Le dos à dos du parlement d’Aix

Le dos à dos du parlement d’Aix
De par le dieu des turlupins,
Frondeur de mauvaises manœuvres,
Nous, Général de la Calotte,
Aux gens curieux de nos œuvres,
Salut. Nos bien amés sujets
Et suppôts au parlement d’Aix
N’ignorant pas que notre empire
Ne fleurit qu’à proportion
Que la malice et le délire
Empiète sur la raison,
Viennent en ce genre d’escrime
À tel point à se signaler
Que d'un de nos plats, par estime,
Il est bon de les régaler.
Quel jugement ! L'aréopage
Qui faisait si fort l’entendu,
Retrouvait-il le pucelage
À fille qui l’avait perdu ?
Non, rien n’égale ce chef-d’œuvre.
Salomon même n’y fit œuvre.
Chez eux l’impossible est aisé :
L’accusateur et l'accusé,
Y sont traités de même sorte
Et sortent par la même porte.
Le vieux bon sens juge d’abord
Que l’un des deux doit avoir tort
(C’est ainsi que pensent les autres.)
Mais admirez l’esprit des nôtres !
Expédient seul à propos
Pour ne laisser aucunes prises
À les accuser de sottises
Est de les mettre dos à dos.
Oui, mais que devient l’ancien crime ?
Ce qu’il devient ?…. il sert de rime.
Poursuivez donc, couples béats.
Le grand intérêt de la bulle :
Du bûcher comme du scrupule
Affranchit un joyeux sabbat.
Livrez-vous, filles, laissez faire
Lorsque c’est avec votre Père.
Ce mal n’est qu’un malentendu ;
Sans porter ailleurs votre offrande,
Tout est permis et tout est dû
Quand c’est le papa qui demande.
C’est être simple, c’est niaiser
De trouver du mal à baiser.
Car où peut être la débauche
Lorsque ce n’est qu’au téton gauche,
Et qu’aux curieux et jaloux
On oppose un doigt de verrou ?
Sur ces points, dans l’erreur plongée
Par un étranger aveuglement,
La France pensait autrement.
Mais c’est une affaire jugée,
Et par jugement sans appel
(Car pour la Bulle, il le faut tel).
Il serait par trop ridicule
Qu’un des arcs-boutants de la Bulle
Fût vu conduit avec éclat
Au bûcher, comme un scélérat,
Et qu’on eût donné pour contraste
Au corps qui gît à Saint-Médard,
Les cendres du Père Girard.
Quel carcan dans un tel désastre !
Quel nouveau relief c’eût été
Pour ceux de la vieille morale,
Dont le ciel paraît entêté
Au point d’entrer dans leurs cabales
Sans voir combien il se ravale
Par cette partialité !
Partant, voulons pour notre gloire
Qu’aux archives du Régiment
Un si burlesque jugement
Soit mis à côté du grimoire
Et qu’on y grave sur l’airain
Ce naïf et petit quatrain1 :
Girard, dans l’ardeur de sa flamme,
D’une fille fait une femme.
Mais le parlement plus habile
D’une femme fait une fille.

 

  • 1. = $744

Numéro
$4251


Année
1731

Description

80 vers


Références

F.Fr.12785, f°206r - F.Fr.23859, f°180v-181v - BHVP, MS 602, f°208r-209v - Lille BM, MS 64, p.382-87 - Glaneur historique, 21 janvier 1732

Mots Clefs
Girard, parlement d'Aix, jansénisme, Calotte,