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sans titre

Être haï, mais sans se faire craindre1 ,

Être puni mais sans se faire plaindre,

Est un fort sot calcul ; Champcenets s’est mépris ;

En recherchant la haine, il trouve le mépris.

En jeux de mots grossiers parodier Racine,

Faire un pamphlet fort plat d’une scène divine,

Débiter pour dix sous un insipide écrit,

C’est décrier la médisance,

C’est exercer sans art un métier sans profit.

Il a bien assez d’impudence,

Mais il n’a pas assez d’esprit.

Il prend, pour mieux s’en faire accroire

Des lettres de cachet pour des titres de gloire ;

Il croit qu’être honni, c’est être renommé ;

Mais si l’on ne sait plaire, on a tort de médire ;

C’est peu d’être méchant, il faut savoir écrire,

Et c’est pour de bons vers qu’il faut être enfermé.

  • 1La mode des satires et des libelles se soutient toujours, parce que tout le monde veut avoir de l’esprit et que c’est la façon la plus aisée de s’en passer, en le remplaçant par la méchanceté. M. de Champcenetz, qui a déjà été enfermé deux ou trois fois pour sa mauvaise conduite et ses pamphlets satiriques, n’a pas été dégoûté de ce noble métier par les punitions qu’il lui a attirées. Il a répandu un petit écrit qui contient une parodie du songe d’Athalie avec des notes. Cette parodie insipide et grossière est en partie contre Mme de Sillery (Genlis) et en partie contre M. de Buffon. Les honnêtes gens ont été indignés de voir outrager un homme qui fait honneur à la nation, et qui, dans ce moment, lutte contre la mort ; c’est le comble de l’infamie et de l’atrocité. On y a joint une épigramme platement insolente contre Mme de Staël, fille de M. Necker, et femme de l’ambassadeur de Suède. Mme de Sillery a eu des torts sans doute, mais ce n’est pas une raison pour l’insulter grossièrement. Toutes ces ordures sont balayées au bout de quelques jours, comme la boue des rues ; mais elles sont continuellement remplacées par d’autres. Il est vrai qu’on a fait justice de l’auteur de cette parodie, et une justice qui lui sera peut-être plus sensible que les punitions qu’il a éprouvées ; car ces misérables faiseurs de libelles ont autant d’amour-propre que de malignité. Celui de M. de Champcenetz est un peu humilié par cette excellente épigramme que l’on attribue à M. de Rulhière, accoutumé à en faire de bonnes, mais qui n’en convient jamais (La Harpe)

Numéro
$5759


Année
1787

Auteur
Rulhière



Références

La Harpe, CL, t.V, p.157-59