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Éloge de MM. les évêques de Montpellier, d'Auxerre et de Troyes par les ministres protestants

Éloge de MM. les évêques de Montpellier, d'Auxerre et de Troyes

par les ministres protestants

Peuples soumis à l’Évangile,

Seuls vrais chrétiens, chers protestants,

Vous qu’autrefois, de ville en ville,

La France a vu chasser errants1 ,

Le Ciel, enfin plus favorable,

Touché du sort qui vous accable,

Fait triompher vos justes lois.

À l’en louer, tout vous invite,

Trois grands prélats qu’il vous sucite

Vont réformer tous les François.

 

Qu’on loue à jamais dans l’histoire

Colbert, Caylus et Bossuet,

Qu’on éternise la mémoire

De leur noble et vaste projet,

Que les pôles en retentissent,

Que Rome et le pape gémissent,

Qu’on ne vante plus leur pouvoir, 

Leur sagesse n’est que délire,

Ces hommes que le Ciel inspire

De les haïr font un devoir2 .

 

Déjà nos plus pures maximes,

Grâce à leurs divins écrits,

Déjà les vérités sublimes

S’emparent de tous les esprits.

Le peuple à les suivre s’empresse,

À les défendre il s’intéresse,

Les auteurs en sont applaudis,

Condamnés de tous leurs confrères

Les puissances leur sont contraires

Mais ils n’en sont que plus hardis3 .

 

Non, du Christ le divin mérite

Ne fut que pour les seuls élus4 ,

Sans sa grâce qui nécessite

Tous nos efforts sont superflus.

En vain nous cherchons à lui plaire5 ,

Le pécheur est un téméraire

Lorsqu’il ose le réclamer.

Sa prière est un nouveau crime.

Il devient la triste victime

Du courroux qu’il cherche à calmer.

 

Que sert à nous le libre arbitre

Pour la pratique des vertus ?

C’est un vrai fantôme, un vain titre,

Une chimère qui n’est plus.

Si la charité nous domine,

Sans doute sa force divine

Rendra tous nos actes  parfaits6 .

Sans elle tout n’est qu’injustice,

Les vertus mêmes sont des vices,

Tout n’est que crime, que forfaits.

 

Loin de nous les âmes vulgaires

Qui du Ciel craignant le courroux

Obéissent aux mercenaires

Et pensent éviter ces loups7 .

Celui qui sert un maître aimable,

Quand il le craint se rend coupable

C’est l’outrager et le trahir8 .

Le Seigneur exige qu’on l’aime.

Voilà toute la loi suprême9 .

Mais le craindre, c’est le haïr8 .

 

Vaine vertus, vaine espérance,

À quoi servent tous vos travaux ?

Il n’est pour vous ni récompense,

Ni gloire, ni biens, ni repos10 .

Lorsque par une humble prière

Vous criez à Dieu, notre père,

Cris impuissants et superflus

S’il tient en ses mains la couronne11 ,

C’est à l’amour seul qu’il la donne

Sans cet amour la foi n’est plus12 .

 

Qu’on cesse de craindre la foudre

Si terrible aux premiers chrétiens13 ,

Qu’on ne se fasse plus absoudre.

Les anathèmes sont des riens,

Au Christ ils nous rendent conformes.

Quelque criants et quelque énormes

Que puissent être nos forfaits,

Si de ce poids on nous accable,

À saint Paul c’est être semblable

Que de le supporter en paix.

 

Que les papes et les conciles

Proscrivent ces dogmes divers,

Leurs décrets sont inutiles14 ,

Les livres saints nous sont ouverts.

Tout chrétien par cette lecture,

Lui parût-elle obscure,

Doit régler ses mœurs et sa foi.

S’en abstenir est un caprice.

L’en priver est une injustice

Qu’abhore et condamne la loi.

 

Tels sont les dogmes salutaires

De ces réformateurs nouveaux.

Ce ne sont plus nos adversaires.

Ils sont nos amis, nos héros.

Quelque point encore nous sépare,

Mais poussés d’un zèle si rare,

Leurs efforts ne seront pas vains.

