Sans titre

Qu’en France maint édit pullule,
Qu’ici tout soit fait pour une bulle ;
Qu’à Rome Clément sans scrupule
Vende la foi,
Je siffle tout jusqu’à sa mule,
Lorsque je bois.

Qu’il puisse gloser sur la Bible
En souverain,
Qu’un pontife soit infaillible
Chez Bellarmin ;
Qu’il soit homme répréhensible
Selon Dupin,
Tout cela me paraît plausible,
Le verre en main.

Que l’orgueilleux Rohan s’éveille
Tout éperdu,
Que Bissy penaud s’émerveille
D’être tondu,
Que Tellier ait, baissant l’oreille,
Du pied au cul,
Je ne songe qu’à ma bouteille
Quand j’ai bien bu.

Que la Société moins fière
Ronge son frein,
Que Doucin1, bouffi de colère,
S’échauffe en vain,
Que l’on se torche le derrière
De son tocsin2
Je ris de leur douleur amère
Quand j’ai du vin.

Réjouissez-vous, calvinistes3,
Ne pleurez plus.
Vos confrères les jansénistes
Ont le dessus.
Vous régnerez bientôt en France
Comme autrefois
Rendez grâces à son Éminence4,
Suivez ses lois.

Il va se faire le pontife
Des gallicans.
Depuis longtemps il veut qu’on biffe
Les brefs romains.
Venez révérer ce saint homme
À deux genoux.
Il va prendre congé de Rome
Tout comme vous.

Que l’infâme maltôtier crève
Dans la prison,
Que Bourvalais franchisse en grève
Maint échelon ;
Qu’une corde au gibet élève
Son compagnon ;
Que m’importe qu’on les achève
Quand j’ai du bon.

Que Le Normand joue en galère
De l’aviron,
Qu’on parle de rogner la sphère
De d’Argenson ;
Que son Gruet fume la terre
De Montfaucon,
Tant que j’ai du vin dans mon verre,
Je dis bon bon.

Que le marchand se désespère,
Faute de gain,
Que l’artisan dans sa misère
Gueuse son pain,
Que le bourgeois comme un poète
Meure de faim,
Pour moi, je ris de leur disette,
Le verre en main.

Qu’un peuple soit prompt à médire,
Sot et changeant,
Qu’à belles dents Pasquin déchire
Notre Régent,
Que dans ses coffres il attire
Tout notre argent,
En buvant je ne fais que rire
Du soin qu’il prend.

Que le superbe essaim d’Ignace
Trafique en dol,
Qu’il ose parler de la grâce
Contre saint Paul,
Ou qu’il croye sur l’efficace
Saint Augustin,
Tout cela ne vaut pas tasse
Pleine de vin.

  • 1. Louis Doucin, jésuite (1652 1726), fut l’un des plus zélés partisans de la Constitution Unigenitus, et publia contre les Jansénistes nombre de brochures et de factums.
  • 2. Le parlement voulant découvrir les auteurs de plusieurs écrits au sujet de la Constitution Unigenitus qu’on appelait Tocsins, dont on soupçonnait le P. Le Tellier, le P. Doucin et quelques autres jésuites, on apprit d’Amiens qu’on saurait la vérité à Orléans… N’ayant rien trouvé chez les libraires d’Orléans, on s’avisa d’aller au collège des jésuites de la même ville. On y trouva plusieurs presses qui servaient à l’impression de ces libelles, dont le P. Doucin, qui était relégué là, depuis quelques mois, parut être le véritable auteur avec le P. Le Tellier. “ (Journal de Buvat, 10 juin 1716.)
  • 3. Les deux strophes suivantes ne figurent que dans Lyon BM, MS 758.
  • 4. le cardinal de Noailles (M.)

Numéro
$2947


Année
1716

Sur l'air de ...
Quand Iris prend plaisir à boire ou: Amis, ne parlons plus de guerre

Description

9 x 11


Références

Clairambault, F.fr.12696, p.157-60 (air noté) - Maurepas, F.Fr.12628, p.348-51 -  F.Fr.9351, f°248r (sauf deux dernières strophes) -F.Fr.12500, p.190-92 - Arsenal 2937, f°160r-160v - Arsenal 2975/3, p.54-58 - BHVP, MS 670, f°83r-84r - Lyon BM, MS 758, f°63-64

Mots Clefs
jansénisme, Bourvalais, cardinal de Noailles, Clément XI, Bellarmin, Dupin, cardinal de Rohan, Bissy, Le Tellier, Doucin, comte d'Argenson, Gruet, Le Normand,