Le Décret péremptoire

Le décret péremptoire
C'est un vrai moto proprio,
Où de pleine puissance,
Selon les lois d'un droit nouveau,
Dès la première instance
Le pape rend un jugement,
Sans citer les parties
Qu'il condamne arbitrairement
Sans les avoir ouïes1.

Par ce tyrannique décret,
L'Église dispersée
Sous le joug doit voir qu'on la met
Sans l'Église assemblée.
En effet l'exécution
Qu'ordonne le Saint-Père,
Suppose une soumission
Servile et nécessaire.

Soumission sans liberté,
La preuve est dans la bulle2;
Car sur l'infaillibilité
Jamais on ne recule.
Suivant cette prétention
Le décret est loi stable
Avant toute acceptation,
Et règle invariable.

Ce décret a tout soulevé,
Jusques aux plus timides.
Car son défaut étant prouvé
Par des raisons solides,
Les prélats qui n'avaient cédé
Que par condescendance,
Aux appelants ont accordé
D'imiter leur constance.

Tel on verra Tournai l'ancien,
Que La Salle on appelle3,
Condom-Milon4 plus fort soutien
Que l'autre qui chancelle,
Châlons-sur-Marne, Agen, Mâcon,
Saint-Malo, Laon, Bayonne,
Auxerre aussi, qui, ce dit-on,
Les Quarante abandonne.

Leur nombre au lieu d'aller croissant
S'abrège et diminue.
Narbonne ira d'un pas plus lent,
Bordeaux moins se remue.
Feu Lectoure ayant fait déjà
L'appel qu'on voit paraître,
Lectoure nouveau le suivra
Neutre ne voulant être.

Neutres en effet formeront
Une nouvelle bande ;
De faux sages applaudiront
A leur souplesse grande.
Tantôt amis des acceptants
Ils leur feront cortège,
Et puis de même aux appelants.
le plaisant manège !

  • 1. « Le pape avait publié, le 8 septembre, à Rome, des lettres apostoliques à tous les fidèles, par lesquelles il leur enjoignait à tous, quels qu’ils fussent, et même aux premiers pasteurs, de se soumettre à la Constitution Unigenitus sous peine d’être séparés de la communion de l’Église romaine. » (Mémoires de la Régence.) (R)
  • 2. Constitutione perpetuo valitura, est‑il dit dans la bulle. — Omnimodan obedientiam, est‑il porté dans les lettres péremptoires. (M.) (R)
  • 3. Il était alors abbé d’Orbais, au diocèse de Meaux. (R)
  • 4. Voici les noms des prélats auxquels il est fait successivement allusion par l’indication de leur siège épiscopal : Condom : Louis Milon‑ — Châlons‑sur‑Marne : Jean‑Baptiste de Noailles ; — Agen : François Hébert ; — Mâcon : Michel de Cassagnet ; — Saint‑Malo : Vincent‑François des Marets. — Laon : Louis‑Anne de Clermont‑Chatte de Roussillon ; — Bayonne : André Druilet — Auxerre : Charles‑Daniel‑Gabriel de Pestels de Lévis de Tubières de Caylus ; — Narbonne : Charles Legoux de La Berchère ; — Bordeaux : Armand Bazin de Bezons — Lectoure : Louis d’Illers d’Entragues, qui avait eu pour prédécesseur François‑Louis de Polastron, mort en octobre 1717. (R)

Numéro
$0315


Année
1718

Description

7 x 8


Références

Raunié, III,84-87 - Maurepas F.Fr.12629, p.377-79 (ne forme qu'un avec $0315 dans Maurepas) - 

Mots Clefs
Jansénisme, décret péremptoire, pape, infaillibilité, évêques appelants