Si quelques raisons les arrêtent,

Peut-on douter qu’ils ne s’apprêtent

À vous donner bientôt les mains.

 

Que votre éloge les anime

À remplir ce nouveau dessein,

Et que les élus qu’on opprime

Au Pape aillent percer le sein.

Déjà gagné par leur exemple,

Plus d’un chrétien qui les contemple

S’affranchit du joug du respect.

Oui, grand pontife, on te méprise,

Tes décrets, ton nom, ton Église,

De Rome, tout nous est suspect.

 

Vainement, le monarque même

Pour s’opposer à leurs efforts

Se sert de son pouvoir suprême.

Leurs sentiments sont les plus forts.

Ne pourraient-ils lui faire entendre ?

Qu’ils s’efforcent de le défendre,

Mais en résistant à ses lois,

Et par ce pieux atifice,

Fruit de l’amour, de la justice,

Le rendre attentifs à leur voix.

 

Mais s’il persiste à vous détruire,

Pasteurs zélés, rassurez-vous.

Aux seuls coups qui pourraient vous nuire

Le Ciel oppose d’autres coups.

Le sénat qui vous favorise,

Vrai reste de l’ancienne Église,

Vous croit à son zèle commis.

Ce corps puissant et redoutable

Sert de barrière impénétrable

Entre vous et vos ennemis.

 

Ne craignez donc plus les menaces

De ces mortels vains et  pervers.

S’ils vous suscitent des disgrâces,

Cent trésors vont vous être ouverts.

Pour vous venger de leurs insultes

De célèbres jurisconsultes,

Poussés par des ressorts secrets,

Orateurs en ruses fertiles

Des évêques les plus habiles

Anéantissent les décrets.

 

Quelle troupe fière et bruyante

S’empresse autour de votre char

Et combat d’une ardeur puissante

À l’ombre de votre étendard.

Ce sexe autrefois si timide

Devient aujourd’hui votre guide

Contre tout le corps des prélats.

Oui, de ce sexe qu’on méprise

La voix pour réformer l’Église

Vaut bien celle des avocats.

 

Achevez, dignes adversaires

Du peuple et du siège romain,

Si les princes vous sont contraires,

Opposez-leur un front d’airain.

Bravez la suprême puissance.

La gloire est dans la résistance,

C’est là qu’on connaît les grands cœurs.

De vos illustres entreprises

Les mesures sont trop bien prises

Pour ne pas en sortir vainqueurs.

 

Achevez, mais qui vous arrête ?

Quel péril peut vous alarmer ?

Pressez, suivez votre conquête.

Vos frayeurs doivent se calmer.

Si le Ciel à vos vœux s’oppose,

Parmi vous la vertu repose

À l’ombre de vos justes lois.

Animés d’un esprit conforme

Que tardez-vous d’en faire choix15  ?

  • 1Lorsqu’ils ont été chassé du royaume par Louis XIV après avoir été les auteurs de plusieurs troubles, sous différents règnes et principalement sous les règnes de François II, Charles IX et Henri III.
  • 2Voyez les maximes répandues dans tous les écrits et instructions de ces évêques.
  • 3Quesnel, proposition 96.
  • 4Prop.30, 31, 32 et 33.
  • 5Grâce nécessitante, prop.21 et 22. Grâce incessible prop.2 jusqu’à 20 inclusivement.
  • 6Prop.22, 23, 28 et 29.
  • 7Prop.60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67.
  • 8 a b Prop.62.
  • 9Prop.52, 53, 54, 55 et 56.
  • 10Prop.54, 55 et 56.
  • 11Prop.51 et 52.
  • 12Prop.57 et 58.
  • 13Prop.91 et 100
  • 14Prop.79, 80 et 81.
  • 15Des libertés de la Réforme.

Numéro
$4541


Année
1730




Références

Clairambault, F.Fr.12700, p.191-97 - Maurepas, F.Fr.12632, p.133-40 - Arsenal 2962, p.423-432


Notes

Un poème délirant où on ne sait même pas trop qui sont les adversaires désignés. Présentation extrêmement confuse des thèses   jansénistes.