Arrêt du régiment de la calotte confirmatif de celui qui a été rendu par le parlement d’Aix en faveur du Père Girard

Arrêt du Régiment de la Calotte confirmatif de celui qui a été rendu
 par le parlement d’Aix en faveur du Père Girard
Nous, général de la Calotte,
Non celle des rouges vêtus
Qui tient lieu de toutes vertus,
Mais bien du dieu de la Marotte,
Par un arrêt de notre part
Voulons confirmer la sentence
Rendue en faveur de Girard
Par le parlement de Provence
Autrefois si ferme et si vif
Et dont le conseil par avance
A réglé le dispositif.
Mais n’en déplaise à sa prudence,
Affaire de telle importance
Ne va qu’avec l’audace et l’art.
On accusait le papelard
D’un crime tenu pour énorme
Sur plus d’un indice pressant.
Il fallait au moins pour la forme
Ne pas ménager l’innocent ;
Il fallait après la torture
Sacrifier la vérité,
Traiter Cadière de criminelle
Au lieu du coupable arrêté
Et tourner aussitôt contre elle
Le feu qu’il avait mérité
Et qui a [?] coûté plus de crimes.
Pour servir la Société
Il fallait prendre ses maximes
Pour sauver Girard sans retour.
Des juges que Thémis emploie
Douze le mettent hors de cour,
Et pareil nombre au feu l’envoie.
Le peuple à sa fureur en proie
Dans ce jugement inégal
S’écrie et veut une victime.
Du moins pour expier le crime,
Dit-il, qu’on brûle Charleval.
Dans des concerts précis et justes
Pour le repos du genre humain
Jusqu’ici les chambres augustes
Semblaient se tenir par la main
Et puisqu’enfin il faut le dire,
Promptes à redresser les torts
Elles sapaient par leurs efforts
Les fondements de notre empire,
Confondaient dans leur nouveau plan
Les sectaires de la Sorbonne
Flétrissaient et d’Embrun et Laon,
Et même à l’ombre du trône
Faisaient pâlir le capelan* (*le cardinal de Fleury)
Malgré les conseils que lui donne
Le Don Quichotte* du Vatican (*le cardinal de Bissy)
Moins respectable en sa personne,
Sous la pourpre qui l’environne,
Que Baudrier n’est au carcan.
Mais la chose a changé de face
Sur des devoirs religieux.
Le Bret vient de rompre la glace
Et sourd aux cris de ses aïeux
N’a mis de bandeau sur ses yeux
Que pour n’en plus revoir la trace.
Son prononcé fut odieux,
Mais c’est à nous d’en rendre grâce.
Des gens de sa race
Fut Momus et toute la classe.
Le contrecoup est glorieux
Qu’Oppède et Baudot en tous lieux
Attestent l’honneur de sa place
Que leur présence l’embarrasse
De Maliverny furieux
Sur l’injustice qui se passe
Que le cri perce jusqu’aux cieux
Contre le chef de sa cabale
Ne sait-on pas pour la sauver
Jusqu’où la vertu se ravale
Et combien sa fière rivale,
L’ambition corrompt le cœur
Qu’aveugle en sa chute fatale
Une âme qui devient vénale
N’en mesure plus la hauteur.
Mais revenons au directeur
Dont on déchire la morale.
Ce prêtre pour se montrer tel
Que toujours il voulut paraître
Du pied du bûcher à l’autel
Court recrucifier son maître
De son sang même il s’abreuvait
Dans la messe qu’il réservait
Au profit du porte-hydrocelle
L’ombre des Guignards la servait
Et faisant bruit la crécelle
Même on remarque qu’il avait
Au col la fatale ficelle
Par qui fut terminé son sort.
Quoi qu’il en soit, Girard peut prendre
Sous notre appui nouvel essor
Aussi pur, aussi net encor
Que s’il renaissait de sa cendre
Et pour intriguer à son tour
Et Colbert et son nouveau schisme
Voulons que notre homme à la cour
Aille planter le quiétisme.
C’est là qu’au gré de ses désirs
Il pourra sans peine introduire
Mieux que Fénelon à Saint-Cyr
Ce nouveau genre de martyre.
Il l’exaltera par ses dits
Auprès de l’un et l’autre sexe.
Pour qui cherche le paradis
La route est un peu circonflexe,
Mais faites pour des courtisans
Et propres à les conduire à croire.
Pour nous, quelle moisson de gloire !
Qu’il va naître de traits plaisants
D’une manœuvre délicate
Où l’âme follement se flatte
Au moyen d’un mystique écart
De s’unir à l’Être suprême
Lorsque replié sur lui-même
Le corps peut faire bande à part
Et loin des préjugés vulgaires
Jouir en plein de ses misères.
Nous, que l’enfant de Loyola
S’abusant pourtant jusque là
Dans un semblable ministère
Déguisant jusqu’à ses soupirs
À la faveur d’un tel mystère
Il se noie au sein des plaisirs
Rempli des trésors de la grâce
Attendant que dans ses desseins
Le conseil à la rouge toque
Le mette au nombre de ses saints
Vis-à-vis Marie Alacoque.
Et toi qui fus de ses plaisirs
Et de ses douleurs la victime
Et de qui les chastes désirs
Brûlaient dans les ombres du crime
Plus loin encore s’il est permis
Porte ton innocence extrême
Dans les bras de la vertu même
À qui tes desseins sont remis
Va pleurer sur tes ennemis
Contre l’adroite compagnie
Qui glisse sur l’ignominie
Superbe encore dans son devis
Plus qu’à ses rois à Rome unie.
Que Chaudon sur les pas d’Aubry
Comme lui se fasse un abri
De la beauté de son génie
Quoiqu’en son mandement nouveau
En ait publié Laffiteau
En apôtre de fraîche date
Qui saurait mieux sur un tréteau
Vendre parfums et mithridate
Après avoir rempli les avis
Et de la foudre et des éclairs
Dont son éloquence est armée
Que Gauffridy, moins abattu,
De voir que ce qu’il a conçu
Ne s’est dissipé qu’en fumée
Se retranche dans sa [?]
Satisfait de sa renommée.
Fait de l’ordre express de Momus
Par une muse provençale
Sous les piliers de la grand’salle
Des cris du peuple encore émus.

 

Numéro
$2055


Année
1731

Description

166 vers


Références

F.Fr.23859, f°178r-180v

Mots Clefs
Jansénisme, Girard/Cadière, après le jugement du parlement d'Aix, calotte