Entretien d’une commère et d’un voyageur

Entretien d’une commère et d’un voyageur1
Vous passez donc Beaugency ?
Vraiment, ma commère, oui.
Et quittez enfin la Loire ?
Vraiment, ma commère, voire,
Vraiment, ma commère, oui.

Viviers2, et son maître aussi,
Et le bon vin qu’il fait boire ?


Là, bon accueil on vous fit,
Conservez-en la mémoire.

Perdrix on vous y servit,
Et pour fruit muscat et poire.

De la dame on sait le prix ;
Elle fait tout avec gloire.

Elle a lu plus d’un écrit
Qu’on veut traiter de grimoire.

Sa lecture elle a suivi
Jusqu’au septième Mémoire3.

Le prélat de ces lieux-ci4
Nous en faisait bien accroire.

Le dogme il a perverti
Par une bulle illusoire.

Ses curés font comme lui
Sans pourtant comme lui croire.

Son abord est doux, poli,
Mais terrible est son prétoire.

Chacun d’effroi a pâli
Et continue à se taire.

Quesnel ils ont tous flétri
Au gré de la bande noire.

Sans l’entendre ils l’ont honni,
Leur injustice est notoire.

Leur devoir ils ont trahi
Sans disputer la victoire.

Ils ont craint d’un interdit
La peine comminatoire.

Leur renom qu’ils ont sali
A besoin de décrottoir.

Ce sont de vrais chieenlit,
Je crois qu’ils avaient la foire.

Ayant donc si fort failli,
N’iront-ils qu’en purgatoire ?

Nul n’a fait voir jusqu’ici
Repentir satisfactoire.

Quoi ! pas un ne s’est dédit ?
Trop pesante est leur mâchoire.

Ils devraient avoir souci
De cette importante affaire.

Ils ont perdu leur crédit :
Osent-ils paraître en chaire ?

On fera de ce récit
Une danse balladoire.

Adieu, monsieur, me voici
A la fin de mon histoire.

Pour en éviter l’oubli
Servez-vous d’une écritoire.

Et gardez ce manuscrit,
Vraiment, ma commère, oui,
Bien serré dans votre armoire. —
Vraiment, ma commère, voire,
Vraiment, ma commère, oui.

  • 1. Par M. Bertin (J.) revenant de Blois à Paris. (M.) (R)
  • 2. En l’absence de toute annotation fournie par les Recueils manuscrits, nous n’avons pas cherché à préciser le lieu et les personnages auxquels il est fait allusion ici. Dans le centre et dans l’ouest de la France, il y a un assez grand nombre de viviers parmi lesquels rien ne nous autorisait à faire un choix. (R)
  • 3. Mémoires du P. Quesnel pour justifier ses propositions. (M.) (R)
  • 4. Fleuriau d’Armenonville, évêque d’Orléans. (M) (R)

Numéro
$0153


Année
1716

Description

26 distiques + Vraiment ma commère


Références

Raunié, II 114-17 - Clairambault, F.Fr.12696, p.167-72 - Maurepas, F.r.12628, p.417-23

Mots Clefs
jansénisme, Fleuriau d’Armenonville, évêque d’Orléans, curés