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Apologie des RR.PP. Jésuites

Apologie des RR.PP. Jésuites.
Chanson sur l’air des Pendus.
Nouvelle édition

Que l’esprit de rébellion
Fait tort à la Religion !
Si chacun sans tant de scrupule,
Souscrivait à la sainte Bulle,
Les Jésuites, ses bons amis,
N’auraient nulle part d’ennemis.

Parce qu’ils tiennent toujours bon
Pour leur pieuse invention,
Toute la troupe janséniste
Les suit sans relâche à la piste,
Et sans aucune charité
Diffame la Société.

A peine un évêque est-il mort
D’une colique ou d’un transport,
C’est aussitôt eux qu’on accuse ;
On sait, dit-on, toute leur ruse ;
Un bon bouillon à petit bruit
L’a plongé dans la sombre nuit.

Le poison, le fer et le feu
Est pour ces bons Pères un jeu.
Ils jouissent du privilège
De porter leurs mains sacrilèges
Sur les oints sacrés du Seigneur,
Qu’ils font mourir par procureur.

De Chapt, Verthamont, Archinto,
Ont tous les trois fait le grand saut ;
Si l’on exhumait leurs carcasses
On verrait encore les traces
Du poison subtil et bénin
Qu’ils ont donné par dessous main.

Mais voyez où va la fureur !
On suspecte leur sainte ardeur.
Au Japon leur foi ne s’exerce
Que pour faire un plus grand commerce,
Et par ce prétexte pieux
Nous jeter de la poudre aux yeux.

Parce qu’aux isles leur agent
Faisait travailler leur argent,
Parmi les marchands on le range.
Il fait bien payer ce qu’il vend,
Il emprunte et jamais ne rend.

Lioncy va partout crier,
Messieurs, c’est un banqueroutier
Puisqu’il m’ôte toute ressource ;
Montrez-moi le fond de sa bourse ;
Ou si la Valette me perd,
Qu’il porte au moins un bonnet vert.

Répondez-moi, tous ces trésors
Restent-ils dans leurs coffres-forts ?
Car si l’on en juge à leur mine,
Il n’en va rien à la cuisine.
Aussi mal nourris que vêtus,
Que font-ils donc de leurs écus ?

Le beau quoeres, en vérité,
Me dit-on, avec charité !
C’est pour payer leurs créatures,
Agents de leurs œuvres obscures,
Acheter à deniers comptants
Le droit de paraître innocents ;

Sans l’argent qui sauva Girard,
Où serait ce saint papelard ?
On l’aurait vu, chaste victime,
De l’amour expier le crime,
Et mourir en martyr nouveau
Des mains d’un infâme bourreau.

L’argent leur est d’un grand secours
Pour exécuter tous leurs tours.
De leurs attentats il les lave,
Ils en achètent un conclave,
Du poison les sucs les plus fins,
Des poignards pour les souverains.

Mais leur richessse et leur pouvoir
Chez Thémis n’ont pu prévaloir ;
Toujours ferme ainsi qu’équitable,
Par un arrêt irrévocable,
Elle a rendu vains les efforts
De ce vaste et dangereux corps.

Ces tendres amis de nos Rois,
Bientôt une seconde fois,
Malgré leur fine politique,
Au mois d’avril fermant boutique,
Honnis, maudits d’honneur, perdus,
S’en iront comme ils sont venus.

N’allez-vous pas me dire aussi,
Comme du temps du grand Henri,
Qu’ils voulaient encore à Lisbonne
Renverser le Roi de son trône,
Et par un autre Jean Châtel
L’immoler comme un criminel ?

Votre Accordam et vos arrêts
Sont une histoire faite exprès.
Parlez  à maintes bonnes âmes,
Interrogez plus de vingt femmes,
Et même quelque Sulpicien,
Tous vous diront qu’il n’en est rien.

Non, ce n’est pas un conte bleu.
Malagrida frit depuis peu
En est une preuve complète ;
On a déjà vu ce prophète
En attendant ses compagnons
Prophétiser sur ses charbons.

Ah ! grand Dieu ! qu’il a fait beau voir
Au milieu de ce chaud manoir
Ce saint faire ses exercices
Et montrer aux pères novices
A prendre un masque de vertu,
A mourir comme on a vécu.

Le bon Père Malagrida,
Dans le code de Loyola,
Avait lu que c’est une gloire,
Même une action méritoire
De percer le sein de nos rois
Quand ils nous gênent par leurs lois.

Si les Révérends le niaient,
Tous les Jansénistes diraient :
Faisons-en un bon Formulaire ;
Car c’est la chose la plus claire
Qu’ils ont dans leur morale écrit
Et qu’ils ont fait ce qu’ils ont dit.

Quel noir mensonge et quelle horreur !
Taisez-vous, maudit imposteur ;
La France un peu mieux informée
Verra s’envoler en fumée,
Avec ces saints qu’on fait mourir,
Tous les faux bruits qu’on fait courir.

Mais supposons qu’en Portugal
Ils se soient conduits aussi mal ;
Qu’ont donc de commun ceux de France
Pour attaquer leur innocence
Et crier ab hoc et  ab hac
Qu’ils forment plus d’un Ravaillac ?

Allez, moquez-vous des discours,
Mes bons Pères, parlez toujours.
Chacun vous croit et vous estime ;
Vous n’entrez pas plus dans ce crime
que vos confrères portugais
dans tous ceux que vous avez faits.

Numéro
$3565


Année
1715 septembre




Références

Lyon BM, 809738


Notes

Texte imprimé