Une Lettre de M. de Saint-Florentin

Une lettre de M. de Saint-Florentin1
Le Roi commence à s’occuper,
(Quoiqu’on l’ait voulu détourner
Par mille courses de campagne)
Des troubles qui depuis deux ans
Ont agité le Parlement
De la province de Bretagne2.

Le Roi ne se possède pas,
Qu’il reste douze magistrats3
De fidélité sans égale.
Ah ! quelle satisfaction
Voyant une défection
Qui devait être générale.

Sa Majesté sait remarquer
Ceux qui refusent d’abdiquer,
Monsieur, leurs fonctions publiques,
Dont ils sont tenus par la foi
De leurs serments envers le Roi
Et ses peuples de l’Armorique.

Elle me charge expressément,
De vous écrire incessamment
Que vous disiez à ces fidèles
Qu’elle a, dans le moment présent,
D’autant plus de contentement
De leur service et de leur zèle,

Qu’elle n’ignore point, hélas !
Qu’auprès des douze magistrats,
En ce jour même l’on emploie,
Afin de les faire déchoir
Du plus légitime devoir,
Monsieur, toutes sortes de voies.

Dites leur que Sa Majesté
Leur veut, mais avec fermeté,
Donner, en toute circonstance,
Des marques de distinction,
De toute sa protection
Et de toute sa bienveillance.

Vous exécuterez, je croi,
L’intention du seigneur Roi
De la manière la plus prompte,
Et vous m’écrirez Sonica,
Afin de me mettre en état,
Monsieur, de lui en rendre compte.

Je suis, Monsieur, et cætera
(Car pour les premiers magistrats
Je ne mets point :
j’ai l’honneur d’être),
Le comte de Saint-Florentin ;
Fait à Versailles, le sept juin.
Transcrivez douze fois ma lettre.

Post-scriptum
Vous voyez que je suis instruit
Tout aussi bien que Laverdy,
Car, au premier mot de ma lettre,
Je donne un démenti tout net
Aux réponses que vous a faites,
Le vingt mars, le Roi mon maître4.

Puis il est écrit sur le dos,
Et contresigné Phélippeaux,
Que l’on remette cette épître
A Monsieur, Monsieur d’Amilly,
Auquel, comme juge démis,
Je ne sais, d’honneur, aucun titre5.

  • 1. Parodie de la lettre écrite de Versailles, le 7 juin 1765, à M. d’Amilly, premier président du Parlement de Bretagne, par M. de Saint‑Florentin. (M.) (R)
  • 2. Le Parlement de Rennes, défenseur des constitutions de la province de Bretagne, après avoir enregistré l’édit du 21 novembre 1763 prescrivant un impôt nouveau, le deuxième vingtième, en avait défendu la perception, en invoquant sur ce point le droit particulier de la Bretagne Un arrêt du conseil annula cette décision ; quatre‑vingt.-cinq magistrats bretons se rendirent aussitôt à Versailles où ils furent reçus par le Roi avec hauteur et dureté. Dès leur retour à Rennes, ils donnèrent leur démission, le 20 mai 1765. (R)
  • 3. Ces douze magistrats qui n’avaient pas donné leur démission étaient : M. le premier président de Langle ; conseillers : MM. Dynos‑des‑Fosses, de Guerre, de la Bretesche, de Rosily, du Parckivon, de la ! Bourbausais, de Saint‑Luc, d’Armaillé, de la Muce, de Kauroy, de Coëtivy. (M.) (R)
  • 4. Le Roi, par sa réponse du 20 mars, avait assuré, le Parlement de Rennes étant en corps à Versailles, qu’il était parfaitement instruit et qu’il ne s’était rien fait dans cette affaire que par ses ordres. (M.) (R)
  • 5. F.Fr.15142 reproduit la lettre du ministre qui a servi de modèle à la parodie: Lettre de M. le comte de Saint-Florentin à M. d’Amilly, premier président du parlement de Bretagne - Le Roi commence, Monsieur, à s’occuper des affaires du parlement de Bretagne. S.M. a remarqué avec beaucoup de satisfaction qu’au milieu d’une défection presque générale, il reste douze magistrats qui refusent de donner leurs démissions et d’abdiquer des fonctions dont ils sont tenus par la loi du serment envers S.M. et ses peuples. Elle m’a expressément chargée de vous écrire que vous leur témoignez de sa part qu’Elle est d’autant plus contente de leur zèle et de leur affection pour son service, qu’elle n’ignore pont toutes les voies que l’on emploie pour les détourner du plus légitime des devoirs. S.M. veut que vous les assuriez qu’Elle est dans la plus ferme résolution de leur donner des marques distinguées de sa protection et de sa bienveillance. Je suis persuadé que vous ne différerez pas d’exécuter les intentions du Roi à ce sujet, afin de me mettre dans le cas de lui en rendre compte. Je suis, etc.

Numéro
$1235


Année
1765

Description

10 x 6 (dont Post-scriptum)

Notes

Une autre parodie contemporaine du même genre se trouve en $4958.


Références

Raunié, VIII,44-47 - F.Fr.15142, p.19-24

Mots Clefs
Parodie de la Affaire de Bretagne, lettre écrite à M. d’Amilly, premier président du Parlement de Bretagne, par M. de Saint‑Florentin