Le curé et le mourant

Le mourant et le curé1
Messire Albert, curé du coin,
Apprenant que sans l’en instruire
Certain sage en secret expire
Et d’oremus n’a pas besoin :
« Courons, dit-il, chez l’hérétique ;
Mon surplus ! je vais chapitrer
Ce païen qui veut expirer
Sans pasteur et sans viatique.
Je vais par Dieu l’administrer. »
Il entre, et d’une voix colère :
« Je viens, au nom d’un Dieu de paix,
exercer mon saint ministère.
Confessez-vous, mon très cher frère,
Et je vous communie après,
Et puis après je vous enterre. »
À ce propos si gracieux,
Le mourant, ouvrant la paupière,
Lui répond : « Hélas, mon doux père,
Je voudrais souscrire à vos vœux ;
Mais il fallait venir plus vite,
Car le docteur qui dans l’instant me quitte,
M’a défendu les farineux. »

  • 1. M. de Chamfort a enfin obtenu le fauteuil académique ; il remplace M. de la Curne de sainte-Palaye. Ce n’est pas son orthodoxie qui l’a conduit là. On en peut juger par sa réponse au curé de sa paroisse qui le venait exhorter dans une maladie qu’il eut cet hiver. M. Marsollier, jeune poète, qui était témoin, l’a consignée dans la pièce de vers que voici (Kageneck.).

Numéro
$5575


Année
1781 avril

Auteur
Marsollier

Description

22 vers

Notes

Version courte en $7687


Références

Correspondance secrète, t.I, p.385 -  Kageneck, p.280 - CSPL, t.XI, p.191

Mots Clefs
conte sacrilège, Chamfort incrédule