Sans titre

La France vous regarde, illustre d’Aguesseau1

Comme un fruit précieux cueilli par la Régence,

Qui, laissant  décider sa prompte intelligence,

A marqué vos verts du plus auguste sceau.

 
  • 1. - Certes le chancelier d’Aguesseau mérite bien les éloges qu’on accorde à ses vertus, mais, pour comprendre tous les accidents de sa vie politique, sur laquelle nous aurons fréquemment à revenir, il est bon de mettre en lumière les travers de son esprit ; sur ce point, écoutez Saint-Simon. « Cette continuelle habitude (du parquet) pendant vingt-quatre années à un esprit scrupuleux en équité et en formes, fécond en vues, savant en droit, en arrêts, en différentes coutumes, l’avait formé à une incertitude dont il ne pouvait sortir ; c’était pour lui un accouchement que de se déterminer ; mais malheur à qui était dans le cas de l’attendre. S’il était pressé, par exemple, par un conseil de régence où une affaire se devait juger à jour pris, il flottait errant jusqu’au moment d’opiner, étant de la meilleure foi jusque là tantôt d’un avis, tantôt de l’avis contraire, et opinait après, quand son tour arrivait, comme il lui venait en cet instant. Sa lenteur et son irrésolution s’accordaient merveilleusement à ne rien finir. Un autre défaut y contribuait encore, c’est qu’il était le père des difficultés. Tant de choses diverses se présentaient à son esprit qu’elles l’arrêtaient Ce n’était pas qu’il n’eût l’esprit fort juste, mais la moindre chose l’embarrassait, et il en cherchait partout avec le même soin que d’autres en mettent à les lever. Ses meilleurs amis, les affaires qu’il affectionnait n’en étaient pas plus exempts que les autres, et ce goût des difficultés devint une plaie pour tout ce qui avait à passer par ses mains. […] Il ne pouvait finir à tourner une déclaration, un règlement, une lettre d’affaires tant soit peu importante. Il les limait et les retouchait sans cesse. Il était esclave de la plus exacte pureté de diction, et ne s’apercevait pas que cette servitude le rendait très souvent obscur, et quelquefois inintelligible. » Et Saint Simon termine son admirable portrait du chancelier par cette judicieuse réflexion : « Voilà un long article, mais je l’ai cru d’autant plus curieux qu’il fait mieux connaître comment un homme de tant de droiture, de talents et de réputation est peu à peu parvenu, pour être sorti de son centre, à rendre sa droiture équivoque, ses talents presque inutiles, à perdre toute sa réputation et à devenir le jouet de la fortune. » (R)

Numéro
$4628


Année
1717

Description

Quatrain


Références

Raunié, II,186

Mots Clefs
chancelier d’Aguesseau