Calotte d’Hérouval

Calotte d’Hérouval
À nos seigneurs de la Calotte,
Moi, secrétaire et garde-note,
Vous dis que le Sieur d’Hérouval,
En bon Picard, franc et loyal,
Et l’un des braves gentilshommes
Qui soient dans le temps où nous sommes,
Est digne d’un des plus hauts rangs
Parmi Messieurs les digérants,
D’autant qu’il met toute sa gloire
À manger ainsi qu’à bien boire,
Fondé sur le sage qui dit
Qu’il n’est rien de si délectable
Que de manger en bonne table
Lorsque l’on a grand appétit.
Présent le Sieur de Montataire,
Lequel, jadis, pour un soufflet,
Donna le décret pour me faire
Constituer au Châtelet,
Tellement il a pour le crime
Haine et courroux sempiternel,
Et suit l’esprit et la maxime
De son lieutenant criminel.
Présent aussi le Sieur Bernage,
Fils d’un Monseigneur l’intendant
Contre qui je garde une dent
Pour avoir par un grand outrage
Méprisé certains vers de moi
Faits à la gloire du feu Roi.
Présent le Marquis de Vilaine
Qui mangerait une baleine
Si l’on pouvait faire à son goût
D’une baleine un bon ragoût.
Présent fut, et sage et saint homme
L’abbé d’Apoigni qui ne chôme
Et trouve un plaisir infini
D’œuvrer in cana Domini.
Témoins aussi deux capitaines,
Fils d’Hérouval, bons officiers
Et dont on ne trouve à centaines
Leurs pareils dans les cuirassiers,
Et qui tels qu’en une bataille
Mangeaient et d’estoc et de taille.
Plus deux Bretons, Beauvais, Lefer
Et son compagnon, gens de mer,
Très amoureux de deux Bretonnes
Que l’on dit être folichonnes,
Et qui voulaient un violon
Pour exercer leur cotillon.
Outre madame de la Grange,
Que parmi les belles on range,
Et la procureuse du Roi
Qui me paraît de bon aloi
Et qui m’a paru peu contente
De voir que son mari voulait
Me confiner au Châtelet,
Pour une caresse pesante
Que j’avais faite au Sieur Dupuy,
L’homme le plus sot d’aujourd’hui
Et libraire du Sieur La Motte
Dont la veine n’est pas moins sotte.
Présente aussi Dame Hérouval
Qui par son esprit jovial
Et par les traits d’une humeur vive
Sait remettre en train le convive,
Et qui se fait un point d’orgueil
D’être parente de Santeuil,
Toute laquelle compagnie
Venant dîner chez Haudigan
Sans beaucoup de cérémonie,
Fit voir un appétit très grand.
Et puisqu’enfin il faut tout dire,
Momus aurait crevé de rire
De les voir par un affreux temps
Avec talon rouge et bas blancs
Plume baroque, habits de soie
Qui furent souillés dans la voie,
Car bien qu’au milieu de l’été
Le chemin était fort crotté.
Tous lesquels par mon ministère
Requérant calotte et cordon,
Je crois que leur en ferez don,
D’autant que par leur caractère
Ils sont dignes certainement
D’être admis dans le Régiment.

 

Numéro
$4160


Description

84 vers

Notes

Gacon en profite pour régler quelques comptes avec des personnnalités obscures.


Références

Lyon, BM, 751, f°102v-103v

Mots Clefs
Calotte d’Hérouval