Réponse à l'auteur des vers ci-devant

Réponse à l’auteur des vers ci-devant1
Bien vous en soit, seigneur hypercritique,
Qui par des vers si bien imaginés
Sur Prilly, Limogeon, Hugues et des Henriques
Avez pensé les avoir bien bernés.
Croyez-vous que votre défonce [?]
Soit sans réplique et sans réponse ?
Lisez ces vers, vous verrez votre erreur,
Monsieur le versificateur.

Dès le début, quel esprit vous anime
De faire à notre chevalier
Un grand reproche, et même un crime,
D’avoir quitté son nom, Monier ?
Un crime… c’est un trait d’une rare prudence :
Il veut s’attirer du respect.
Quel moyen pour cela ? Son air, sa contenance,
Son esprit, ses discours, son bien ne l’eût point fait.
D’ailleurs il a couru la France,
Et c’est l’usage de Paris
Que Pierrot hier valet soit aujourd’hui marquis.
Sur quoi Monier en homme sage
Pour preuve qu’il s’était formé dans son voyage
En revenant dans ce quartier
S’est fait surnommer chevalier.
Suivons vos vers… Voici vous nous la donnez bonne
Monsieur l’auteur, et vous vous trompez fort
En disant que Catin va tout droit à la mort.
Sur ce point je vous vais monter vore béjaune.
Écoutez mon raisonnement.
Des sénateurs nommés pour juger cette affaire,
Douze sont pour Girard, douze pour la Cadière,
Obstinés dans leur jugement.
Dieu sait quel tapage ils vont faire
Quand il faudra juger définitivement.
Or, pour terminer leur querelle
En faveur de la Demoiselle
Et mettre fin à leurs débats
Nous enverrons le marquis de Senas,
Car il dit qu’au Palais il a droit de séance ;
Sur quoi fondé ? C’est, à ce que je pense,
Sur un titre ancien que chacun lui connaît
Et dont le marquis se fait gloire ;
C’est celui de s’en faire accroire.
Il ira donc opiner du bonnet.
Le coup est sûr et je le tiens pour fait.
Or, le procès fini, soit dit en parenthèse,
Entre nous je serais fort aise
Qu’en homme sage désormais
Il quitta là l’épée et suivit le Palais.
Et la raison, faut-il que je la taise ?
Hélas, ce n’est pas un secret ;
Sénas n’est bien fort qu’en caquet.
Revenons à Prilly. Voici le seul endroit
Auquel je n’ai rien à répondre.
À la cour, dites-vous, Monier s’est présenté,
Mais avec mépris on vous l’a rejetté.
À ce coup dans vos vers je lis la vérité.
Mais Dieu puisse-t-il vous confondre
Pour le conseil que vous avez dicté :
Le beau parti que vous voulez qu’il prenne !
Le trait est d’un cerveau fêlé

  • 1. Réponse à l’auteur des vers ci-devant commençant par ces morts : Grand chevalier (M.). Cf. $3107

Numéro
$3108


Année
1732

Description

60 vers


Références

Turin, p.372-74

Mots Clefs
Jansénisme, Girard, Réponse au poème ($3107) sur les partisans de La Cadière