Épigramme contre Rome…

Epigramme contre Rome, les jésuites et le parlement de Provence
faite au sujet de l'affaire du Père Girard jésuite avec la Cadière
Inondant l'univers de célèbres forfaits
Viendras-tu du vrai culte effacer tous les traits,
Fausse religion dont la vaine apparence
Triompha de tout temps de l'humaine ignorance ?
Jusqu'au pied de l'autel les meurtres médités
Donne l'apothéose à tes impiétés.
L'auguste sang des rois est la plus digne hostie.
S'il ne faut qu'un poignard, Rome le sanctifie.
Facilement trompé, Henri dans le saint lieu
Reçoit par le poison la mort avec son dieu.
En vain du crime affreux le remords persécute,
La tiare le couvre, un moine l'exécute.
Monument de ton zèle, aux attentats livré,
Ce couteau fume encore, par Guignard Corsaire.
O sage prévoyance, O conseils salutaires,
Si dans l'arrêt du traître on eût mis ses confrères.
Les sacrificateurs pleins d'émulation
Donnaient jadis leur sang pour la religion.
Que les imitateurs de ces héros sont rares
De leurs jours maintenant devenus plus avares
Nos pasteurs sous le nom d'une sainte fureur
Versant tout autre sang n'épargnent que le leur.
Que vois-je, et tout d'un coup quel amas de nuages
Vient du Tibre infecté conduire les orages ?
Déjà de toute part le Loyola mugit,
Déjà de sa fureur le despotisme agit.
Profitant du tumulte,un pontife qui tonne
N'attend plus qu'un Clément pour attenter au trône1.
Tu sais par les détours d'un langage imposteur
Pallier de Girard2 la sacrilège ardeur
Quand pour insinuer ses amours impudiques
Le scélérat sacré prend les divins cantiques
Quel opprobre immortel sur ton front est écrit.
Sénat si tu l'absous, le divan le proscrit3.

  • 1. On peut dire que l'auteur de ces vers a prédit en 1731 ce qui est arrivé au roi en 1756 [sic] : l'assassinat de Sa Majesté commis par Robert-François Damiens
  • 2. Jésuite dont tout le monde sait l'histoire, qui pieusement baisait une jeune fille de 18 ans appelée Cadière.
  • 3. Les jésuites qui avaient un grand crédit dans l'esprit du cardinal de Fleury firent ordonner par ce premier ministre au parlement d'Aix de faire renvoyer par arrêt ce confrère paillard absous de tout crime et il fut mis ainsi que la Cadière hors de cour et de procès. Néanmoins il y eut onze voix qui le condamnèrent à être brûlé vif et treize voix pour l'absoudre.

Numéro
$1639


Année
1731

Description

34 vers


Références

Lyon BM, Palais des Arts, MS 54, f°48

Mots Clefs
Jansénisme, Girard/Cadère, jésuites assassins, parlement d'Aix encouragé à punir