Réponse au père Du Cerceau, auteur de l’ouvrage sur l’Unigenitus

Réponse au Père Du Cerceau, auteur de l’ouvrage sur l’Unigenitus
À ton sujet, le sage Salomon
Disait fort bien Nil sub sole novum.
Il prévoyait que sur terre et sur l’onde
Maints Loyolas troubleraient ce bas monde.
Que voyons-nous que ce roi n’ait pas vu ?
Ceux de son temps lui donnaient même scène.
Mêmes malheurs chaque siècle ramène.
Le nôtre, hélas ! clairement a conçu
De tes projets l’iniquité certaine.
Toujours Sion n’eut que trop d’opposants,
Mais elle a vu depuis plus de cent ans
Dans tes consorts une race obstinée ;
Sous ce beau mot de Constitution,
Contre la loi de Jésus émanée,
Parler sans crainte et s’armer sans façon
Race de Cham qui pour être reçue
Aux potentats trouva l’art d’applaudir
Et fit partout grande et fière cohue ;
Tout l’univers eut alors la berlue.
Contre Augustin on la vit se roidir ;
Tous les docteurs elle vint contredire.
Car jugeons-en parce qu’elle ose écrire :
Plus parfait n’est l’Evangile divin
Que ne le fut la loi du Sanhédrin.
Ainsi le dit cette fameuse Bulle
Qui dans le mal endurait l’incrédule.
Pour l’obtenir on fit illusion,
Pour la dicter on vomit des blasphèmes,
Pour y souscrire on veut soumission.
Refusez-vous ? Vous êtes anathèmes
Comme Quesnel, fils du Diable en deux mots ;
Vous retracez son crime et ses complots
Prévinrent donc le Souverain Pontife
Gens animés de l’esprit de Caïphe,
Et pour complaire à ces pharisiens,
Trois cardinaux furent tous ses soutiens.
Là, dans Paris, maints faux Israélites,
Aussi malins qu’ils étaient hypocrites
[une page manque]
Ce grand expert dans les dissensions
Se mit au chef qu’il ne pouvait mieux faire
Que de tramer cette cruelle affaire
Qui fit tonner la capitale, car,
Pour régner seul dans l’esprit de César
Était besoin qu’en y perdant créance
Le cardinal fut réduit au silence.
D’un tel affront gens de bien s’alarmaient,
Et gens de bien qui sans cesse criaient
Non vers le Roi, mais vers le Seigneur même.
Car il advint par un malheur extrême
Un incident qui le Ciel étonna.
Prélats de cour qui par politique pure
Au confesseur criaient tous hosanna,
Et sans rougir du plus honteux parjure
De la Sorbonne étaient les renégats.
Or écoutez où conduisait ce cas.
Ces faux zélés étant de la partie
D’un chapeau rouge eurent bientôt envie ;
Contre Quesnel firent leur grand fracas.
Que voulaient-ils par ce rusé manège ?
Faire leur cour aux pères du collège.
Peu les fâchait être appelés judas ;
Bissy lui-même à son dogme fut traître ;
Le fin disciple afin d’être plus maître
Parut en tout l’âme de ces débats.
Bon Dieu, quel chef avec lui, quels apôtres !
Votre Evangile autrefois en vit d’autres
Qui recherchaient, jaloux de sainteté,
Non leur éclat, mais une volonté.
Jugeons de là que ce ne fut merveille
Si du grand Roi Tellier seul eut l’oreille
Puisqu’avec lui prélats parlaient si mal
Des sentiments du pieux cardinal.
Sera dans peu, disaient-ils, chose faite.
Il en perdra son chapeau, sa barrette.
Ainsi l’ont dit et Louis et Clément.
Trop tôt pour nous ne peut venir ce temps.
Ainsi parlait avec ses noirs confrères
Le promoteur de ces tristes affaires ;
Mais autrement le public en pensait
Et ce clergé cependant mollissait.
Bientôt pourtant ne furent plus les mêmes
Ces grands héros, mais de vrais nicodèmes.
Louis mourut et Tellier perdit cour
Tous ses suppôts n’eurent pas moins de peur.
En un moment cette infernale engeance
Perdit le fruit de sa vaine science.
La vérité reprit enfin vigueur.
Contre l’erreur tourna toute la chance.
Tellier lui-même, un beau jour exilé
Par trop d’égard d’une main souveraine,
Voulut, dit-on, se pendre à quelque frêne,
Tant il était confus et désolé.
Au cardinal il remit la balance
Dont trop longtemps il fit si grand abus,
Et le méchant, non sans outrecuidance,
Vit avorter son Unigenitus.
Ores sur tout faisons courte épilogue.
L’Église a vu comme la Synagogue
Bien des méchants dans ses sages discours.
Ce sage roi prévoyait que nos jours
Des siens en mal retraceraient l’idée,
Parlait de France ainsi que de Judée,
Des Loyolas n’espérait rien de bon ;
Partant disait : Nil sub sole novum.

Numéro
$4718


Année
1718

Description

105 vers

Notes

$4718-$4720 constituent la réponse janséniste au poème du jésuite Du Cerceau intitulé La Constitution rejetée par la Synagogue. - Autre version en $2683


Références

Arsenal 3134, f°39-42

Mots Clefs
jansénisme, contre Du Cerceau, jésuite, Etat de l’Eglise