Bravo, Beaumarchais

Bravo, Beaumarchais1
J’ai vu la centième folie
De cette étrange comédie
Qui fit courir tous nos Français.
Ah ! bravo, bravo, Beaumarchais !
Ma foi, d’un mérite si rare
L’on doit attendre que Tarare2
Va nous dégotter Figaro.
Ah ! Beaumarchais, bravo, bravo !

L’industrie avec l’impudence
De tous les temps auront en France
Chez nos badauds un grand succès.
Ah ! bravo, bravo, Beaumarchais !
Les mœurs, l’honneur, la modestie,
Ne vaudront point dans ma patrie
Le mérite de Figaro.
Ah ! Beaumarchais, bravo, bravo !

Kornmann3 contre toi publie
Un factum rempli d’infamie,
Il est l’écho de Mirabeau4 ;
Ah ! Beaumarchais, bravo, bravo !
A ce mémoire véridique
Réponds en style marotique,
En calembours de Figaro.
Ah ! Beaumarchais, bravo, bravo !

Caron, pour Goëzmann eut le blâme.
Aujourd’hui, pour un crime infâme,
Kornmann intente un grand procès.
Ah ! bravo, bravo, Beaumarchais !
Quoi ! tarer l’auteur de Tarare,
Qui déjà fut à Saint-Lazare,
Au sujet de son Figaro.
Ah ! Beaumarchais, bravo, bravo !

Avec ta philosophie
Tu dois rire des clameurs.
Que t’importe que l’envie
Dévoile au public tes mœurs ?
Si chacun blâme ta vie,
Souviens-toi de tes leçons :
Tout finit par des chansons.

  • 1. « D’après la célébrité que M. de Beaumarchais a su se procurer, vous ne serez point étonné que son affaire avec Kornmann et son opéra de Tarare absorbent l’attention générale. Nous avons déjà sept ou huit mémoires dans le procès et une douzaine de chansons et d’épigrammes sur l’opéra. Voici des couplets parodiés d’un air que chante un Italien mutilé devenu membre du sérail. » (Correspondance secrète sur la cour et la ville.) (R)
  • 2. « Opéra très original dont le but est de prouver qu’on n’est heureux que par son caractère et non par son état. C’est un soldat de fortune qui, après avoir éprouvé tous les malheurs de la misère et de l’esclavage, finit par enlever au sultan son empire et sa maîtresse. Cette fable a fourni à l’auteur un grand nombre de situations très neuves et très dramatiques. » (Meister, Notes sur la correspondance de Grimm.) (R)
  • 3. L’affaire Kornmann fut l’un des plus singuliers épisodes de l’existence aventureuse et si étrangement accidentée de Beaumarchais. Au mois de mai 1787, le sieur Kornmann, ancien banquier des Quinze‑Vingts, publia un mémoire contre Mme Kornmann, le sieur Daudet de Jossan le sieur Beaumarchais et l’ancien lieutenant général de police Le Noir. Dans ce mémoire, rédigé avec beaucoup d’énergie et d’éloquence par le fameux Bergasse, Kornmann, appelant l’attention publique sur un procès en adultère qui couvait depuis six ans, accusait sa femme de s’être laissée séduire par Daudet qui lui aurait fait un enfant ; il reprochait à Beaumarchais d’avoir pris sous sa protection tous les désordres de l’épouse coupable et d’avoir employé pour le déshonorer et le ruiner lui‑même, les moyens les plus vils et les plus honteux ; quant au lieutenant de police, il le représentait comme ayant favorisé de son autorité les menées de Beaumarchais. Ce libelle provoqua de la part des intéressés des réponses qui firent connaître le mari offensé comme un personnage fort peu recommandable et l’issue du procès ne détruisit point cette appréciation. (R)
  • 4. Au mois de décembre 1783, Mirabeau avait publié un factum sur les actions des eaux de Paris, dont Beaumarchais prit aussitôt la défense. Mirabeau répondit par un second libelle dans lequel il traitait son adversaire avec le mépris le plus outrageant. (R)

Numéro
$1592


Année
1787 juin

Description

5 x 8 dont refrain


Références

Raunié, X,257-60 - Correspondance secrète, t.II, p.149

Mots Clefs
Eloge ironique de Beaumarchais à propos de Figaro, Tarare et de l'affaire Kornmann