La Convalescence du duc de Bourbon

La convalescence du duc de Bourbon1
Sur vos jours la Parque en balance
Menaçait de n’en tramer plus,
Prince, et nous revoyons en France
Rome en pleurs pour Germanicus2.

Pour arrêter ce coup funeste
Tout pouvait être demandé,
Pour Admète il fut une Alceste3,
Tout est Alceste pour Condé.

Le ciel calme enfin nos alarmes,
La faveur vous rend à nos vœux :
Joies, éclatez ; tarissez, larmes !
Nous célébrons un jour heureux.

A l’honorer que tout s’apprête,
Que son bonheur redouble encor ;
Qu’il soit le jour de cette fête
Le premier des jours de Nestor4.
Minerve, Bellone, Victoire,
Tutélaires du sang Bourbon,
Conservez des jours dont la gloire
Fera l’éclat de votre nom.

Déjà promettant un Achille
Et montrant un Fabricius,
Pour exécuter en Camille,
Il délibère en Fabius5.

France, encore quelques années,
Et s’il faut alors des exploits,
Nous verrons sous ses destinées
Et les Senef et les Rocroi6.

  • 1. M. le Duc tomba malade de la petite vérole le 23 juin 1716, fut guéri au bout de quinze jours, et le 13 juillet partit pour aller prendre l’air à Chantilly. « A la nouvelle de sa maladie, dit le Mercure, les grands, les petits, le peuple, tout le monde accourut en foule au faubourg Saint‑Germain où est l’hôtel de ce prince. Le destin de tant de gens parut avec tant d’éclat attaché à ses jours, que la consternation se répandant dans tous les cœurs, l’amour fut si puissant, ou l’alarme fut telle, qu’il sembla que jamais le péril ne pourrait être plus grand. » Et le Mercure raconte les fêtes auxquelles donna lieu son rétablissement. (R)
  • 2. Ce fils adoptif de Tibère, chéri des Romains pour ses talents et ses vertus, fut probablement empoisonné par Pison, sur l’ordre de l’empereur. Il commandait les légions de Syrie lorsqu’il ressentit les premières atteintes du mal qui devait l’emporter. A la nouvelle de sa maladie, Rome entière fut frappée de stupeur, et quand sa mort fut connue, la douleur publique ne connut pas de bornes. (R)
  • 3. D’après la mythologie antique, Admète fut arraché à la Parque grâce au dévouement de sa femme Alceste, qui accepta de mourir à sa place. Euripide a tiré de cette légende le sujet d’une admirable tragédie. (R)
  • 4. Nestor, roi de Pylos, le plus sage et le plus éloquent des Grecs qui prirent part au siège de Troie, vécut, suivant la tradition, trois âges d’homme. (R)
  • 5. « Dès son jeune âge, disent les Mémoires de Richelieu, ce prince avait donné des preuves de courage en présence de l’ennemi, dont il avait soutenu le feu avec tant de sang‑froid, qu’on dit alors qu’il serait l’héritier des talents militaires des princes de sa maison. » Les événements ne justifièrent point cette opinion, et le duc de Bourbon ne fit preuve d’aucune des qualités qui distinguaient les illustres Romains auxquels on le compare. (R)
  • 6. A Rocroi, son premier triomphe, le prince de Condé, vainquit les troupes espagnoles (1643) ; à Senef, sa dernière bataille, il repoussa le prince d’Orange (1674). (R)

Numéro
$0130


Année
1716

Sur l'air de ...
Réveillez-vous, belle endormie

Description

7 x 4


Références

Raunié, II,76-78 - Clairambault, F.Fr.12696, p.98 -  Maurepas, F.Fr.12628, p.319-20

Mots Clefs
Duc de Bourbon, M. le Duc, guérison