La Vaillance de Fleury

               La vaillance de Fleury1
Au roi qui, l'autre jour, disait au cardinal :
Si l'on vient à tirer l'épée,
Qui prendrai-je pour général ?
Ce ministre s'offrit pour commander l'armée.
Sire, dit-il, la France a vu des cardinaux2
Par vos prédécesseurs choisis pour généraux ;
Ne puis-je pas comme eux acquérir de la gloire,
Immortaliser ma mémoire,
Exposer mes jours pour mon roi,
Par quelque signalé service,
Mériter les bontés qu'il daigne avoir pour moi ?
Dans le métier de Mars je ne suis point novice,
J'ai déjà des commencements
Capables de donner l'alarme aux Allemands.
A la tête des molinistes,
Jc fais depuis longtemps la guerre aux jansénistes,
Et sans quartier et sans pitié
J'en ai déconfit la moitié ;
J'ai fait des prisonniers sans nombre ;
Le reste craint jusqu'à mon ombre.
Ces jours passés, par un détachement
Commandé par mon lieutenant3
Dont on connaît la noble audace,
Je fis de grand matin attaquer une place4.
Avant midi la garnison
Se rendit à discrétion,
Et par le commandant me fit demander grâce.
Après ces exploits glorieux,
Oui, sire, j’oserai vous dire
Que vous ne pouvez faire mieux
Pour la gloire de votre empire,
Que de me donner promptement
Le bâton de commandement.
Le zèle, les talents, le cœur, la vigilance,
Suppléeront à l’expérience ;
Il faut de l’argent pour les frais,
Même beaucoup, et vous n’en avez guère,
Mais ce que j’ai donné pour ménager la paix
Je le retirerai pour soutenir la guerre,
Et ce que j’ai donné, sire, monte si haut,
Que j’en aurai plus qu’il n’en faut
Pour entretenir vos armées,
Quand la guerre devrait durer plusieurs années.
Ici finit le cardinal,
Et le roi lui promit qu’il serait général.
Peut-on douter qu’un tel athlète
N’efface Richelieu, Sourdis et La Valette5 ?

  • 1. Autre titre: Entretien du Roi et du cardinal de Fleury - Le généralat en faveur du cardinal de Fleury (Lille 63)
  • 2. Le cardinal de Richelieu avait commandé l'armée d'Italie, en 1625 et dirigé le siège de La Rochelle contre les protestants, en 1628, avec le titre de grand maître et surintendant général de la navigation. Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, chef du conseil du roi en l'armée navale, battit à Gattari les Espagnols (1638), qu'il avait chassés des îles Sainte-Marguerite. Louis Nogaret d'Épernon, cardinal de La Valette et archevêque de Toulouse sans avoir reçu les ordres sacrés, s'était démis de ses fonctions ecclésiastiques pour commander successivement les armées d'Allemagne, d'Alsace, de Picardie et d'Italie. (1634-1639). (R)
  • 3. M. Hérault, lieutenant de police. (M.) (R)
  • 4. Le collège de Sainte-Barbe (M) (R)
  • 5. N’efface quelque jour Sourdis et La Valette ?

Numéro
$0718


Année
1730 / 1731

Description

47 vers


Références

Raunié, V,249-50 - Clairambault, F.Fr.12699, p.565-66 - Clairambault, F.Fr. 12700 p. 321-22- Maurepas, F.Fr.12632, p.63-64 -  F.Fr.12800, p.203-04 - F.Fr.13660, f°100 - F.Fr.15019, f°91-92 - F.Fr.15144, p.116-19 - Nouv.Acq.Fr. 4773,   f° 134 - BHVP, MS 602, f°157r-157v - BHVP, MS 664, f° 268v-270r - Lille, BM, 63, p.293-296 - Lyon BM, Palais des Arts, MS 51/2, f°135r-135v

Mots Clefs
Jansénisme, Cardinal de Fleury, Louis XV