me dit-elle,
Mon père en vérité
Je touche à l'immmortalité.

 

  • 1. Commencement de l’intrigue du Père Girard avec la Dlle Cadière. (Castries)

Numéro
$1866


Année
1731 (Castries)

Sur l'air de ...
Monsieur, en vérité, vous avez bien de la bonté (Castries)

Description

8 x 8


Références

F.Fr.23859, f°12v-13r et f°52 -Mazarine Castries 3985, p.105-09 -  Lille BM, MS 69, p.196-99  - Turin, p.56-58

Mots Clefs
Jansénisme, Girard/Cadière, conte grivois