Sans titre

 

Madame de Châteauroux,

Vous vous fichez bien de nous.

Seule avec le Roi,

Vous nous défendez sa porte,

C’est n’en vouloir que pour soi1.

 

Peu, mais très peu s’en fallut

Qu’il n’ait risqué son salut.

Qui plus est encor,

Par votre faute, Madame,

Qui plus est encor

Que sans secours ne soit mort.

 

Mais Monseigneur de Soissons,

Fatigué de vos façons,

Entrant brusquement

Dans la chambre de son Maître,

Entrant brusquement,

Le trouva presque mourant.

 

Sire, j’entre dans ce lieu

Pour exposer à vos yeux

Votre triste état

Et le danger où vous êtes,

Votre triste état

Qui plus que vous nous abbat2.

 

Vous avez bien fait, Monsieur,

Appelez mon confesseur.

Je veux désormais

Ne plus songer qu’à mon âme,

Je veux désormais

Me corriger à jamais.

 

Que si la Divinité

Me redonne la santé,

Pour gagner les cieux

Et le bonheur de mes peuples,

Pour gagner les cieux,

Je vais faire de mon mieux.

 

Qu’on éloigne Châteauroux,

J’y renonce devant vous

Et je vous promets

De ne la revoir jamais3.

 

Ele avait séduit mon cœur,

Mais je suis son serviteur.

J’ouvre enfin les yeux.

J’ôte sa surintendance ;

J’ouvre enfin les yeux :

Qu’on la chasse de ces lieux.

 

Dites à tous mes sujets

Sur tout cela mes regrets,

Et que promptement

On fasse venir la Reine,

Et que promptement

Je l’embrasse tendrement.

 

Contrit, notre Roi se tut

Et les sacrements reçut ;

Comme un bon chrétien

Parut faire pénitence,

Comme un bon chrétien

Ne s’excusa dessus rien.

 

Depuis ce jour, Dieu merci,

Nous n’avons plus de souci.

On voit à vue d’œil

Venir sa convalescence ;

On voit à vue d’œil

La fin de tout notre deuil.

 

Le Tout-puissant prions tous ;

Qu’il prenne pitié de nous,

Et qu’à notre Roi 

Il donne une longue vie,

Et qu’à notre Roi

Il fasse goûter sa loi.

 

 

  • 1. La nuit du 7 au 8 du mois d’août, le Roi étant depuis quatre jours à Metz, se trouva indisposé. Il s’enferma avec Madame de Châteauroux qui logeait dans une maison voisine de l’appartement du Roi, où même l’on prétend qu’il y avait une porte de communication. La maladie du Roi augmenta toujours ; on le saigna deux fois du bras, et quatre fois du pied, mais rien n’opérait, et comme personne n’entrait jusques auprès de lui, on n’était point certain de son état.
  • 2. M. de Fitz-James, évêque de Soissons et premier aumônier du Roi, sur le peu de nouvelles de l’état du Roi qui transpirait au dehors, força l’huissier de la porte qui lui refusait l’entrée et s’approcha du Roi qu’il trouva fort mal. Il lui dit, comme un bon pasteur, le danger où il était, et pendant qu’il l’exhortait, le Roi eut une faiblesse qui ne lui permit de dire, sinon : Ah ! je me meurs, mon confesseur. Sur-le-champ le confesseur vint.
  • 3. Madame de Châteauroux eut ordre de s’éloigner de Metz et le Roi lui ôta la surintendance de la maison de Madame la Dauphine future, et à sa sœur, Madame de Lauraguais, la charge de Dame d’atour de la future Dauphine. Cela montre sa conversion bien à découvert. On dit que cette duchesse de Châteauroux est la plus belle femme et la plus jolie de France. Le sacrifice en est plus grand.

Numéro
$6625


Année
1744

Sur l'air de ...
Traquenard

Description

12 x 6


Références

Mazarine Castries 3988, p.395-99

Mots Clefs
Guerre de Succession d’Autriche. Louis XV malade à Metz. Mme de Châteauroux chassée