Stances à M. Rimbaud, promoteur en l'officialité de Toulon, chevalier de Latarn

Stances à M. Rimbaud,

promoteur en l’officialité de Toulon
chevalier de Latran
Que tu accomplis mal ton office,
Rimbaud, chevalier de Latran,
Bien loin de poursuivre le vice,
Tu t’en déclares partisan.
Faible ennemi de l’innocence,
Prête ton cœur à l’éloquence
De Chaudon qui par ses écrits
A découvert le noir mystère
De cette monstrueuse affaire
Et convaincu tous les esprits.

Fauteur du vice et du scandale,
Sous prétexte de charité,
Pour sauver un Sardanapale,
Dois-tu trahir la vérité ?
Tu connais bien Girard coupable,
Mais politique détestable,
Tu chantes sur un autre ton.
Les témoins qu’on te voit produire
Ne disent rien qui pût lui nuire :
Ils savaient trop bien leur leçon.

Noir instrument de la malice
Des ennemis de la vertu,
Leur valet en titre d’office,
Jusqu’à quand les serviras-tu ?
Quiconque dit Girard coupable,
Quoique le chef en soit véritable,
Est interdit ou maltraité.
Pour n’être donc pas vos victimes
Il faut s’aveugler sur les crimes
Aux dépens de la vérité.

Quelle nécessité fatale !
Pour mettre à l’abri son honneur
Faut-il d’un horrible scandale
Ne pouvoir pas blanchir l’auteur ?
Race en malignité féconde,
Se faisant craindre à tout le monde,
Tu tiens aux fers la vérité.
Si tu l’empêches de paraître
C’est qu’elle pourrait bien peut-être
Détruire ton autorité.

Thémis, vengeresse du crime,
Protectrice de l’innocent,
Viens dissiper du noir abîme
L’épaisse vapeur qu’il répand.
Préservez-en l’esprit des juges
Afin qu’à de vains subterfuges
Ils n’aient plus aucun égard.
S’ils pèsent tout à la balance,
Ils verront bien que l’innocence
N’est pas du côté de Girard.

Mais hélas, la faveur l’emporte.
Je vois fouler aux pieds tes lois.
La raison même la plus forte
Dans ton palais n’est d’aucun poids.
Chassez-en cette corruptrice
Qui fait commettre l’injustice
A tant de lâches sénateurs.
Permettras-tu que l’innocence
Soit immolée à la vengeance
De ses malins accusateurs ?

Et toi, sénat si redoutable,
Si fameux par ton équité,
Seras-tu pour un seul coupable
Un mur à son impunité ?
Non, non, quoique les apparences
Semblent flatter ses espérances,
Ton arrêt lui sera fatal
Tout son crédit est inutile.
Jamais le crime n’eut d’asile
Dans un si juste tribunal.

 

Numéro
$2017


Année
1731

Auteur
Esprit Reybaud

Description

7 x 10

Notes

D'après la procédure son nom est Esprit Reybaud. Turin l'orthographie Reibeau


Références

F.Fr.23859, f°100v-101v - BHVP, MS 602, f°191-192r - Turin, p.94-97

Mots Clefs
Jansénisme, Girard/Cadière, avant le jugement du parlement d'Aix, Rimbaud, Reybeau