Sans titre

Morgué, Pierrot, fais-moi sage
Sur la doutance où je suis.
Dis-moi, quel est le tapage
Que l’on voit dedans Paris ?
Dis-moi pourquoi l’on exile
Les prêtres et les curés ?
Ils étions dans cette ville
Tant chéris, tant révérés.

Faut encor que tu me bailles
Sur la Constitution
Dont tout le monde se goaille
Certaine explication,
Ce que c’est que Formulaire
Et mille autres noms hébreux,
Car sans quoi dans cette affaire
Je ne connais œufs ni bœufs.

Lucas, t’es un plaisant homme
Aveques tes questions.
Jamais on n’a pu de Rome
Avoir d’explication.
Comment donc puis-je te dire
Chose que je ne sais pas ?
De plus, je ne veux mot dire
De ces Messieurs les prélats.

Cependant pour toi, compère,
Selon mon petit cerveau
Je veux bien ici te faire
Une espèce de planteau
Sur lequel, sans t’y méprendre,
Tout fin net comme un torchon,
Tu pourras d’abord comprendre
Ceux qu’auront tort ou raison.

Avant tout il faut te dire
Que le bonhomme Clément
S’est toujours laissé conduire
Comme un âne, follement,
Par ces infâmes jésuites,
Plus mauvais que des serpents
Et qu’avons comme hypocrites
Causé tout ce troublement.

Pour parsemer leur morale
Par toute la chrétienté,
De l’autorité papale
L’aide ils avons emprunté
Et sans tarder davantage
Par certains griffonnements
Ont fait condamner l’usage
Du saint Nouveau Testament.

Si l’on ôte l’Évangile
Qu’est bien le meilleur objet,
Faut donc comme un imbécile
Marmotter son chapelet.
Pour moi, dans pareil caprice
Je vois un trait plus méchant
Que quand un chien par malice
Mord les brebis qu’allons bien.

Comme une telle entreprise
Ne pourrait pas persister
Et que c’était de l’Église
Les plus zélés irrités,
Pour soutenir la gageure,
Pour avoir des adhérents
Ils ont mis en prélature
Tous galipeaux ignorants.

Ainsi que Loups à charogne,
Ces prestolets alléchés
Accourent tous sans vergogne
Promettant d’être attachés
Aux volontés du Saint Père
Comme à la Société,
Et voilà la raison claire
Qu’ils sont tous de ce côté.

Pour mieux mêler la fusée
Ils ont fait beaucoup d’écrits,
Mais dignes de la risée
De tous les plus grands esprits.
C’est pourtant cette machine
Que ces beaux écervelés
Voulons tous que chacun signe
Sous peine d’être exilés.

Palsangué, qunad je rumine
À tout cela bien à fond,
Soutenir cette doctrine,
Quand même ils auraient raison,
Serait-il pas plus utile
D’agir d’une autre façon
Quand Dieu prêchait l’Évangile
faisait-il mettre en prison ?

Tout le plus fin ridicule
C’est l’infaillibilité
Dont on orne sans scrupule
Sa prétendue sainteté.
Tout comme si ce bon Père
N’était de chair comme vous
Et qu’il n’eût pas compte à faire
Au Seigneur bian pu que nous.

S’ils poursuivent leur système
C’est sangué, tout plat et net,
La divinité suprême
Envoyée au berruquet,
Et je crois si cela dure
Qu’on nous contraindra dans peu
D’adorer cette figure
À la place du bon Dieu.

Pour résoudre ces matières
Ils ont pris des avocats
Leur croyant des caractères
Tout autre qu’ils n’avons pas.
Car contre leur espérance
Ont fait un raisonnement
Dnt on dit pour récompense
Qu’ils aurant un cassement.

Tiens, aga, Lucas, Reinette,
Du Seigneur sont grands les bras
Il veut toujours que l’on [ill.]
Quand même on ne jouerait pas.
Or un jour par sa justice
Peut-être il éboulera
Ce chancelant édifice
Qui tous les écrasera.

Numéro
$5377


Année
1727 (Castries) / 1730

Sur l'air de ...
Ton humeur est, Catherine, plus aigre qu’un citron (Castries)

Description

15 x 8


Références

Clairambault, F.Fr.12704, p.125-27 - Maurepas, F.Fr.12633, p.81-86 - F.Fr.15144, p.256-265 - Mazarine Castries 3984, p.264-70

Mots Clefs
Jansénisme, Concile d’Embrun, persécution des vrais fidèles