Epitaphe par un jésuite pour M.Pâris appelant

Épitaphe par un jésuite pour M. Pâris appelant
Ci-gît un appelant qui prétendait aux cieux.
Sitôt qu’il eut quitté la terre.
Vers la porte il leva les yeux.
Que voulez-vous, lui dit saint Pierre ?
Alors, d’un ton respectueux :
Je viens vous demander passage
Pour entrer au séjour du céleste héritage
Où toujours ont tendu mes vœux.
J’applaudis, dit saint Pierre, à votre ardeur extrême,
Mais je n’ai pas l’autorité suprême
D’ouvrir la porte à qui je veux.
Vous l’avez déclaré dans vos fréquents débats.
La question d’entrer pour vous est difficile.
Nous assemblerons un concile.
En attendant allez en bas.

Réponse
Ci-gît Pâris qui droit au Ciel monta
Tout aussitôt qu’il eût quitté la terre.
Lorsque de ce séjour à la porte il heurta,
Que voulez-vous ? lui dit saint Pierre.
Alors, d’un ton respectueux :
Sacré portier des bienheureux,
Je viens, dit-il, vous demander passage
Pour arriver au céleste héritage
Où toujours ont tendu mes vœux.
Vous êtes à louer, lui répliqua saint Pierre,
D’avoir eu du dégoût pour les biens de la terre,
Que ceux du Ciel ont fait l’objet de tous vos soins,
À des nécessiteux soulageant les besoins.
Je suis édifié de votre zèle extrême,
Mais je n’ai point l’autorité suprême
D’ouvrir et de fermer la porte quand je veux.
Il faut assembler les apôtres.
Je n’ai ma voix qu’avec les autres ;
Vous avez suivi ce point-là.
De ce saint lieu l’entrée est difficile.
Nous assemblerons un concile.
En attendant demeurez là.

Saint Paul entendant la dispute
Vint pour interroger Pâris.
Grand saint, lui dit le diacre, il s’est fait une loi
Sur vos sublimes écrits.
J’ai soutenu toujours avec raison, me semble,
Que papes dans ces jours aucun ne vous ressemble,
Qu’à Pierre même ayant fait la leçon,
On ne devait admettre pour doctrine
Que ce qui de vous deux prendrait son origine
Dans un concile exprès d’une sainte union.
Vous savez la secte hypocrite
Que pontifes, prélats soutiennent avec feu,
Qui méprisent l’amour de Dieu
Et veulent que sa crainte ait tout lieu de mérite.
Arrêtez, dit saint Paul, je connais ces gens-là,
Comme vous, je les hais en cela.
Tout est imbu de leurs fausses maximes,
De Satan et de ses suppôts.
Mais vous qui sans fléchir avez suivi ma trace
En détestant les faux dévots,
Venez avec moi recevoir une place.
Saint Paul alors de Pâris prend la main,
Au céleste séjour le fait entrer soudain.
Oui, Paul, dit Jésus-Christ, ce serviteur fidèle
Des vrais croyants fut le parfait modèle.
Par des miracles éclatants
Je veux honorer sa mémoire
Qu’entre mes saints choisis on cite son histoire
Malgré ces odieux, lâches constitutionnaires;
Qu’on aille à son tombeau par une ardeur extrême ;
Aveugles, sourds et muets, impotents et perclus
Seront guéris, et faux docteurs confus
En frémissant en vain de rage et de colère.

 

Numéro
$4767


Année
1730 / 1732

Description

70 vers en trois sections

Notes

reprise détournée  et augmentée de $$3370


Références

Clairambault, F.Fr.12704, p.215-18 -Maurepas, F.Fr.12633, p.133-36 -  F.Fr.15144, p.139-44 - F.Fr.31660, f°90-91

Mots Clefs
jansénisme, contre jésuites, pour le diacre Pâris