Chanson du maréchal ferrant aux RR.PP. Jésuites


Chanson du maréchal ferrant

aux RR.PP. Jésuites.
Mes Pères, je suis maréchal,
Je ne travaille pas trop mal,
Pour m’attirer de la pratique
De bien des sortes de façon ;
Afin d’amuser mes garçons,
Je vous chante sur ma musique,
Tôt, tôt, tôt,
Battez chaud ;
Tôt, tôt, tôt,
Bon courage,
Il faut avoir cœur à l’ouvrage.

La guerre déploie ses drapeaux,
La foudre lance ses carreaux,
Sur votre sainte confrérie,
Aux quatre coins de nos États ;
Quels sont donc vos noirs attentats,
Poour de toute part l’on crie :
Fi, fi, fi,
Loin d’ici ;
Fi, fi, fi,
Notre France ne veut plus de vos Révérences.

Partout les Grands vous honoraient
Et les peuples vous respectaient,
Si forte était la confiance
Qu’ils vous montraient publiquement.
D’où vient un si prompt changement
Qu’on n’a plus en vous de créance ?
Fi, fi, fi, etc.

Le premier qui vous attaqua,
Le premier qui vous démasqua,
Aux yeux étonnés de l’Europe,
Ce fut le célèbre Pascal ;
C’est lui commença le mal
Que Thémis au clair développe.
Fi, fi, fi, etc.

Tous les coups que l’on a portés
Contre votre Société,
Ont été vains et inutiles
Par l’adresse de vos esprits ;
Si vous échappez aux édits
Vous serez ma foi bien habiles.
Fi, fi, fi, etc.

On voit vos vingt-quatre vieillards
Donner dans de tristes écarts
Décidant des points de morale,
Ainsi que vos quatre animaux ;
On trouve leurs écrits si beaux
Qu’on les met au feu sans scandale.
Fi, fi, fi, etc.

Vous auriez chanté Te Deum
En l’honneur de Buzenbaum,
Que vous teniez comme l’oracle
Des sacrés théologiens ;
Vos divers livres et les siens
Font du peuple ici le spectacle.
Fi, fi, fi, etc.

Votre fameux père Bauni
Qui tollit peccata mundi
Avait sur la terre tout homme
Rendu grand saint du paradis ;
De son système je me ris,
Voyez comme on traite sa Somme.
Fi, fi, fi, etc.

Un Jésuite qui de transport
Mettrait un Janséniste à mort,
Vous dites que sa conscience
Serait en pleine sûreté ;
Je le croirais mal consulté
De prendre une telle licence.
Fi, fi, fi, etc.

On sera sûrement sauvé
Disant à Marie un Ave,
Fût-on dans un état damnable,
Sans en avoir le cœur marri ;
Ce que dit là votre Barri
Est une doctrine blâmable.
Fi, fi, fi, etc.

Par vos saintes inventions,
Par vos feintes dévotions,
Le sacrement de pénitence
N’enferme plus rien d’onéreux ;
Tous les péchés les plus affreux
Nous sont remis avec aisance.
Fi, fi, fi, etc.

Nos cours avec des yeux d’Argus
Et selon leurs droits absolus,
Vos anciens statuts examinent
Et  en décèlent les abus ;
C’est d’après leurs vrains contenus
Qu’ailleurs nos arrêts vous confinent.
Fi, fi, fi, etc.

En Portugal on échauda
Votre Père Malagrida,
Qui se mêlait de prophétie,
Et d’être en ce point bien profond ;
Il n’eut pas le nez assez long
Pour prévoir la fin de sa vie.
Fi, fi, fi, etc.

Etait-ce d’un religieux
Qui ne doit chercher que les cieux,
De contracter partout des dettes
Pour enrichir votre saint Corps ?
Ce commerce vous fait grand tort
Qui vint du Père Lavalette.
Fi, fi, fi, etc.

On a vu votre acharnement
Depuis votre établissement,
Contre tous les corps de l’Eglise
Que vous avez persécutés :
Maitenant ils sont enchantés
D’entendre que tout le monde dise
Fi, fi, fi, etc.

Contre certains de vos Docteurs,
Plongés dans de noires erreurs,
Sans leur faire tort je décide
Qu’ils sont dignes d’être fléttris ;
Ils ont couché dans leurs écrits
Une morale régicide.
Fi, fi, fi, etc.

Que feront les simples trompés
Voyant qu’enfin vous décampez,
Et que la nation conspire
A votre anéantissement ?
Je ne doute pas un moment
Q’uils ne soient tous portés à dire
Fi, fi, fi, etc.

Adieu donc de tous nos écrits
Questions qui tant ont fait bruit
Comme la grâce suffisante,
Au sens de votre Molinas ;
Celle que soutient S. Thomas
Sera la seule triomphante.
Fi, fi, fi, etc.

Je suis bien en peine pour vous,
Dans quel climat vous irez tous ;
Mais je vous offre ma boutique
En qualité de compagnons ;
Vous vous acquerrez d’autres noms,
Reforgeant votre politique
Tôt, tôt, tôt,
Battez chaud ;
Tôt, tôt, tôt,
Bon courage,
Il faut avoir cœur à l’ouvrage.

 

Numéro
$3566


Année
1762

Description

20 x 6

Notes

Texte imprimé. Paraît avoir des points de ressemblance avec $1198 (sur le maréchal d'Estrées)


Références

Chanson du maréchal ferrant, aux RR.PP. Jésuites. Sur son air (sic) 6 p. in-12 avec encadrement

Mots Clefs
Jésuites, destruction, Jansénisme, Texte long