Sans titre

Que je plains le pauvre La Varenne1 !

Que son sort est digne de pitié !

Ah, qu’il doit en ressentir de peine,

Et le tout par trop d’amitié.

Ah ! qu’il doit en ressentir de peine

Pour trop aimer sa chère moitié.

Écoutez ce qu’on ne peut pas croire,

Écoutez ce triste événement,

Et lorsque vous apprendrez l’histoire,

Plaignez cet époux trop surveillant.

Son épouse était jeune et gentille.

Ses beaux yeux lui firent un amant,

Beau, bien fait et de bonne famille

A qui ne coûte rien l’argent.

Beau, bien fait et de bonne famille,

Qui n’en aurait voulu faire autant ?

Nos amants un jour à la guinguette

Par plaisir se donnèrent rendez-vous

Et pendant qu’ils étaient en goguette,

Loin des fâcheux, loin des jaloux,

Et pendant qu’ils étaient en goguette,

Voici venir le sinistre époux.

Il arrive, et tout juste, et tout comme

On était aux dernières faveurs.

Il ressort comme un fort prudent homme ;

On le remet de ses frayeurs.

Il ressort comme un fort prudent homme

Mais c’est pour faire plus de rumeurs.

Action aussitôt d’intenter

Devant Nos Seigneurs du Parlement.

On le juge et contre son attente

L’arrêt le dit formellement.

On le juge et contre son attente,

Il est dit cocu, battu, content.

  • 1. La Varenne, procureur au Parlement, qui eut la sottise d’intenter procès au nommé M. Guimont, gentilhomme ordinaire de chez le Roi, pour l’avoir trouvé aux prises avec sa femme, et comme, de crainte de faire voir à d’autres sa turpitude, il ne prit pas de témoins, faute de cette précaution, il a perdu son procès ce mois d’octobre avec dépens (Castries)

Numéro
$6150


Année
1740

Description

6 x 6


Références

Mazarine Castries 3987, p.264-66

Mots Clefs
Déboires conjugaux de La Varenne, procureur au Parlement