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Le Renard et le bouc

Le renard et le bouc1

Capitaine Bergas2 volait de compagnie

Avec son ami Guil3 des plus haut encornés.

Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez.

L’autre était passé maître en fait de calomnie,

Escroquant au baquet l’argent de tout Paris.

Là, chacun d’eux se désaltère.

Après qu’abondamment tous deux en eurent pris,

Le Bergas dit au Guill : « que ferons-nous, compère ?

Ce n’est pas tout de prendre, il faut sortir d’ici :

Lève ta banqueroute et tes cornes aussi,

Mets-les sur le papier, le long de ton mémoire.

Je mentirai premièrement,

Puis, sur tes cornes m’enlevant,

À l’aide d’une fausse histoire

Le Bicêtre s’esquiverait,

Après qui je t’en tirera. »

« Par mes cornes dit l’autre, il est bon et je loue

les gens bien sensés comme toi,

je n’aurais jamais, quant à moi,

trouvé ce secret, je l’avoue. »

le Bergas gagne au pied, laisse son compagnon,

et vous lui fait un beau sermon

pour l’exhorter à patience.

« Si le Ciel t’eût, dit-il, donné par excellence

autant de jugement que de cornes au front,

tu n’aurais pas à la légère

intenté ce procès. Donc adieu, j’en suis hors ;

tâche de t’en tirer et fais tous tes efforts,

car pour moi j’ai certaine affaire

qui ne me permet pas d’arrêter en chemin.

En toute chose il faut considérer la fin. »

  • 1Voici une fable assez piquante parodiée de la Fontaine, sur l’affaire scandaleuse qu amuse la malignité des oisifs en attendant mieux (M.)
  • 2Défenseur ardent du magnétisme et de M. Kormann (M.).
  • 3Guillaume Kornmann.

Numéro
$5596


Année
1787




Références

Correspondance secrète, t.II, p.161