Brevet d’historiographe du Régiment de la Calotte en faveur de l’évêque de Soissons, aujourd’hui archevêque de Sens

Brevet d’historiographe du Régiment de la Calotte en faveur de l’évêque de Soissons, aujourd’hui archevêque de Sens
Momus, ce dieu porte-marotte,
Souverain de la gent falotte,
Ayant trouvé certain écrit
Qui dans Lutèce fait grand bruit,
Appelé Marie Alacoque,
Voulut s’éclaircir en secret.
Pourquoi donc un chacun s’en moque,
Et le traite d’œuvre baroque
Qui mérite peu de respect ?
Je sais que depuis quinze années,
Languet, dit-il, est un auteur
Fertile en nouvelles pensées.
Rendons justice à son labeur.
D’un bout à l’autre il le fait lire
En présence du Régiment,
Pour juger équitablement
S’il est digne de la satire.
Son ordre étant exécuté,
Quelques badins voulurent rire.
Mais, d’un ton de sévérité,
Paix-là, dit-il, j’ai décidé
Qu’aucun jamais dans notre empire
Ne mérita mieux un brevet.
Donnons-le sans qu’il le demande.
Son livre est un livre parfait ;
C’est une pièce de commande
Où nous connaissons plus d’un trait
Qu’aucun de nous n’eût si bien fait.
Je l’avoue et je le paraphe.
De nos rêves et visions
Il sera l’historiographe.
Muni de nos provisions
Sur toute la terre habitable
Par ses riches réflexions
Il se rendra recommandable.
Même au pédagogue chrétien
Un tel livre fera la nique.
En son genre il sera l’unique
Pour bien décrire l’entretien
D’une dévote fanatique.
Enjoignons à notre imprimeur
De rimprimer ce bel ouvrage
Sans en omettre aucune page,
De celles qui sont de l’auteur.
Que l’épître dédicatoire
Prévienne d’abord le public
Et serve d’heureux pronostic
De la force de cette histoire.
Mais défendons formellement
L’impression de la préface.
Elle n’est point là dans sa place
Et ne convient aucunement.
De plus, nous avons l’assurance
Qu’elle ne fut jamais de lui.
Personne n’en doute aujourd’hui.
Au style on connaît la science.
Est-il rien de mieux inventé
D’érudition plus profonde
Et de plus simple en vérité
Que d’y voir le Sauveur du monde
Changer de cœur avec bonté
Contre une créature immonde
Qui le prend par humilité ?
Un capucin, dans ses saillies,
Aurait parlé moins hardiment
Que Marie en ses rêveries
Sur les causes du châtiment
Des âmes dans le purgatoire.
Il n’eût pas osé déclarer
Qu’on peut sans amour espérer
D’obtenir l’éternelle gloire,
Et qu’il suffit pour ce bonheur
De ne point haïr le Seigneur.
Qui pourra penser le contraire
Après cette décision
Et que l’amour soit nécessaire
À la sanctification ?
Que cette nonne a de courage,
Et le bel exemple à citer
Que ce dégueulis de fromage !
Tout autre de ce tripotage
N’aurait jamais voulu tâter.
Nous devons adopter encore
Certains mots tendres et polis,
Semblables à ceux de Laïs,
Dont souvent cet auteur décore
Ses extatiques entretiens,
En exprimant les doux liens
Et les ravissements d’une âme.
Non, jamais notre ami Rousseau
N’inventa de terme plus beau
Pour composer une épigramme
Et lui donner un tour nouveau.
Que nous tirerons d’avantage
Quand il sera chargé du soin
De mettre en sublime langage
Tous nos rébus qu’on n’entend point
Et que l’on nomme verbiage !
Nous serons enfin applaudis
Par cette illustre Académie
Où brillent tant de beaux esprits.
Nos remarques et nos écrits,
Éternisés malgré l’envie
Avec emphase seront mis
Dans son savant Dictionnaire.
Ils serviront de commentaire
À cet ouvrage renommé
Dont nous avons fait l’analyse
Et que chacun des nôtres prise
Comme un chef-d’œuvre consommé.
Faisons exalter son mérite,
Afin que par nous approuvé
Dans le public il se débite
En dépit des malignes gens
Qui, par un esprit de critique,
En disant qu’il n’est pas pudique
Expliquent tout en mauvais sens.
Ainsi voulons que pour salaire
D’historiographe sincère,
Seul il ait le droit désormais
D’écrire éloquemment la vie,
Les prouesses et les hauts faits
De tous ceux qu’un grain de folie
A fait renfermer pour jamais.
Ce travail sera profitable
Par le débit qui s’en fera,
Les peintures qu’il y joindra
Le rendront toujours agréable.
Les pages et les écoliers,
Les clercs et jusqu’aux servantes
Trouveront des beautés charmantes
Dans ses colloques familiers.
Nous lui donnons triple calotte
Et les bizarres ornements
De l’empire de la marotte.
En faveur de ses beaux talents,
Que l’écu de ses armoiries
De papillons soit parsemé.
Pour montre qu’il est confirmé
Dans tous les droits de rêveries,
Au cimier on verra dépeint
Un monstre appelé la Chimère,
L’air rampant et le ventre à terre,
Pour mieux s’approcher d’un dauphin.
Suivant les anciennes coutumes,
Ses suppôts d’une et d’autre part,
Seront deux coqs d’Inde sans plumes
Couverts de la peau d’un renard.
Fait l’an que thèse soutenue
Par l’avide Société
Où de Rome l’on insinue
La souveraine autorité,
Au Parlement fut défendue.

 

Numéro
$4111


Description

153 vers


Références

1732/1735, III,87-92 - 1752, III,87-92 - F.Fr.9353, f°198v-210r - F.Fr.15014, f°143r-147r - F.Fr.25570, p.457-64 - Nouv.Acq.Fr. 2485, f°176r-179v - BHVP, MS 602, f°119r-121v - BHVP, MS 664, f°125r-129r - Grenoble BM, MS 587, f°145r-147v - Lille BM, MS 64, p.20-30

Mots Clefs
Calotte, jansénisme, Brevet d’historiographe du Régiment de la Calotte en faveur de l’évêque de Soissons, aujourd’hui archevêque de Sens